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BD à Angoulême, c'est parti !


Joëlle Brack
25 janvier 2007

Pour sa 34e édition [25-28 janvier 2007], le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême fait les choses en grand pour toucher un public varié, et ça promet ! Entre explosion commerciale et mode de vie isolationniste, la BD surfe sur une vague au succès ébouriffant.


© Trondheim
© Trondheim

Angoulême remet ça ! L’aimable cité charentaise, connue le reste de l’année pour ses melons, ses duchesses, ses alcools et, depuis peu, sa candidate aux élections, troque chaque année sa sagesse provinciale contre une animation joyeuse qui réunit, le temps d’un long week-end en général glacial, tous ceux qui font ou qui lisent de la BD, plus quelques autres. Soit, dans une ambiance mi-culte mi-foire, plusieurs dizaines de milliers de visiteurs-lecteurs venus rencontrer en 3D ceux qui les font rêver, rire, et peut-être à leur tour dessiner. Dans ce monde un peu particulier, l’âge tendre ou mûr des amateurs s’efface devant la complicité d’une passion partagée, et la longévité des idoles de la BD – scénaristes, dessinateurs et personnages confondus – s’harmonise étonnamment avec les innombrables nouveaux – mêmes catégories – apparaissant depuis quelques années à une cadence folle. Le Festival, avec équité et dynamisme, se veut la matérialisation de cette particularité dans le circuit de l’édition. C’est ainsi que la généreuse affiche d’Angoulême 2007 propose aussi bien des rencontres-dédicaces avec les grandes pointures « historiques » (Trondheim, Mattioli, Schuiten, Tim Sale, etc.), qu’une juvénile plateforme Kid Paddle [avec jeux interactifs grandeur nature !], un espace spécial manga sophistiqué ou une exposition graphiquissime sur le story board. Avec, innovation dont on attend beaucoup, une structure permanente de 10'000 m2 entièrement consacrée aux éditeurs, faisant du Festival la plus grande librairie BD du monde !

Manga, la star née du métro
L’étude, même supersonique, de la production et des ventes dans le domaine de la bande dessinée montre la pertinence de cette nouvelle organisation de son volet commercial. Pas besoin en effet d’être spécialiste pour comprendre qu’un secteur de l’édition qui, en 2006, a annoncé 3’735 nouveaux titres [+36%] pour un marché en progression de 4,5%, alors que l’ensemble de la branche se repliait à -0,5%, est une sorte d’Alien qui mérite considération ! Même si on avait l’habitude de voir les petites cases devenir grandes – c’est comme ça depuis plus de dix ans –, l’explosion du nombre de titres, de séries, d’auteurs et même d’éditeurs [160 en 2007 !] est devenue presque inquiétante… Si les cinq grands groupes :Média Participations [Dargaud, Le Lombard,…], Glénat [avec Vents d’Ouest], Flammarion [dont Casterman et Fluide Glacial, Delcourt et Soleil se partagent bien les trois quarts du marché, une constellation d’éditeurs indépendants – dans tous les sens du terme ! - contribuent efficacement au mouvement, et il y a beau temps que les Humanoïdes Associés ou L’Association ont marqué leur territoire, en qualité et en résistance, dans la cour des grands. Produits dérivés, adaptations en film ou animation, jeux vidéos ont fait cortège, assurant les arrières de nombreux éditeurs, et sans pour autant que soit remise en cause la spontanéité, l’authenticité du 9e art. Mais à dire vrai, ce n’est plus sur le continent qui l’a vue naître que la BD bouillonne aujourd’hui : environ 35% des nouveautés, soit 25% des revenus, sont des mangas ! [voir notre dossier manga]. Du Japon bien sûr, mais maintenant aussi de Corée et de Chine, les héros asiatiques ont envahi le marché occidental avec une vigueur incroyable, plébiscités par les jeunes qui apprécient leur petit format – adapté aux pendulaires nippons ultra-serrés dans les transports publics ! – et leur prix léger. Les éditeurs européens n’ont eu qu’à prendre le shinkansen en marche pour ne pas être gommés de la case avant d’avoir vu arriver Goldorak. Pourtant, leur enthousiasme s’essouffle un peu : le succès commercial des mangas, toujours plus difficile à gérer, et les créateurs « classiques » eux aussi toujours plus nombreux et productifs, commence à leur faire un peu peur… « Ça ne va plus durer longtemps, le marché va s’autoréguler » répètent-ils, comme pour influencer le destin. Ça va faire des bulles, dans le nouvel espace éditeurs d’Angoulême !

On va voir ce qu’on va voir
Pour Lewis Trondheim, titulaire du Grand Prix d’Angoulême 2006 et de ce fait président du jury 2007, l’avenir au contraire s’annonce aussi radieux que le passé, le côté « anti-people » de la bande dessinée [exact : avez-vous déjà vu un créateur de cases tout nu sur la couverture de Gala ? Ou même habillé sur celle de Match ?] la mettant à l’abri des pressions médiatico-financières, des compromissions sur fond d’audience et – il le dit presque aussi net – d’un tas de gens qui se croiraient le droit d’y fourrer leur nez alors qu’il n’y comprennent bulle. Le trait est clair ! Mélange de bosseur inventif et de créateur lunaire, de BOBO et d’anar’ [à un point qui en fait l’archétype du dessinateur de BD comme on n’oserait pas le mettre dans un album !], l’inépuisable créateur de Donjon, ironique et tendre papa de Lapinot, n’a pas sur son art de théorie sociologique élaborée, mais un sentiment qui vient des tripes: « Fichez-nous la paix et laissez faire les pros » affirme-t-il en substance, « on n’est qu’au début de ce qu’on sait faire ! » Et l’ex-fondateur de L’Association, responsable aujourd’hui de la collection « Shampooing » chez Delcourt, de citer les mille et une possibilités pas encore explorées par la BD, trésor dont la clé se trouve dans la liberté créatrice des auteurs et dessinateurs, et non des stratégistes et marketeurs de maisons d’édition. Et pour bien montrer qu’Angoulême 2007 était à la hauteur des ambitions… des artistes, il a lancé en préambule au Festival les 24 heures BD, qui ont vu 24 graphistes et/ou scénaristes [dont lui] s’escrimer un jour et une nuit sur une histoire en 24 pages, qu’il se propose d’éditer, en format non conventionnel car il a bien l’intention de dynamiter le mythique album cartonné ! Planquez vos vieux Spirou, ce seront donc bientôt des pièces de collection…

Sélection « Prix 2007 »

Coup de cœur
1)
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Régis Loisel, Jean-Louis Tripp, Casterman, Album, 2006, 71 pages
Prix : CHF 26.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

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2)
9782756003801.gif
Olivier Ka,  Alfred, Delcourt, Mirages, Album, 2006, 111 pages
Prix : CHF 25.00
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3)
9782849990223.gif
Kazuichi Hanawa, Coconino Press/Vertige Graphic, Broché, 2006, 205 pages
Prix : CHF 28.40
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Coup de cœur
4)
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Julien Neel, Glénat, Tchô !, Album, 2006, 47 pages
Prix : CHF 16.50
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L'art et la manière
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Yuu Watase, Hiroyuki Izuka
Prix: CHF 11.80

9782756002279.gif
Lewis Trondheim, Sergio Garcia
Prix: CHF 16.80

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Den Sigal
Prix: CHF 29.30

Nouveaux
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Jean Vautrin, Dan Franck, Marc Veber, Marc Veber
Prix: CHF 19.30

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Masashi Kishimoto
Prix: CHF 10.30

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Kentaro Miura
Prix: CHF 11.50