|
| ||
Vingt ans après la disparition du romancier, Lausanne et Payot Libraire ouvrent le dossier Simenon : du 3 au 5 septembre 2009, des rencontres, des débats, l’Autodictionnaire Simenon et une exposition y joueront les pièces à conviction !

Longue et intense, car l’écrivain liégeois vécut quatre-vingt-six années fort remplies, la vie de Georges Simenon s’est achevée le 4 septembre 1989 à Lausanne, où il résidait depuis dix-sept ans, après une quinzaine d’années passées à Échandens puis Épalinges. Le tiers vaudois, plus calme, d’une vie autrefois passée à bourlinguer, de Liège où il naquit en 1903, à Paris, ville de la carrière et de la réussite, des États-Unis à la Côte d’Azur, et plus aventureusement tout autour du monde, expédition qui le mena de New York à la Mer Rouge en passant par les Galápagos, Tahiti et l’Australie ! Lausanne, en cette année commémorative, n’a pas oublié Simenon, et réserve au souvenir de l’écrivain un hommage dynamique dont Payot Libraire a le plaisir d’être partenaire.
À tout seigneur tout honneur, c’est au créateur de Jules Maigret que seront dédiées les « Causeries du Palais » : jeudi 3 et vendredi 4 septembre, l’auguste Palais de Justice de Montbenon retentira d’originaux plaidoyers à charge ou à décharge, puisque juges d’instruction, avocats, policiers et journalistes, lausannois et français, débattront en public de la crédibilité de leur présentation et de leurs archétypes dans l’œuvre de Simenon ! Cornaqués par deux avocats, Mes Bettex et Burnand, les intervenants – parmi lesquels Jacques Antenen, Juge d’instruction cantonal, les commissaires Aimé-Blanc, divisionnaire à Paris, et Margot de la Sûreté vaudoise, ainsi que Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire du Monde – décortiqueront avec une allégresse procédurière Les inconnus dans la maison, La patience de Maigret ou Pietr le Letton. Ces experts rompus aux subtilités de leurs missions respectives seront à même de témoigner aussi bien de la précision de certains aspects que de la part de fiction enveloppant d’autres détails – et, éventuellement, de leur intérêt pour le « polar » !
La littérature d’ailleurs ne sera jamais loin puisque ces joutes oratoires seront introduites par l’interrogatoire de
Si Maigret constitue le pivot de la notoriété de Simenon, nombreux et excellents sont ses romans proprement littéraires : Le chat, La veuve Couderc, La vérité sur Bébé Donge, Quartier nègre, Le testament Donadieu et bien d’autres. Qualifiés par les amateurs de romans « durs », leurs intrigues ne tournent que partiellement autour des ficelles du thriller : crime, disparition, menace ou escroquerie, mais développent une observation sociale, une intuition psychologique et un sens de la progression dramatique qui classent définitivement Simenon parmi les grands écrivains – La Pléiade ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui en 2003 l’a accueilli dans sa « Bibliothèque » ! Généreusement nourris tant par leurs ressorts que par leur qualité littéraire et la densité des personnages, ces romans ont tout naturellement attiré les cinéastes, qui tels Autant-Lara, Tavernier, Chabrol ou Granier-Deferre, y trouvèrent les scénarios de nombreux films aujourd’hui devenus des classiques. C’est à cet aspect que s’est intéressée la Cinémathèque suisse, qui propose du 1er au 11 septembre une splendide affiche avec La mort de Belle, Les inconnus dans la maison, L’horloger de Saint-Paul, En cas de malheur, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, Betty et Les fantômes du chapelier ! Une soirée exceptionnelle permettra de visionner Betty [1992, avec Marie Trintignant] en présence de Claude Chabrol, qui parlera de la place du réalisateur face à l’œuvre de Simenon et à ses personnages.
L’ensemble de la manifestation trouve une synthèse parfaite dans l’exposition qui fera brièvement escale au Palais de Justice: un choix de photos réalisées par le jeune et talentueux « Georges Sim » permet de découvrir l’Europe de l’Est et l’Afrique dans les années 1930. Deux régions révélatrices de l’histoire en cette période et, plus subtilement, de la vision du monde exprimée par le reporter-bourlingueur… Un programme de grande qualité donc, et qui n’oublie pas les enfants, futurs lecteurs de Simenon bien sûr : l’Institut de Police Scientifique de Lausanne installera son laboratoire devant notre librairie, invitant les détectives en herbe à s’essayer en direct à l’étude des traces de pas et des empreintes digitales en compagnie d’experts professionnels !
