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Initiée par Payot Libraire, une table ronde a réuni le jeudi 4 février à Lausanne quelques spécialistes du numérique autour du thème de l’édition.

Autour de
Sur la sellette du fait des procès, Philippe Colombet a essuyé les plâtres, défendant avec sobriété, embarras parfois, la position de Google Livre : oui, Google, conscient de ce que les connaissances contenues dans les livres, les articles ou les documents était en grande partie inaccessibles au public, a cru bien faire en sollicitant non seulement les catalogues d’éditeurs mais les fonds de bibliothèques pour la numérisation des œuvres libres de droit et l’indexation [enregistrement de mots clés permettant d’orienter la recherche] des œuvres sous droit ou épuisées. Le bénéfice pour d’innombrables titres hors circuit de se faire ainsi connaître n’a cependant pas empêché la révolte d’auteurs et d’éditeurs, américains et européens, devant l’exploitation abusive de leur travail sans autorisation : d’où la nécessité actuelle de régler par accords juridiques les prérogatives des uns et des autres, ce qui ne va pour le moment ni vite ni bien… Le droit anglo-saxon, souligne
Passées ces mises au point, trois grandes questions ont structuré le débat : la forme, la place et la diffusion du numérique dans l’édition, à brève ou plus longue échéance. Spécialiste des interfaces – il a travaillé dix ans pour Sony – et grand lecteur, Frédéric Kaplan dresse un état des lieux du numérique qui laisse songeur : « On va vers un grand ordinateur unique, accessible par de multiples canaux y compris pour les créateurs, les diffuseurs et les utilisateurs » explique-t-il tranquillement. « C’est la fin des fichiers, seul l’accès aux données, stockées dans ce qu’on appelle un "nuage" [mais très terrestre !] deviendra pertinent. L’interface sera le support, par exemple une liseuse, mais aussi l’acte d’achat, non plus d’un objet de papier mais d’un droit d’accès au texte dématérialisé. Pourquoi alors une librairie physique, où on peut se promener et être conseillé, ne serait-elle pas une interface, proposant au client des livres traditionnels aussi bien que l’expérience d’acheter sur place un accès au numérique ? » Mais un accès pour quel support ? « La liseuse n’est pas l’avenir de l’imprimé, qui a son propre futur » corrige Frédéric Kaplan, qui peut en faire la démonstration grandeur nature : son ouvrage La métamorphose des objets, sous l’apparence d’un bouquin classique, cache une annexe numérisée invisible ! Il suffit de « lire » certains codes sur ses pages grâce à une interface – pour le moment un téléphone portable ou en entrant le nom de la page manuellement sur Internet, mais qui pourrait se multiplier – pour que son écran présente des « augmentations » complétant le texte : articles, interviews en vidéo ou musique explicative. Quant aux liseuses, type Sony Reader et aujourd’hui iPad, les spécialistes sont enthousiastes: « De même qu’il y a de multiples usages de l’écrit, il y a de multiples outils pour y accéder » insiste Philippe Colombet. « On n’a pas besoin du même appareil pour lire un roman au lit ou étudier, ou essayer des recettes de cuisine ! » L’acte de lecture va donc s’expliciter, mais la diversification se fera en également en amont puisque, comme le remarque Frédéric Kaplan, « si on lit différemment un livre, du début à la fin, ou un magazine, en grappillant [en naviguant !] suivant l’intérêt, on ne lira pas non plus de la même façon selon les interfaces, donc les textes numériques doivent être conçus au départ en fonction des divers canaux auxquels on les destine. » Caractérisés par la connectivité et l’interactivité, ces ouvrages d’un nouveau genre empiètent d’ailleurs moins sur l’univers du livre que sur celui du web…
La fragmentation des conceptions à un bout de la chaîne, et des supports ou interfaces à l’autres, laisse au centre une vaste question, essentielle pour l’utilisateur, celle de l’accès au numérique.
Reste cependant à en réguler l’aspect financier, crucial, et là les choses ne se présentent pas encore de manière équitable puisque les fournisseurs comme Amazon imposent leur conditions, drastiques : dix dollars maximum de prix de vente, une aumône à partager entre auteur et éditeur… L’annonce par Apple de contrats avec les éditeurs pour son iPad réjouit cependant
Mis en évidence par les échanges riches et variés de cette rencontre, le déséquilibre est perceptible entre la fureur de développer que l’on ressent chez les fournisseurs, technologiques ou commerciaux, d’interfaces de lecture innovantes, doublée de la curiosité impatiente des acheteurs potentiels, et les difficultés auxquelles doivent s’adapter [mais à quoi exactement, car tout est encore en devenir !] tant la librairie traditionnelle, inquiète pour sa survie, que les éditeurs, présents en nombre à la rencontre et qui avouent ne pas toujours trouver auprès des acteurs du numérique les réponses à leurs questions… Aussi projetés qu’ils soient vers les avancées prévues ou prévisibles du marché du numérique, les intervenants se sont cependant montrés aussi encourageants pour les uns que pour les autres : le cœur de métier et le contact directe en librairie restent irremplaçables, quant à faire l’économie de l’éditeur dans le processus de numérisation il est voué à l’échec pour les mêmes raisons qu ont prévalu dans l’édition imprimée. Porte-parole de la combativité éditoriale face au numérique, Francine Bouchet, directrice des Éditions La Joie de Lire, en a d’ailleurs vigoureusement clarifié les enjeux, relevant malicieusement la supériorité inattaquable de l’album cartonné lorsqu’il s’agit de lire une petite histoire avant d’aller dormir…