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Super Tuesday démocrate– et après ?


Joëlle Brack
08 février 2008

On avait beau soupçonner que le « Super Tuesday », mardi 5 février, ne suffirait pas à désigner clairement Hillary Clinton ou Barak Obama, le match géant a été suivi avec passion et ses résultats attisent l’intérêt pour la campagne.


© AP
© AP

Pour la septième fois – le système fonctionne depuis vingt ans – le « Super Mardi » sert de tremplin médiatisé aux élections présidentielles américaines. Après l’Iowa et le New Hampshire qui, frustrés de ne pas souvent faire la une des journaux, choisissent spectaculairement la première date possible pour organiser leurs primaires, et une poignée d’États peu représentatifs, ils ont été vingt-quatre en ce 5 février à désigner leurs délégués démocrates ou républicains aux décisives conventions nationales de l’été. Car, contrairement à ce que le battage médiatique pourrait laisser croire, pas un citoyen américain n’a mis sur son bulletin le nom de Clinton ou de Huckabee, d’Obama ou de McCain, ni d’ailleurs ne le mettra jamais ! Le complexe processus des primaires imaginé par les patriarches fondateurs, et constamment « amélioré » au fil des décennies, est en effet entièrement indirect, ce qui explique que même à l’ère de l’électronique il faille une année pour en exploiter tous les ressorts… mais en période de grève des scénaristes, ce n’est pas à négliger !

Le fond et la forme
Au soir du Super Tuesday, la moitié donc des États avaient choisi leurs représentants, au cours de sélections qui vont du classique meeting ouvert à tous au fameux caucus, auprès duquel les Landsgemeinde sont d’une sophistication futuriste ! Ni bulletin ni main levée : les électeurs du parti débattent entre eux des mérites de chaque candidat, étant désigné celui qui, au coup d’œil, a rassemblé autour de ses délégués le plus gros troupeau… Sur les 4049 délégués qui siègeront à la convention démocrate de Denver à la fin août, 1610 se trouvent donc déjà élus, proportionnellement à la population de chaque État : 845 supporters pour Hillary Diane Rodham Clinton, 61 ans, avocate, méthodiste, sénatrice de l’État de New York, et 765 pour de Barak Hussein Obama Jr, 47 ans, fils d’une Américaine et d’un Kenyan musulman, juriste, sénateur de l’Illinois depuis trois ans. Leurs scores serrés – le vainqueur devra aligner 2025 délégués à Denver – assure le suspens, et promet une suite de campagne aussi passionnante qu’épuisante, tandis que chez les Républicains la désignation de John McCain [72], avec 615 délégués sur les 1191 nécessaires pour la convention du parti, devrait être moins stressante. Quoi qu’il en soit, rarement une élection présidentielle n’aura soulevé un intérêt aussi massif parmi les dizaines de millions d’électeurs inscrits ! À mi-course, les deux candidats peuvent dresser un bilan qui laisse peu de marge à l’utopie. Fortement enracinée dans le terreau politique, riche d’expérience et de relations, pragmatique, solide en économie, Hillary Clinton est aussi perçue comme froide et autoritaire. Elle est en outre plombée autant que soulevée par son nom, que de nombreux démocrates, simplement, ne souhaitent pas pérenniser en dynastie façon Bush. Les femmes, l’électorat âgé et la communauté hispanique – rivale éternelle des Afro-américains - l’idolâtrent, les autres… Obama, tout chouchou qu’il soit d’Oprah Winfrey, n’a pas la vie plus facile avec la communauté noire, qui le soutient mais ce faisant risque de le couper des autres bassins électoraux, et lui « reproche » de ne pas descendre d’esclaves ! Son enthousiasme, sa rhétorique attachante, la place qu’il réserve au désir de changement en font le candidat idéal des Blancs ouverts, des étudiants et des intellectuels, mais ses adversaires insistent sur son inexpérience politique et le flou de ses options économiques, vitales au seuil de la récession. L’une s’affirme brillamment dans les bastions démocrates, l’autre retourne en sa faveur des fiefs républicains, ce qui dynamite les clichés, mais il faudra attendre au minimum fin mars, peut-être davantage, pour que les prochains scrutins les départagent. Et cette course de fond augmente dangereusement les risques de fatigue et de bourdes, ainsi que de griefs qui rendront la réconciliation finale plus boiteuse… Mais, en icône, brille cette certitude : les Démocrates américains, en désignant soit une femme soit un Noir, feront très fort et marquent de précieux points dans l’opinion internationale !

Sauf que…
L’ennui, c’est que le match qui monopolise l’attention des Occidentaux n’est pas celui dont dépendent véritablement les États-Unis. Que la Convention de Denver sacre définitivement, selon l’expression anglo-saxonne, « un oiseau dans la main » - Clinton – ou « deux oiseaux dans les buissons » - Obama – il s’agira finalement de la même partition démocrate, quelles que soient les variations et accents que l’un ou l’autre interprète favorise par son jeu et sa personnalité. Mais le 4 novembre prochain, c’est contre un Républicain que cela se passera – et que sans doute le soufflé retombera. Car si les citoyens dégoûtés de l’ère Bush, de ses guerres foireuses et de ses lourdeurs politiques [corruption, lobbies etc.] s’expriment volontiers et de plus en plus, l’Amérique traditionaliste, conservatrice et puritaine ne brasse pas l’air des blogs mais n’en vote pas moins. Républicain. Et que McCain ait à ses yeux des positions regrettablement libérales sur des thèmes aussi irrationnels et non négociables que les émigrés clandestins, l’avortement ou les droits des homosexuels ne l’incitera pas forcément à regarder ailleurs. Surtout pas en faveur d’une femme ou d’un Noir, et d’autant que McCain pourrait bien céder à la nouvelle ambition du pasteur Huckabee depuis le Super Tuesday qui le maintient en lice : figurer sur le fameux « ticket présidentiel ». La perspective n’est encourageante ni pour les États-Unis ni pour le reste du monde, mais il est à craindre qu’au pays de Hollywood et de Broadway, Hillary Clinton et Barak Obama chauffent avec talent la salle d’un spectacle auquel ils risquent de ne pas participer - on appelle ça des « vedettes américaines »… |

Et encore...


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