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Transformé pour quelques semaines en base de lancement pour fusée grandeur nature, le Centre Pompidou à Paris organise une rétrospective plutôt décoiffante de l’œuvre d’Hergé et des aventures du petit reporter à la houppe !

Tintin est si juvénile, Milou si espiègle et la barbe du capitaine Haddock si noire qu’il est difficile de l’imaginer, mais c’est vrai tout de même : en 2007, Georges Rémi, dit Hergé, aurait eu cent ans… En magistrale ouverture aux manifestations qui ne manqueront pas de le célébrer, le Centre Pompidou à Paris a mis sur pied une exposition étonnante dans sa conception, et d’une richesse inouïe quant aux pièces exposées ! Enregistrements, photos, planches originales et story-boards invitent à un voyage initiatique – nostalgique, aussi – dans le monde d’Hergé, et les amateurs les plus chevronnés seront surpris comme les autres par l’originalité et la qualité de l’entreprise !
Pourquoi être modeste ?
Il est amusant de comprendre qu’une telle exposition, avec ce que cela suppose de tractations, est née par hasard [avec un « d »]. Laurent Le Bon, le jeune conservateur du Musée d’art moderne, a réalisé en effet que le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou [Beaubourg, comme on l’appelle] ne possédait pas l’ombre d’une planche de BD dans ses collections pourtant variées. Pour les trente ans de l’institution, il a donc entraîné son directeur, Bruno Racine, dans la quête de la pièce rare qui réparerait d’un coup cette curieuse lacune - et pourquoi pas un original de Tintin ? Dit comme ça, ça fait naïf, mais quand on est suffisamment enthousiaste pour convaincre la stricte Fondation Hergé, ça donne une exposition ludique et foisonnante, qui fait des bulles [pardon : des phylactères] du sol au plafond, et expédie une fusée presque vraie sur la lune !
Le Lotus refleurit
Envahissant tout le forum de Beaubourg – mais un peu plus vers l’ouest -, des suites de vitrines rappelant des cases de BD retracent la carrière d’Hergé, de son premier dessin [remontant à… 1911 !] jusqu’à la collection d’art abstrait, créée dans les années soixante par le dessinateur pendant que Tintin parcourait le monde de succès en triomphes sous la houlette des studios Hergé. Entre temps, l’aventure aura connu l’invention de personnages eux aussi célèbres, comme Jo et Zette avec leur petit singe Joko, ou Quick et Flupke, les deux garnements bruxellois pur frites, toujours en délicatesse avec l’agent de police du quartier. Sous des dehors colorés et joyeux, c’est tout simplement l’histoire de la BD qui défile, avec l’irruption du réel dans ce qui n’était d’abord qu’un art pour enfants : Tchang, devenu l’ami d’Hergé, l’incitera à étayer solidement ses aventures sur le plan géopolitique et culturel, tandis que la guerre et sa pénurie de papier décideront pour l’artiste de l’apparence des albums, restés depuis minces et à petites cases – renoncer à publier pour cause d’Occupation était simplement hors de question ! Cette aventure aux multiples facettes, qui pourrait être une BD en soi, est complétée par une sélection d’enregistrement d’Hergé, avec son ton légèrement sarcastique d’invétéré fumeur de pipe, de sa pugnace correspondance avec ses éditeurs [Moules à gaufres ! Bachibouzouks !], de planches de travail décortiquant avec une précision d’entomologiste l’évolution d’un épisode de On a marché sur la lune (Casterman 2006]. Mais le clou de l’exposition est certainement l’intégrale des originaux du Le lotus bleu [Casterman, 2003], soit 124 planches qui n’avaient pas vu la lumière depuis la mort de leur créateur…
Allez-y !
L’intention de replacer l’œuvre de Hergé dans la perspective du dessinateur se retrouve dans le formidable catalogue de l’exposition : véritable pavé [15
Hergé 007 chez les Helvètes