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Troisième Prix des Lectrices edelweiss


Joëlle Brack
04 novembre 2009

Les jurées du 3e Prix des lectrices edelweiss, présenté en partenariat avec Payot Libraire, ont craqué pour Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé !


Emmenées par Laurence Desbordes, rédactrice en chef du magazine féminin romand, les dix lectrices sélectionnées pour le jury du Prix ont « fait de la belle ouvrage », épluchant en quelques semaines sept titres de la Rentrée littéraire 2009 repérés par cinq libraires Payot, qui avaient subtilisé diverses épreuves de nouveautés auprès des grands éditeurs en pleins préparatifs… Car lire en professionnelle est un véritable travail, exigeant et chronophage, mais également un plaisir extraordinaire, pimenté de la sensation de « lire par le trou de la serrure » un inédit que seuls quelques bienheureux ont parcouru, et que journalistes et lecteurs attendent encore ! Sacrifiant allègrement de leur temps libre et de leurs occupations – les premières vitrines d’automne les virent passer sans un regard, absorbées dans leur préparation de plaidoyer littéraire – ces dix lectrices aux goûts variés ont donc dévoré avec une passion communicative et une curiosité intacte ces quelque deux milles pages de fiction francophone toute neuve, prêtes aux arguments les plus forts pour défendre leurs choix. Et si la discussion fut âpre, sa conclusion fut claire : finalement distancé, Le sari vert d’Ananda Devi a laissé une voie largement royale à Véronique Ovaldé et à Ce que je sais de Vera Candida, que le prix Goncourt a eu bien tort de ne pas garder en dernière sélection : les jurées edelweiss, elles, n’ont pas hésité à reconnaître son extravagance grinçante, et couronnent avec une belle unanimité ce roman aux limites du fantastique !

Mais que sait-on vraiment de Vera Candida…
Ce que sait
Véronique Ovaldé de la littérature d’Amérique latine est à la fois assez fort pour parfumer son style merveilleusement fantasque, et assez léger pour ne pas l’étouffer, laissant ainsi à cette fable un souffle, une liberté qui ensorcellent de la première à la dernière ligne. Le refrain « il faut absolument le lire » trouve ici tout son sens, car le simple résumé de l’histoire entasse dans la moiteur tropicale de la mythique Vatapuna pauvreté, viol, inceste, abandon, corruption, crime, prostitution et recyclage de nazis avec une constance sans faille. Mais sur cette trame de pénible fait divers, un style baroque et endiablé brode avec vigueur, tendresse et humour le destin de quatre générations de femmes qui se transmettent, tel un héritage maudit, une vie difficile marquée par le machisme ambiant, mais parviennent en dépit de tout à préserver un étonnant appétit de [sur]vivre et de préparer à leur propre fille un avenir « meilleur ». Entre humour corrosif, ancestrale sagesse et imaginaire luxuriant, leurs seules armes contre la dureté des temps, Rose Bustamente, Violette, Vera Candida et Monica Rose tracent résolument leur chemin dans la jungle de Vatapuna, et l’on n’a qu’un souhait : les suivre, malgré les ronces et les lianes, malgré leur infernal caractère aussi, les suivre pour découvrir le secret de leur folle vitalité, le cœur de leur flamboyante révolte, et surtout en savoir un peu plus sur Vera Candida !

Interview : Véronique Ovaldé


Laurence Desbordes/edelweiss

Laurence Desbordes, rédactrice en chef du magazine edelweiss et initiatrice du Prix des Lectrices en partenariat avec Payot Libraire, nous a aimablement autorisés à reproduire ici l’interview qu’elle vient de réaliser de Véronique Ovaldé, lauréate 2009, au sujet de Ce que je sais de Vera Candida.


