|
| ||
Forum économique mondial [FEM] à Davos contre Forum social mondial [FSM] à Nairobi : dans la neige ou dans le sable, ceux qui s’impliquent dans la marche du monde ont quelques jours bien remplis devant eux. En dépit de vues souvent opposées, un objectif identique les anime : que ça bouge ! Mais dans quel sens ?

Si le Liechtenstein veut envahir la Suisse, ça va être le moment ou jamais : du 24 au 28 janvier, quelque 5'000 soldats helvètes – avec blindés et cantinières en proportion - vont transformer Davos en bunker, laissant le territoire national dangereusement sans défense… [et que la Principauté ne se retranche pas derrière son ignorance : le DMF explique soigneusement l’ampleur de la manœuvre sur son site Internet !] Cette contradiction entre l’attrait d’un pays calme, neutre et prospère, et cette manie de rejouer chaque année Le jour le plus long à 1.600 m d’altitude ne dérange apparemment pas les hôtes du Forum, dirigeants économiques ou responsables politiques, qui seront pour cette session plus de 3'000 à participer. On y attend de pied ferme des contributeurs aussi importants que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, l’Israëlien Shimon Peres et une importante délégation irakienne, toutes tendances confondues. Mais pas d’Américain, ni politique ni même caritatif, ce qui vide par avance les entretiens de toute conséquence. En revanche, le grand patron de Google, Eric Schmidt, ainsi que Bill Gates, feront le voyage pour parler de l’impact d’Internet et de l’hyper-connection sur les stratégies économiques ; les hauts dignitaires de BP, Coca-Cola ou Barthi India mettront leurs goûters en commun au cours d’ateliers interactifs, tandis qu’André Kudelski, le régional de l’étape, attirera l’attention des décideurs sur la sécurisation de… tout, en fait.
Ça va bloguer dur
Et puis, parce qu’il serait un peu trop facile de ne voir dans ce Forum qu’une grand-messe de l’inutilité, il y aura aussi des discussions intéressantes ! Le thème de cette année, « L’évolution dans l’équilibre des forces », explorera aussi bien l’économie mondiale, qui ne se réjouit plus ni des errements américains ni de l’euro galopant, que la géopolitique, avec le terrorisme, le Moyen-Orient et les questions énergétiques en toile de fond. Sans oublier les menaces climatiques et même certains aspects sociaux, comme l’impact des économies émergentes, des fournisseurs de produits de base, des consommateurs, et globalement du poids possible des individus ou des communautés d’intérêts sur les groupes ou les institutions – tiens, tiens…. Car les partenaires principaux du Forum ont peut-être toutes les caractéristiques de l’égocentrisme économico-politique, ils aiment montrer leur bon profil. Or pour Klaus Schwab, fondateur et président du WEF, « le monde devient de plus en plus schizophrène, avec une économie globalement croissante contrebalancée par un appauvrissement général et l’augmentation des conflits ». Exactement le genre de réflexion qu’entend alimenter l’humaniste Open Forum Davos, équivalent public, lui, et retransmis en direct à la télévision, pour mettre le doigt là où ça fait mal. Attendre de grands bouleversements positifs serait certes naïf, mais espérer les petites chiquenaudes qui feront rouler la boule dans le bon sens pour garantir la première moitié de la constatation contre l’emprise des deux autres est plus raisonnable – bien obligés, tout le monde regarde. Car ce Forum, à l’origine planqué dans la montagne à deux doigts du yéti, est devenu l’un des endroits les mieux observés de la planète ! Cette année d’ailleurs, il aura son blog, auquel chacun, ministre ou sous-fifre, sera incité à contribuer, bien sûr sous son meilleur jour : or, web 2.0 ou pas, scripta manent…
Nairobi, l’alter-Davos
