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Fait exceptionnel, le Prix Femina étranger 2009 a été attribué le 9 octobre à l’écrivain bernois Matthias Zschokke pour son roman Maurice à la poule, paru aux Éditions Zoé.

Les grands prix littéraires français, très hexago-centrés, baissent si rarement les yeux jusqu’à la production francophone d’autres pays que, pour les auteurs et éditeurs suisses, la chose ne figure qu’anecdotiquement au panthéon des vœux pieux. Par chance, les prix Médicis et Femina catégorie « étranger », accueillant par nature ce que la traduction peut offrir de meilleur, ont du paysage littéraire une vision plus large, et la sélection d’un auteur suisse, au moins lors des premiers écrémages, n’y est pas totalement incongrue. Ils étaient ainsi deux, Charles Lewinsky pour Melnitz et Alain Claude Sulzer pour Un garçon parfait, à figurer l’an dernier sur la liste du Prix Médicis, une consécration qui a « tenu » jusqu’à l’ultime sélection. Cette année, c’est à Efina de Noëlle Revaz [Gallimard] – qui figurait parmi les « Romans français » – et à Maurice à la poule de Matthias Zschokke [Zoé], traduit de l’allemand, que revenait l’honneur de défendre la littérature suisse, cette fois dans les sélections du Prix Femina… Avec une très belle surprise à la clé, puisque aucun auteur suisse n’avait plus été distingué depuis le fameux Prix Goncourt de Jacques Chessex, en 1973 !
L’écrivain bernois Matthias Zschokke l’a finalement emporté devant quatre autres, côtoyant rien de moins que Paolo Giordano pour La solitude des nombres premiers, Elena Ferrante pour Poupée volée, Junot Diaz pour La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao et Sebastian Barry pour Le testament caché, le Costa Book Award de 2008 ! Une finale de haute volée donc, qui couronne un roman grave et fluide, profondément original, dont l’apparente simplicité – Maurice, un scribouillard plutôt désœuvré, en exil professionnel à Berlin, s’exerce à ne rien faire sans perdre la face – ouvre sur un monde de réflexions légèrement décalées. Maurice, aussi convaincu de sa peu vraisemblable utilité que le sérieux petit garçon du tableau de Anker qui illustre et titre le roman, est-il « dans la comm’ » ou simplement écrivain public ? Son correspondant à Genève, un Iranien à qui il raconte par lettres son quotidien berlinois, existe-t-il vraiment ? Et ce son de violoncelle qui envahit régulièrement l’espace ? Encadré par deux femmes, une petite amie épisodique et la voisine invisible et musicienne, Maurice n’entretient pourtant que des rapports flous avec le réel, ou des concepts aussi fallacieux que le passé ou l’avenir : surmonté son souci, très helvétique, de ne pas avoir l’air oisif, et surtout d’admettre le vide possible d’un face-à-face avec soi-même, il rêvasse en captant, presque à son insu, mille détails prosaïques qui accompagnent et nourrissent les dérives de son esprit vagabond. Quel besoin alors de fréquenter la société ? Mais les idées toutes faites ont la vie dure…
Attribué avec à-propos ce 9 novembre 2009 qui voit la célébration de la chute du Mur, le Prix Femina étranger salue un écrivain exigeant et peu banal. Installé à Berlin, « l’éternel faubourg », depuis près de trente ans, Matthias Zschokke en a vécu tous les états : l’indécision de la situation, la nécessité de l’équilibre, la fascination aussi de la précarité, voire du danger, y influent sur ses personnages, des flottants mélancoliques soucieux de ne se faire ni remarquer ni happer. Dandy intellectuel et légèrement ironique, l’écrivain a cependant trouvé à Berlin l’ambiance propice à une carrière prolifique, au théâtre comme en littérature, et même au cinéma. Cinq romans et trois pièces sont traduits en français, tous chez Zoé : car c’est aussi cette petite mais remuante maison d’édition genevoise qui est couronnée par le Prix Femina. Une maison qui aime à faire rimer rigueur avec bonheur et récolte les fruits de trente ans de travail patient, approfondi et enthousiaste mené par Marlyse Pietri et sa petite équipe, essentiellement dans le domaine traduit.
Chez Zoé, l’excitation est évidemment palpable : tandis que l’éditrice accompagne à Paris le lauréat, dont le numéro bilingue de séduction pétillante et légèrement ironique fait merveille auprès des jurées du Femina, son assistante éditoriale Caroline Coutau se trouve à Genève dans l’œil du cyclone, mais garde les pieds sur terre : « C’est magnifique d’entendre les jurées, qui ont été sensibles à l’unanimité à un roman comme elles n’en avaient jamais lu, disent-elles. Et Matthias Zschokke, sans céder aux mondanités, les enchante par son charme et son humour un peu distant ! » raconte celle qui n’a pas résisté à la tentation de faire tout de même, le fameux lundi, un saut de puce dans la capitale. « Mais ce Prix est aussi une consécration pour le catalogue de Zoé, exigeant et varié, profondément investi dans une politique d’auteurs et qui se donne les moyens de ses convictions. Se faire accepter sur le marché français est une longue patience – plus de dix ans pour nous – et cette reconnaissance du travail accompli est extrêmement importante pour Zoé et, par ricochet, pour tous ses auteurs ! »
Très apprécié en allemand – Maurice à la poule a reçu le Prix Schiller en 2006, et s’est vendu à plus de 15'000 exemplaires – Matthias Zschokke a en français un public plus discret, mais infiniment attaché à la vigueur fantasque de son style, et à son courage lucide de décrire les choses et les gens comme ils sont, sans en faire une affaire. Nul doute que le prestigieux bandeau rouge du Prix Femina étranger lui attirera maintenant tous les lecteurs qui n’avaient pas encore cédé au charme du blondinet Maurice et de sa poule très sage… Invitée en septembre de Payot Libraire pour présenter sa Rentrée littéraire, Marlyse Pietri avait déjà des paillettes dans les yeux rien qu’à évoquer la « résistance » inespérée du roman en deuxième sélection, s’estimant alors récompensée et avouant sans complexe ne pas imaginer beaucoup mieux : non seulement le miracle a bien eu lieu, mais Zoé peut se vanter aujourd’hui d’être le seul éditeur non français à avoir jamais décroché l’un des grands prix littéraires de l’Hexagone ! I
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Matthias Zschokke, Editions Zoé, Broché, 2009, 258 pages
Prix : CHF 32.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Matthias Zschokke, Editions Zoé, Mini zoe, Poche, 2004, 41 pages
Prix : CHF 5.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Matthias Zschokke, Editions Zoé, CH, Broché, 2002, 284 pages
Prix : CHF 32.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Matthias Zschokke, Editions Zoé, Theatre, Broché, 2009, 196 pages
Prix : CHF 27.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Matthias Zschokke, Editions Zoé, Zoe poche, Poche, 2005, 178 pages
Prix : CHF 14.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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