© Droits réservés

Elle a l’écriture dans le sang et, lorsqu’on plonge dans son dernier roman, on ne peut qu’être happé par ses phrases puissantes et fluides, qui se distillent lentement dans nos veines et habitent pesamment notre quotidien, jusqu’au tréfonds de notre ressenti. Pourtant, Véronique Ovaldé, romancière de 37 ans qui déjà sept livres derrière elle, est une jeune femme drôle, à l’aise dans son époque et qui s’applique à bien faire tout ce qu’elle entreprend. Pour ne négliger ni rien ni personne. Certes, celle qui se dit hyperactive fait beaucoup de choses, mais, ce qui transparaît à son contact, c’est plutôt cette volonté de réussir sur tous les fronts tout en se vouant consciencieusement aux autres, à son travail et à l’écriture. Emplie de désirs et de projets à venir, l’écrivain prononce souvent le mot «excitant», car Véronique Ovaldé est aussi une avide gourmande, à l’affût de nouvelles aventures imaginaires ou foncièrement réelles. Discussion avec cette fine mouche des mots.
Si vous deviez faire un portrait de vous, que diriez-vous ?
Que j’ai 37 ans, deux enfants, un bien-aimé, que je travaille dans une maison d’édition (ndlr: Albin Michel) et qu’en parallèle j’écris depuis que je suis gamine. Que je suis obstinée et que j’ai toujours voulu être écrivain. Quand j’étais petite, j’étais habitée par un imaginaire encombrant et j’ai vite compris qu’à travers l’écriture et la lecture on pouvait vivre en technicolor. Je viens d’un milieu très modeste, un père peintre en bâtiment, une mère au foyer. Lire beaucoup rendait ma vie beaucoup plus excitante. En plus, cela m’a permis d’être bonne à l’école !
Comment êtes-vous passée de bonne élève et lectrice assidue à écrivain ?
Plusieurs professeurs m’ont encouragée à faire hypokhâgne, mais comme je ne pouvais étudier que deux années j’ai fait un BTS des métiers de l’édition (ndlr : le Brevet Technique Supérieur est un diplôme français qui s’obtient en deux ans après le baccalauréat). Cela fait maintenant dix-sept ans que je travaille dans l’édition. Je suis passée par tous les maillons de la chaîne : de la fabrication d’un livre à la réécriture de textes, la lecture de manuscrits, etc. En même temps, j’écrivais. Ensuite, j’ai été amenée à rencontrer des gens très chouettes, des gens phares qui m’ont encouragée, aiguillée. Je sais que j’ai une tendance à l’hyperactivité, mais c’est en étant sur plusieurs fronts que je me sens bien.
Vous arrivez aussi à avoir une vie privée ?
Oui. Je ne voulais pas passer à côté de ce versant-là de la vie. Je tiens à être une maman extrêmement présente, une amie appliquée et une femme disponible auprès de son amoureux. Je veux tout à la fois, comme beaucoup de femmes, et je tiens particulièrement à l’idée d’être bien sur tous les fronts.
Quelle est l’origine de Ce que je sais de Vera Candida ?
Chacune de mes histoires naît avec la première ligne que j’écris. Je m’assois derrière mon ordinateur (cela fait deux ans que j’en ai un, avant j’écrivais à la main) et je laisse venir les phrases initiales, dans lesquelles il y a toujours un ou deux noms propres qui surgissent comme ça. Dans le cas du dernier roman sont apparus Vera Candida et Vatapuna. Ce sont des noms sortis tout droit de mon imaginaire qui m’ont assez excitée pour que je puisse continuer cette histoire. Pour autant, je n’ai jamais mis les pieds en Amérique latine ou centrale, et je me moque qu’il n’y ait pas là-bas de merles albinos en haut des gaufriers. Je ne me mets aucune bride, ce qui m’intéressait, c’était de tisser, d’imaginer l’histoire de cette Vera Candida.
Mais vous aviez bien une trame avant de vous lancer dans l’écriture ?
C’était à un moment de ma vie où je me demandais qui j’étais face à ma mère, à ma fille, ce que la plus âgée m’avait donné et ce que je voulais transmettre à la plus jeune. À l’époque où j’ai écrit le livre, c’était une de mes grandes préoccupations, et tout cela s’est mêlé avec le destin de Vera Candida. De ce qui lui était arrivé, à elle, à sa mère, à sa grand-mère... J’ai finalement écrit sur les questions que je me posais à ce moment-là, la place de la femme dans le monde, dans le couple, dans la famille...
Vous écrivez vite ?
