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Dans Fidel et Raúl, mes frères, Juanita Castro livre sa vérité sur le régime de Cuba et son étrange famille.

Juanita Castro, pharmacienne à Miami, est une charmante vieille dame de 78 ans discrètement poudrée qui n’a pas l’air de ce qu’elle est : la sœur de Fidel et Raúl Castro, et une opposante sans concessions au régime dictatorial dont Cuba pâtit depuis un demi-siècle. Après plus de quarante ans de silence et la déception de sa vie – car elle accompagna d’abord avec enthousiasme la révolution cubaine menée par ses frères très aimés – Juanita Castro, en exil aux États-Unis depuis 1964, a publié ses mémoires en espagnol en 2009 [La historia secreta], et en français aujourd’hui chez Plon.
Celle qu’en 1933 ses parents avaient baptisée Juana de la Caridad [« Jeanne de la charité »], cinquième des sept enfants d’un propriétaire terrien de Birán, avait vingt-six ans lorsque la révolution chassa Batista et fit de Cuba une république populaire : Fidel Castro était alors, dit-elle, non seulement son frère aîné mais son héros, et son « chouchou » Raúl, le demi-frère bâtard aux yeux légèrement bridés, un jeune militaire sévère sur lequel on comptait comme ministre de la Défense. Cinq ans plus tard, profondément choquée par les dérives totalitaires du nouveau régime, elle tire ses conclusions : elle a passé ces années à essayer, en vain, de convaincre ses frères et leur ami Ernesto Guevarra de garder le sens des réalités, à œuvrer secrètement – Caridad – à la protection et au départ d’innombrables Cubains soudain menacés par cette vague rouge pourtant espérée, et même à renseigner la CIA. Alors que ses agissements contre-révolutionnaires sont découverts, elle part, et ne reviendra jamais…
Placée par hasard à un point d’observation unique de la révolution cubaine, Juanita Castro l’a vue progresser dans le sang, triompher dans le sang, et s’installer, dans le sang aussi. Curieuse et réaliste, deux traits de caractères qu’elle ne partage pas avec le leader maximo, elle n’a pas mieux compris que ses compatriotes la métamorphose d’un espoir formidable en un régime aussi impitoyable, à sa manière, que le précédent. Mais, tirant parti de sa position, elle a essayé de le dire, de le contrer, de désamorcer une spirale fatale, sans succès. Et ces mémoires, après toute une vie autre et ailleurs, renouent avec les élans de la jeune Juana : dénoncer ce qui gangrène Cuba avec la nostalgie de ce qui aurait pu être mais n’a pas été, dénoncer ses frères devenus dictateurs sans pouvoir oublier qu’ils sont ses frères.
Leur publication bien sûr a été entièrement noyée dans le scoop de cette complicité avec la CIA, qui a mis La Havane dans une colère noire, les États-Unis en joie et les médias en ébullition. C’était, en effet, intéressant et inattendu. Mais, au-delà de la bombe diplomatique et du vibrant plaidoyer pour la démocratie, il y a aussi, derrière le bruit de ces mémoires, le regret en sourdine d’une vieille dame à qui sa vaste famille cubaine n’adresse plus la parole depuis bientôt cinquante ans, qui n’a jamais revu sa maison, et que ses concitoyens de Miami malmènent au quotidien parce qu’elle s’appelle toujours Castro. I