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Le journaliste et romancier suisse Jean-Michel Olivier retrace a reçu le 16 novembre 2010 le Prix Interallié pour L’amour nègre retrace, co-édité par L’Âge d’Homme.

C’est une drôle de paire qui vient de remporter le Prix Interallié. L’un est grand, calme, raffiné, et consacre depuis plus de vingt ans une plume extrêmement élégante, érudite et perspicace au journalisme culturel et à la littérature ; l’autre est remuant, tour à tour tendre ou gouailleur, et promène sur le monde des adultes un regard ironique pour oublier que son père, dans un village africain, l’a vendu à des stars de Hollywood atteintes d’adoptite aiguë… En ce 16 novembre 2010, l’écrivain Jean-Michel Olivier, tenant par la main Moussa-Adam, son très impertinent jeune héros, a donc rejoint Jacques Chessex, Charles Lewinsky et Matthias Zschokke dans le tout petit club des auteurs suisses s’étant vu décerner l’un des grands prix littéraires français !
L’amour nègre, fable ultra-contemporaine et délicieusement acide, dénonce de manière politiquement très incorrecte l’insupportable complexe de supériorité des Occidentaux et des Asiatiques envers l’Afrique. Bonnes intentions en bandoulière, roublardise et égoïsme bien sanglés, naïvement sincères même, parfois, les personnages de cette histoire – dont toute ressemblance avec des peoples réels est parfaitement assumée – sont cependant tombés sur plus fort qu’eux : Moussa le petit Africain, innocemment rebaptisé Adam par ses parents adoptifs et trimballé « pour son bien » d’un bout à l’autre du mode charitablement globalisé, est fort bien outillé pour vivre, résister, rire, profiter surtout de tout ce qui passe à sa portée, et pour en tirer parti. Avec un aplomb qu’il fait habilement passer pour un reste de non-civilisation, l’adolescent qui grandit très vite exploite sans vergogne les ignorances, inconséquences, défauts et manquements divers de tous ces adultes blancs ou bridés qui ont la prétention de mieux comprendre que lui ce qu’il lui faut, et qu’il lui est si facile de battre à plates coutures sur leur propre terrain. C’est vif, allègre, cynique, sensible aussi sous des dehors volontairement provocants, et maîtrisé jusqu’à la dernière ligne !
Jean-Michel Olivier offre en outre à L’Âge d’Homme et à son fondateur, Vladimir Dimitrijevic, l’occasion de rejoindre au zénith les Éditions Zoé, jusqu’ici seule maison d’édition non-française à avoir été distinguée dans sa production par l’un des grands prix littéraires [en 2008 pour Maurice à la poule de Matthias Zschokke, Prix Médicis étranger] : L’amour nègre est en effet le fruit d’une co-édition entre les éditions françaises de Fallois et la maison lausannoise, qui sablent également le champagne à la santé d’Adam-Moussa !


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Jean-Michel Olivier, Editions de Fallois, Broché, 2010, 345 pages
Prix : CHF 35.00
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