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Le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale contre Omar Al-Bachir, président soudanais en exercice accusé de crimes contre l’humanité, est une « première » qui contrarie étrangement ses propres instigateurs.

En exigeant l’émission d’un mandat d’arrêt contre Omar Al-Bachir, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour Pénale Internationale [CPI], n’entendait pas uniquement entrer dans le Guinness Book : que cette réquisition officielle à répondre de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité soit effectivement le premier mandat lancé par la CPI contre un chef d’État en exercice n’est que le signe de retards fâcheux dans l’administration de la justice au sens large, et nul doute que le potentat soudanais ne soit virtuellement en « bonne » compagnie sur la liste de ceux qui ne perdent rien pour attendre. Car Moreno-Ocampo, bien que moins médiatique que Carla Del Ponte, n’est pas un débutant : cet élégant juriste argentin a gagné de solides galons en poursuivant les militaires de la junte qui broyèrent l’Argentine dans les années 1970-1980. La sévère revue de l’International Bar Association le décrit comme un procureur « qui considère les affaires et les droits humains comme inextricablement liés, et aimerait voir les juristes assumer un rôle d’investigation en remontant les filières qui pourraient mener des affaires aux crimes génocidaires ». En interpellant Al-Bachir, Moreno-Campo agit donc dans la droite ligne de sa conviction, dont il était fondé à croire que c’était également celle de la communauté internationale…
Oui mais - C’était en 2002, et certains aimeraient mieux l’oublier : la pressante demande de divers pays occidentaux, eux-mêmes poussés par leur opinion publique, incitait l’ONU et la CPI à s’activer dans la prise en considération de la guerre au Darfour. Sur quoi le TPI, soutenu par Kofi Annan, a émis en janvier 2007 des mandats d’arrêt contre deux responsables soudanais des fameuses milices Janjawids [les « diables à mitraillette »], utilisées par Khartoum pour semer terreur et désolation parmi les tribus noires du Darfour. Jouant les vierges offensées, le gouvernement soudanais avait répondu qu’il était assez grand pour faire son ménage tout seul, et que l’ONU n’avait qu’à lui confier le papier d’Interpol, les sbires locaux se chargeant du reste. Résultat : non seulement les deux lascars sont toujours libres, mais l’un d’entre eux est redevenu ministre [ce qui prouve que Tapie n’est au fond qu’un amateur…] En s’en prenant cette fois au chef de l’État, et par des accusations – génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité – qui incitent au sérieux, le procureur Moreno-Ocampo espère-t-il obtenir cette fois un résultat plus efficace ? Peut-être, bien que son taux d’illusion soit difficile à évaluer. En revanche, il ne comptait peut-être pas voir ses « commanditaires », ONU en tête, se détourner aussi rapidement de lui, le laissant presque seul et politiquement tout nu au milieu de l’arène !
Tu quoque… - Car l’annonce des accusations n’était pas plutôt tombée, fin juillet, que la diplomatie internationale d’abord épatée prenait progressivement ses distances, laissant entendre que oui, bon, ok, mais y’a pas le feu. Le Soudan lui-même, c’était prévu, a poussé les hauts cris, se tournant pour soutenir son indignation vers des alliés d’ordinaire peu écoutés : l’Union Africaine, dont les maigres troupes ont pourtant toutes les peines du monde à obtenir la permission d’exécuter au Darfour leur mandat onusien de maintien de la paix, et vers la Ligue Arabe, tutrice peut-être naturelle d’une population mi-arabe mi-africaine majoritairement musulmane, mais d’une objectivité discutable quant à la protection des ethnies noires persécutées au Darfour. Si on y ajoute la Chine, son fournisseur d’armes détenant deux tiers de la production pétrolière, et la Russie qui ne va pas rater une occasion de se manifester, le Soudan pouvait se considérer comme épaulé face aux ridicules prétentions de la justice internationale. Or voilà d’autres alliés qu’on n’avait pas sonnés ! Le temps en effet a passé depuis que l’indignation occidentale pressait les instances internationales d’agir. Depuis, la France à la tête de l’Union Européenne, en négociations plus ou moins efficaces avec Poutine sur la Géorgie et quelques leaders [Kadhafi, El-Assad] sur le Moyen-Orient, n’a plus l’intention de fâcher ces puissants interlocuteurs pour des négrillons dépenaillés. Depuis, la Grande-Bretagne, témérairement engagée en Irak et en Afghanistan, a bien perdu de sa superbe, et Gordon Brown, qui a dû faire risette aux Chinois pour cause de JO partagés, préfère garder ses forces pour imposer les prolongations de la force ONU-UA, supposée déguerpir du Soudan un de ces jours. Depuis, l’ONU elle-même freine des quatre fers, cornaquée par les Américains qui ne reconnaissent par la CPI crainte de la voir débarquer à Bagdad, les Russes qui se sentent en verve pour exercer leur droit de veto, les Chinois qui agitent la crise pétrolière sous le nez des économistes et l’Afrique du Sud [présidente de l’UA] auréolée de son passé « Vérité et réconciliation ».
Une autre fois peut-être - Se raclant la gorge sur le terme de « génocide – ce qui sera éventuellement un hic juridique, mais comment « mégoter » sur de telles horreurs ? - sur la façon des enquêteurs de compter les cadavres [!], sur ces crimes mêmes dont le procureur argentin apporte des preuves tragiquement indiscutables, tous prônent la mise en veilleuse des mandats d’arrêt en faveur des infimes progrès de paix supposés perceptibles sur le terrain - avec un fort télescope. Voire, pour ne rien négliger, de voter le report annuel et tacitement renouvelable des accusations contre al-Bachir ! Abandonné au cœur de la tourmente, Luis Moreno-Ocampo est pourtant loin d’être un naïf : il sait que les plus endurcis n’auront pas de tapis assez grands pour repousser en dessous 300.000 morts et une catastrophe humanitaire pour plus de deux millions de réfugiés. Alors, jetant ses lourds dossiers à la face de la communauté internationale engluée dans ses compromissions, il la contraint à abattre ses cartes, à étaler publiquement ses reculades, ses excuses embarrassées et ses prétextes. - Merci. I
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Marie-José Tubiana, Sepia, Bibliotheque peiresc, Broché, 2006, 222 pages
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Stéphanie Rivoal, Le Cherche midi, Relié, 2007, 212 pages
Prix : CHF 58.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Ahmad Al-Malik, Actes Sud, La bibliotheque arabe, Broché, 2007, 300 pages
Prix : CHF 44.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Jamal Mahjoub, Actes Sud, Babel, Poche, 2006, 271 pages
Prix : CHF 14.50
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