Détail de couverture. La démocratie à l'épreuve, Chroniques américaines © Buchet-Chastel, 2006.
Le 2 novembre 2004, l’élection la plus importante pour l’avenir du monde a eu lieu aux Etats-Unis. Seules 115 millions de personnes y ont participé et c’est le choix de 59 millions de personnes qui a décidé de la réélection de George W. Bush. Hors des frontières américaines, des centaines de millions de personnes ont suivi avec intérêt les élections, jusqu’à l’annonce de leurs résultats définitifs, en espérant la victoire du candidat démocrate John Kerry. À l’issue des votes, les semaines d’attente pour départager les deux candidats ne concernèrent pas seulement les Américains… même si de nombreux artistes et intellectuels américains s’étaient mobilisés pour l’occasion. Parmi eux, Michael Moore, documentariste engagé dont le film
Bowling for Columbine a reçu, en 2003, le César du Meilleur film étranger et dont les ouvrages, publiés en français aux Editions La Découverte et repris aux Editions Pocket, n’a cessé depuis des années de s’exprimer sur les dérives d’une démocratie dont la politique sociale et économique aurait été sacrifiée aux dépens d’une politique étrangère dont l’impérialisme serait le moteur.
La baisse des budgets de la culture et de l’éducation ; les atteintes constatées aux libertés civiles, et notamment contre des populations d’origine musulmane dont des familles se sont vues signifier, peu de temps après le 11 septembre, leur expulsion du pays sans que des motifs légitimes ne leurs aient été présentées ; les récentes controverses suscitées par le manque de réactivité ou l’incapacité du gouvernement américain à porter rapidement et efficacement secours aux populations frappées par le cyclone Katrina, ont poussé ces dernières années de nombreux Américains dans les rues. La manifestation, un mode privilégié de contestation et d’expression sociale qui n’avait plus vraiment court aux Etats-Unis, prend à nouveau, une ampleur significative.
Protestation contre l’engagement des troupes américaines en Irak et revendication des droits des minorités sont devenus l’objet régulier de ces demonstrations populaires. Au plus mal dans les sondages avec 29% seulement d’opinions favorables, George W. Bush ne devrait pas voir son crédit s’améliorer, après la publication par le quotidien USA Today, jeudi 11 mai 2006, de révélations sur les appels de millions d’Américains recensés par l’agence américaine du renseignement électronique (NSA) au lendemain des attentats du 11 septembre.
Les carnets de Paul Dubois ou, plus récemment, de Bernard-Henri Levy, Christian Rioux ou Dick Howard se font l’écho de façon distincte et plus ou moins engagée de cette Amérique. Il reste que
L’Amérique inquiète… et ses contradictions complexes s’expriment dans le dilemme impossible analysé par Noam Chomsky : Dominer le monde ou sauver la planète ? Leurs propos se rejoignent sur un point : l’Amérique est en crise.
Walden Waldo, auteur de La fin de
l’empire, La déségrégation du système américain, paru ces dernières semaines, adopte un point de vue qu’il qualifie lui-même comme étant « un point de vue du Sud ». Il n’hésite pas à faire un parallèle entre les Etats-Unis et l’Empire romain, en identifiant trois facteurs à la crise qu’ils traversent actuellement : une crise de surextension, une crise de surproduction et une crise qui l’atteint dans sa légitimité et qui concerne son comportement peu démocratique à l’égard des pays du Sud. Se servant d’événements d’actualité, Walden Bello livre ici une analyse qualifiée « d’audacieuse » par son éditeur mais qui, il est vrai, a le mérite d’aborder cette question sous un angle nouveau.
Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001,
Le Monde titrait son éditorial « Nous sommes tous américains ». Pour la première fois, les Etats-Unis étaient frappés sur leur territoire et d’une façon si terrible que le contexte de l’époque peut expliquer une telle expression. Force est de constater que, malgré toute la compassion qu’il est possible de ressentir face à une telle tragédie, nous ne sommes pas tous américains dès lors que la crise politique, économique et sociale que connaissent aujourd’hui les Etats-Unis nous concerne tous au plus haut point étant donné sa position et son pouvoir d’action sur la scène internationale.