En préambule, le Forum social mondial 2007 (FSM, jusqu’au 25 janvier) vient de s’ouvrir à Nairobi. Première véritable occasion de la société civile africaine de gérer sur la scène internationale un rassemblement de ce type et de cette envergure – environ 80'000 personnes, dont 20% de non Africains, selon les estimations – le FSM 2007 revêt aux yeux de ses organisateurs une importance toute particulière, comme l’explique le Chilien Gustavo Marin, membre du Conseil international du FSM. En effet, si l’émergence des processus citoyens initiés par le Forum ne se démultiplie pas rapidement en « contaminant » les parties du monde comme la Chine, la Russie, le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, où ils sont encore inexistants, tout ce qui a été fait jusqu’à présent n’aura été qu’une sympathique tentative d’intégrer le développement des sociétés civiles aux grands mouvements de la mondialisation. Conscient de l’enjeu, le Forum de Nairobi veut tout faire pour n’être pas la dernière « foire » altermondialiste, mais la première manifestation forte, représentative, et finalement influente. Et bien que certains milieux économiques [craignant peut-être la « concurrence » médiatique !] déplorent le télescopage des deux conférences, le léger décalage des deux forums permet déjà aux participants de Nairobi de faire passer certains messages à Davos. L’un, venu des rues de Kibera – bidonville de Nairobi, l’un des plus grands d’Afrique – montra ce week-end à travers pancartes et slogans l’inquiétante multiplicité des problèmes [alimentation, eau, sida, commerce international, démocratie etc] préoccupant activement les sociétés civiles marginalisées par la mondialisation. L’autre, plus classique dans la forme, n’en est pas moins grave, c’est l’appel en faveur d’une consolidation du monde du travail, sérieusement menacé par une précarité qui déborde largement le cadre des pays pauvres, comme en témoignait récemment le scandale Wall-Mart aux États-Unis.
Un pied devant l’autre
Plus directement lié à l’économie, le problème a-t-il davantage de chances d’être pris en considération à Davos ? Le scepticisme est latent : le Forum économique montre [ou plutôt montrait, car le joujou plaît déjà moins…] un intérêt plus vif pour l’humanitaire, avec ses ONG homologuées par des Prix Nobel et ses ambassadrices de charme, que pour le social, cet interminable travail de fond sans grâce ni audimat… Pourtant, celui dont le tibia a fini dans le plâtre, vaincu par une descente acrobatique dans la poudreuse de Davos, le sait aussi bien que celui qui a vu une tige de bambou remplacer le sien, pulvérisé par une mine antipersonnel sur un sentier angolais : quel que soit le chemin, on le parcourt bien plus efficacement en levant alternativement les deux jambes qu’en tirant sur une seule pour compenser l’autre. De même, quel que soit l’élasticité actuelle de son jarret, l’économie mondiale se fatiguera davantage à traîner – ou enjamber – le boulet d’une planète aux deux tiers exsangue, qu’à favoriser la rééducation d’un membre atrophié par les excès de la mondialisation. Deux pieds, pour l’équilibre, c’est mieux : le petit humain le découvre vers onze mois, mais l’oublie rapidement ! Le FEM, avec un sens des réalités discutables, préfère viser plus haut : « l’autre forum », pour lui, ne se tient pas à Nairobi mais dans le monde virtuel, ses participants étant pour la première fois conviés – où la vanité ne va-t-elle pas se nicher - à rejoindre le fictif correspondant Reuters de Second Life, l’univers parallèle en 3D qui vous permet de régler les problèmes que vous n’avez pas, au lieu de regarder ce qui se passe sous votre [vrai] nez…
| 1) |
Peter Auer, Geneviève Besse, Dominique Méda, Editions La Découverte, Recherches, Broché, 2005, 282 pages
Prix : CHF 45.20
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|
| 2) |
Michel-Henry Bouchet, Pearson, Broché, 2005, 400 pages
Prix : CHF 59.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Dirk Barrez, Le Roseau Vert, Broché, 2002, 272 pages
Prix : CHF 29.60
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|

| 1) |
Erik Orsenna, Fayard, Broché, 2006, 291 pages
Prix : CHF 35.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Thomas Mann, Fayard, Broché, 1997, 772 pages
Prix : CHF 60.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|