TROIS QUESTIONS À… PIERRE ASSOULINE
Auteur de l’Autodictionnaire Simenon,
- Pierre Assouline, lequel, de l’homme ou de l’œuvre, vous a d’abord intrigué ?
Ils m'ont passionné en même temps. Je lisais l'œuvre depuis longtemps, mais j'ai fait connaissance de l'homme il y a près de trente ans en l'interrogeant sur ses rapports avec son éditeur pour ma biographie de Gaston Gallimard. Il n'y a en fait aucune distance entre l'homme et l'œuvre, ils forment un tout, un bloc, tant ils s'interpénètrent. Cette œuvre est unique, même si l'on retrouve un héritage du côté de Patrick Modiano pour l'atmosphère et l'économie d'écriture, et d’Arnaldur Indridason, pour l’aspect polar.
- Près de vingt ans ont passé depuis votre biographie, votre façon d’aborder Simenon a-t-elle changé ?
Non, j'écrirais la même biographie aujourd'hui ! Bien sûr, avec le temps on apprend des choses, mais des détails, rien qui bouleverse la vision d'ensemble. En revanche, le travail effectué pour l'Autodictionnaire m'a permis de découvrir des textes que j'avais négligés, notamment Quand j'étais vieux, son journal des années 1960, qui est assez remarquable.
- Parlez-nous de cet Autodictionnaire : que va-t-on y trouver ?
L'Autodictionnaire est né de l'envie de faire partager l’univers de Simenon de manière plus rapide et commode que par le biais d'une biographie. Il est destiné à être peu cité, et beaucoup pillé – tant mieux ! J'espère qu'il rendra service, y compris aux simenoniens, car beaucoup d'éléments sont dispersés, souvent inédits, et ce qui ne l'est pas est difficile à dénicher, les vingt volumes de Dictées et les Mémoires intimes ne comportant pas d'index ! Ce qu’on y trouvera ? Des surprises et des révélations certainement. Des contradictions aussi : c'est pour cela que, lorsqu'il y a plusieurs citations pour une même entrée, elles sont toujours dans l'ordre chronologique, afin que l'on en voie l'évolution. C'est très frappant à « Prix Nobel »…


- Causeries du Palais
Palais de Justice de Montbenon, les 3 et 4 septembre [16h00 -19h00] ; entrée libre, dans la mesure des places disponibles
- Dédicaces Pierre Assouline
Palais de Justice le jeudi 3 septembre [dès 19h00], Librairie Payot Lausanne le vendredi 4 septembre [17h00-18h45]
Également le samedi 5 septembre à Payot Neuchâtel [10h30-12h00] et Payot Genève Rive Gauche [15h00-16h30]
- Exposition de photos « L’œil de Simenon »
Palais de Justice de Montbenon, les 3 et 4 septembre [13h00-19h00] ; entrée libre
- Cinémathèque de Lausanne
Projections du 1er au 11 septembre au Casino de Montbenon ; entrée 10.- / 8.- (étudiants, AVS)
Les inconnus dans la maison [Henri Decoin, 1942] 01.09/21h00, 04.09/18h30, 11.09/18h30
La mort de Belle [Édouard Molinaro, 1961] 02.09/21h00, 05.09/18h30, 11.09/21h00
L’horloger de Saint-Paul [Bertrand Tavernier, 1974] 05.09/21h00, 09.09/18h30
En cas de malheur [Claude Autant-Lara, 1958] 03.09/18h30, 08.09/21h00
Maigret et l’affaire Saint-Fiacre [J. Delannoy, 1958] 02.09/18h30, 06.09/18h30
Betty [Claude Chabrol, 1992] 10.09/21h00
Les fantômes du chapelier [Claude chabrol, 1982] 03.09/21h00, 09.09/21h00
- Institut de Police Scientifique
Samedi 5 septembre, Place Pépinet [devant la librairie Payot] : de 9h00 à 13h00, démonstrations et expériences destinées aux enfants dès 8 ans.