www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Des musées plein la tête !


Joëlle Brack
18 décembre 2009

Alors que les crédits culturels fondent, trois belles expériences prouvent qu’il n’est pas toujours besoin de cimaises pour créer un musée !


© D.R.

Les architectes ont des idées légèrement irréalistes, les «phynanciers» culturels cadenassent leur tiroir-caisse, les grands collectionneurs émigrent sans crier gare, les projets pharaoniques sont blackboulés par le contribuable : sale temps pour les musées… Alors même qu’un peu partout nombre d’expositions, prestigieuses mais aussi plus « normales », attirent les foules et suscitent des réactions passionnées ! Mais l’institution muséale, avec ses pompes et, bien sûr, ses œuvres est-elle indispensable à la familiarité avec l’Art et les Artistes ? Pas forcément ! En quelques semaines, trois auteurs affichent leur originalité en proposant des « musées imaginaires » sans gardiens ni billetterie, mais qui offrent au public gourmand un trésor esthétique de toute beauté !

Ainsi Guillaume Apollinaire [1880-1918], dont Gallimard publie la Correspondance avec les artistes, a-t-il toujours fait du papier ses cimaises personnelles : matériau privilégié des célèbres Calligrammes, ces poèmes dont la disposition graphique – visage, cheval ou fontaine – s’harmonise au sens du texte [et impose au lecteur une participation active au décryptage !], il est aussi le support de ce sans quoi ne peut, ou ne devrait pas, vivre un musée : la réflexion et l’échange avec le monde artistique. De 1903, alors qu’il travaille dans le milieu de la banque auquel ses aspirations sont bien étrangères, à sa mort, à la veille de l’armistice de 1918, Wilhelm Apolinary de Kostrowsky entretint des relations épistolaires ferventes avec ce que la scène artistique française comptait de plus remuant : Derain, Vlaminck, Picasso, Max Jacob, Braque, Kisling, Chagall, Matisse, Delaunay, le Douanier Rousseau qui l’immortalisera dans La Muse inspirant le Poète, Marie Laurencin avec laquelle il vivra cinq ans de passion orageuse. Et son enthousiasme ne s’arrête pas là ! À l’étranger, De Chirico ou Natalia Gontcharova participent également au feu d’artifice intellectuel et affectueux qu’entretient le bouillonnant poète et critique d’art qui, par son audace progressiste humanisée de culture classique, accompagne avec intelligence la transition de la peinture post-impressionniste vers le surréalisme, voire le dadaïsme : il suffit de le lire pour voir se constituer grandeur nature, au gré des missives, un musée d’art moderne d’une richesse inouïe…

Tout aussi riche, mais conçu sur des bases fort différentes, Le Musée invisible de Nathaniel Herzberg ne nécessite pas davantage de murs, ni de cadre, ni de vitrine, bien que les œuvres évoquées comptent parmi les plus belles signées par Rembrandt, van Gogh ou Renoir, à moins qu’elles ne restent le chef-d’œuvre anonyme de quelque orfèvre antique, ou sculpteur médiéval. Et pour cause : toutes ont disparu ! Dérobées par des voleurs « spontanés » ou commandités, pillées au cours de conflits, soustraites aux grandes institutions comme aux particuliers, elles représentent certes une fortune, mais aussi une perte irréparable pour le patrimoine artistique mondial, et pour la curiosité des amateurs réduits à se contenter de mentions d’archives, ou de petites photos, souvent de piètre qualité. Qu’à cela ne tienne ! Nathaniel Herzberg, journaliste au Monde et commissaire exceptionnel de cette exposition, se propose de pallier l’absence matérielle de ces chefs-d’œuvre par une enquête digne d’un sacré polar, mettant face à face l’innocence impuissante de quelques centimètres carrés de toile colorés ou de matériau artistement travaillé, et la convoitise d’amoureux inconscients ou sans scrupules, et surtout de réseaux internationaux téléguidés par les folies d’un marché qu’alimentent la rapacité égoïste de certains collectionneurs, le besoin de recycler l’argent sale et la nécessité de financer d’inavouables activités. Dans sa galerie invisible pour les yeux mais non pour le cœur, il suffit de suivre le guide pour être transporté dans un autre monde !

Artiste lui-même, Claude Ponti enfin vient de créer un musée bien particulier, pas invisible du tout, au contraire, mais virtuel ! Le peintre et dessinateur de presse, surtout connu comme illustrateur de contes fantaisistes pour la jeunesse, ne pouvait en effet qu’être sensible à la créativité spontanée des enfants, et surtout à son gâchis… car qui, à part les grands-mamans inconditionnelles, conserve longtemps les œuvres enfantines ? Dessin, peinture, papier mâché, collage, écriture décorative, photo et autres techniques maîtrisées par d’allègres patoches se retrouvent donc réunies par ses soins dans Le Muz’, un véritable musée, avec collection, salles, expositions temporaires, ateliers et conservateurs, qui se visite en ligne uniquement [http://lemuz.org/], c’est-à-dire quand on veut et par tous les temps. Parrainé par de nombreux artiste, dont le grand Art Spiegelman, et quelques éditeurs jeunesse, Le Muz’ a démarré en trombe fin novembre et rivalise très avantageusement avec bien des manifestations contemporaines ! I

AU MUSÉE ...
9782070784042.gif
Guillaume Apollinaire
Prix: CHF 57.90

9782810003327.gif
Nathaniel Herzberg
Prix: CHF 74.90

9782211094689.gif
Claude Ponti
Prix: CHF 7.20

... ET AUTOUR
9782070329489.gif
André Malraux
Prix: CHF 19.80

9782843374104.gif
Stéphane Breitwieser
Prix: CHF 34.60

9782846391474.gif
Nicole Bédard
Prix: CHF 29.80