Oui, mais comme je travaille, j’ai des enfants, un bien-aimé, des amis et que je veux me consacrer à eux aussi, j’écris dans l’obscurité et le silence, lorsqu’il est plus facile pour moi de convoquer mon imaginaire. Cela ne représente que deux heures maximum de suite dans une journée. Ce roman, il m’a donc fallu un an pour le rédiger, avant de beaucoup le retravailler. Enfin, j’ai surtout retravaillé l’ordre des chapitres, je les ai mélangés et j’ai bidouillé différents assemblages pour que l’histoire soit la plus tendue possible et la plus cohérente. J’ai tortillé les choses dans tous les sens, j’ai fait des tests, jusqu’à ce que j’arrive au résultat voulu.
Comment voyez-vous la maternité ? Car, dans votre roman, cela ressemble plus à une fatalité qu’à une bénédiction...
C’est quelque chose de très difficile qui met les femmes dans un état de faiblesse – d’autant que, sous certaines latitudes, les grossesses ne sont pas forcément choisies – tout en assurant un surplus de bonheur. La relation que j’entretiens avec ces deux «quelqu’un» que j’ai mis au monde est sans nul doute ce que je fais de plus merveilleux et de plus excitant. Mais même dans nos contrées, c’est quelque chose de compliqué à vivre, car c’est un moment où votre féminité vous défavorise. Dans le monde du travail, par exemple, lorsque vous cherchez un job, on vous demande si vous voulez bientôt un enfant. On ne demande jamais ce genre de choses aux hommes. Il faut s’accommoder de tout ceci, surtout si on a envie de se réaliser dans de multiples champs, mais c’est aussi ce qui rend la vie intéressante.
Même si votre roman est finalement un conte, être mère, pour vous, n’a rien d’un happy ending ?
Tout simplement parce que tout ce que l’on nous raconte sur l’amour simultané et instinctif dès que l’enfant paraît n’est pas, loin de là, une réalité pour nous toutes. L’amour maternel ne s’impose pas forcément dans la seconde. Il arrive peu à peu et de plus en plus fort, comme pour Vera Candida avec sa fille Monica Rose, mais pas dans la simultanéité. Ça, c’est ce que les bien-pensants veulent nous faire croire. Mais moi, les dogmes, ça me fait flipper.
Avez-vous un personnage favori dans ce roman ?
Oui. C’est Rose (ndlr : la grand-mère de Vera Candida). Elle fait comme elle peut avec sa modestie, son intelligence, la vie n’est pas facile pour elle, mais j’aime ce qu’elle dit à sa petite-fille. C’est finalement ce que j’aimerais dire un jour à ma fille.
Savoir d’où l’on vient, est-ce que c’est vital pour vous ?
Cela m’importait beaucoup moins avant. Lorsqu’on est jeune, on est magnifiquement arrogant et on ne se soucie guère du fait que venir d’un certain endroit va forcément induire beaucoup de choses dans nos existences. Qu’est-ce que cela veut dire d’être la fille de ces gens-là, et eux les petits-enfants de ces gens-là ? Lorsqu’on est la fille d’une femme comme Vera Candida, une femme qui sait dire non, cela vous donne forcément un respect de vous-même. Maintenant, tout le monde n’a pas la chance d’avoir une mère qui sait dire non.
Dans Ce que je sais de Vera Candida, l’amour physique est violent ou tarifé, et l’amour vrai forcément romantique ?
Nous sommes dans le registre du conte, avec des archétypes tels les méchants, qui sont très violents et impulsifs, et les gentils, comme Itxaga, qui sont d’une grande patience et d’une grande écoute. Bien sûr, dans la vie, les choses sont plus nuancées, mais les Itxaga existent aussi !
Vous étiez nominée au Goncourt, quel effet cela vous a-t-il fait lorsque vous avez appris la nouvelle?
J’étais tout excitée, et je trouve cela génial, réconfortant et très agréable. C’était vraiment joli d’être sur cette liste, surtout vu les autres auteurs retenus cette année.

PRIX edelweiss 2009
9782879296791.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 30.40

VÉRONIQUE...
9782757800072.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 8.80

9782290014691.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 11.90

9782290354094.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 9.40

...OVALDÉ
9782742763610.gif
Véronique Ovaldé, Joëlle Jolivet
Prix: CHF 22.40

9782290352694.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 6.60

9782290331248.gif
Véronique Ovaldé
Prix: CHF 7.50