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Anne Frank


Joëlle Brack
14 juillet 2009

Ce 12 juin marquait l’anniversaire de la plus jeune vieille dame de la littérature : Anne Frank, adolescente pour toujours, aurait eu quatre-vingts ans…


© Anne Frank’s House

Elle s’appelait Annelies Marie, mais qui le sait ? Avec sa frimousse encore ingrate de gamine maigrichonne, ses cheveux noirs rebelles, ses yeux vifs et son sourire gourmand, elle est pourtant l’une des auteures les plus connues, lues et aimées au monde, aussi bien des jeunes lecteurs attachés à cette ado qui leur ressemble, malgré tout, que des adultes touchés par la lucidité mêlée de naïveté qui imprègnent le fameux Journal. Elle s’appelait, donc, Annelies Marie Franck, fille d’Otto et Edith Frank, des bourgeois intellectuels aisés de Francfort, et elle voulait être [pas forcément dans cet ordre] belle, charitable, star de cinéma et journaliste. Elle avait treize ans et elle voulait être, tout simplement.

Atteindre quatre-vingts ans, l’espérance de vie moyenne des Européennes d’aujourd’hui, n’aurait pas un été « objectif » insensé pour Anne, qui naquit le 12 juin 1929 dans un milieu ouvert, aimant et favorisé ; sa sœur aînée Margot et elle-même avaient, comme l’on dit, « tout pour être heureuses »… Son premier exil, Anne le connut à cinq ans seulement, mais il ne lui laissa pas la sinistre impression qui marqua alors sa famille : menacés par les premières lois antisémites, les Frank émigrèrent en 1934 vers Amsterdam, où le père de famille s’investit dans de nouvelles affaires. Celles-ci, quelle qu’ait été leur prospérité financière, leur sauvèrent un temps la vie : qui aurait soupçonné que les banals locaux commerciaux plantés bien en vue sur le Prinsengracht, le plus long canal de la ville, cachaient un petit appartement secret, dans lequel les Frank durent se cloîtrer dès l’été 1942 ? Rejoints plus tard par des amis eux aussi traqués, ils y restèrent deux ans, approvisionnés et réconfortés par les fidèles employés de l’entreprise qui travaillaient la journée dans « la maison de devant » et risquaient leur vie le soir pour aider les prisonniers de la « maison de derrière », cette Achterhuis qu’Anne, sans rancune, avait choisi comme titre emblématique de son journal. Car elle avait gardé le petit carnet offert par son père pour ses treize ans, et y consigna bientôt un étonnant témoignage…

Intelligente, joyeuse, débordante d’énergie, n’ayant pas sa langue dans sa poche, Anne est du vif argent à qui l’enfermement ne convient pas, et sa compagnie dut, elle l’avoue indirectement, être parfois difficile pour son entourage – d’autant qu’elle est en pleine crise d’adolescence, et que les amis qui ont rejoint l’achterhuis ont un fils de seize ans… L’expérience de la vie recluse va donc stimuler à la fois sa révolte et sa maturité, et la dichotomie est tranchée entre Annelein, qui a des rêves de petite fille et veut aller à Hollywood, et mademoiselle Frank, élève brillante et philosophe, dotée d’un sens de l’humour et de l’observation redoutables ! Douée pour l’écriture, cet irremplaçable instrument d’évasion, elle raconte, se moque, critique et analyse, envoyant à « Kitty », son alter ego imaginaire, des lettres à la fois candides, impertinentes et fort sages dans lesquelles elle se passe au crible avec une belle honnêteté ! Comme alors des centaines de milliers d’autres enfants, la Shoah dépouilla brutalement Anne de son droit à l’avenir. Dénoncés par un traître que l’Histoire n’a pas encore identifié, les habitants de la cachette furent arrêtés le 4 août 1944 et déportés vers divers camps d’extermination : Anne et Margot moururent d’épuisement à Bergen-Belsen au printemps suivant, quelques jours à peine avant la libération du camp…

De tous les personnages du poignant et dynamique Journal, seul survécurent Otto Frank et le fameux carnet, si insignifiant d’apparence que la Gestapo l’abandonna dans la cachette sans deviner qu’il témoignerait éternellement à charge contre la barbarie des hommes. On a tenté souvent de faire taire ce Journal, bête noire des révisionnistes qui ont attaqué maintes fois son authenticité, et toujours ont été débouté et condamné par la justice, tandis que s’amoncellent les expertisent littéraires et scientifiques sans appel. Non seulement le témoignage de la petite Anne a traversé intact la guerre et le temps, mais tout ce qui l’accompagnait alors est resté – le manuscrit a même recouvré, en 2001, cinq pages manquantes ! Ultime pied de nez d’Anne aux ségrégations de toutes sortes, sa maison secrète conservée in extremis et restaurée, est connue dans le monde entier et fréquentée chaque année par près d’un million de visiteurs, surtout des jeunes. Quant au cher et majestueux marronnier qu’elle voyait devant sa fenêtre, son seul relais vers le monde extérieur, il ne pourra être sauvé de la maladie malgré une rude polémique mais, compromis très écolo-hollandais, il restera encore quelques années, maintenu debout par un support jusqu’à ce que ses propres boutures puissent être replantées ! I

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