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Laurence Gudin

Directrice des Éditions La Baconnière

Le livre de ma vie # 6 | 2016

László Krasznahorkai (1954-)

« Guerre & guerre »




© Anaïs Weber et Annabelle Zermatten

László Krasznahorkai a été porté à l'écran et a travaillé en étroite collaboration avec Béla Tarr dont Le cheval de Turin est un des films qui m'a fortement marquée. C'est ainsi qu'il m'est tombé dessus.

Korim est un archiviste hongrois qui se rend compte à 44 ans, à la lecture de
Guerre & guerre, un manuscrit littéraire égaré dans ses archives, qu'il n'a rien compris à la vie. Lui qui n'a jamais voyagé, il se rend au «centre du monde», à New York, un voyage absurde puisqu'il n'a pour but que de retranscrire le manuscrit sur un blog. Une fois sa tâche accomplie, son manuscrit à l'abri pour l'éternité, il décide de se suicider.

Rapidement, le lecteur le prend pour un fou ou un idiot: il craint que sa tête ne se détache pas de son corps, il doit prendre maintes fois un chemin pour s'assurer de ne pas se perdre, il se fait expliquer les démarches les plus simples. Mais si on le catalogue comme «imbécile malheureux», on se retrouve rapide¬ment dépassé. Répétitifs et magnétiques, tous les propos de Korim retranscrits, fascinent. Tout est donc dans le manuscrit
Guerre & guerre, récit de l'errance de quatre personnages bons et purs à travers l'Histoire à la recherche d'une période heureuse. Mais comme le remarque Korim, l'auteur du manuscrit ne parvient pas à les sortir de l'Histoire, parce qu'il n'y a pas d'issue.

Pour moi,
ce livre de 1999 pose toutes les bonnes questions d'aujourd'hui telles que qu'est-ce que la bêtise ? Qu'est-ce que cela veut dire, vivre dans un monde complexe et tenter à tout prix de le simplifier ? Que fait-on d'une carrière ou même d'un destin ? Arrive-t-on à remettre la mort dans la vie sans drame mais avec sens ? Quel est le pouvoir de la lecture ?

Tout au long du texte, on oublie l'histoire, on se passionne pour autre chose, on est forcé de se poser des questions et pourtant rien n'entrave la lecture, et la densité des phrases n'a d'égal que leur limpidité.

«Il faut lire
Guerre & guerre. Vous savez pourquoi.»


Le choix de Laurence Gudin

 

 

Guerre & Guerre



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