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Gaza, 1.4 millions d’otages


Joëlle Brack
26 juin 2007

L’OPA inamicale lancée par le Hamas sur le pouvoir dans la bande de Gaza peut-elle vraiment contribuer à relancer des négociations de paix entre l’Autorité palestinienne et ses voisins ?

© Nayef Hashlamoun
© Nayef Hashlamoun

Charm-El-Cheik : sa plage sur la Mer Rouge, ses palaces [ceux qui n’ont pas encore explosé], ses palmiers, et ses sommets israélo-arabes. Deux ans et demi après celui qui homologuait Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, le président en sursis y est à nouveau invité à la table des négociations, à la condition d’avoir peigné ses interlocuteurs dans le sens du poil, boutonné serré ses revendications, mouché les perturbateurs, et de s’être lavé les mains du sort des Gazaouis encerclés. Autant dire que les espoirs sont aussi minces que le fil du Jourdain par la canicule. Mais le projet de création d’un territoire palestinien [bancal, et dans des conditions plus bancales encore] « fêtera » en novembre ses soixante ans, cela ne mérite-t-il pas quelque effort?
Palabres ou arguments
Dans cette perspective, le paradoxe d’un espoir de stabilisation et de négociation entre le Hamas, l’Autorité Palestinienne, Israël, leurs voisins spécialisés en bons offices [Égypte, Jordanie] et les États-Unis, sinon la communauté internationale, pourrait être moins aberrant qu’il y paraît. Selon le vieil adage mettant en balance les avantages du Tout-puissant et de ses saints, mieux vaut en effet discuter avec ceux qui en ont le pouvoir : ça peut économiser le temps, la patience et le thé à la menthe. Or, nonobstant le capital de sympathie attiré au mouvement par la personnalité très particulière de feu Yasser Arafat, les observateurs les mieux disposés ont bien dû admettre depuis longtemps que le Fatah était loin d’incarner l’idéal d’un parti « à poigne » capable d’unir les Palestiniens, ni de doter leur lambeau de territoire d’un semblant d’organisation civile. L’épidémie d’attentats-suicides en Israël et les tirs endémiques contre les colonies et localités proches de la frontière ne sont que la pointe d’un iceberg de problèmes, des guerres de clans politiques aux scandales et détournements de fonds divers, mais qui semble secondaire face à l’incapacité chronique de l’Autorité Palestinienne à assurer le fonctionnement standard d’un État. On ne met pas si facilement en rang par deux un peuple de clans nomades ombrageux, attaché aux razzias comme aux palabres, et qui vit en cage depuis soixante ans. Mais le Hamas, bouclier d’Allah, a des arguments théologiquement imparables et logistiquement « remarquables » - à l’aune du chaos ambiant.
Tu l’auras si…
Plusieurs éléments autorisent néanmoins un certain scepticisme, les uns issus de l’actualité proche, d’autres d’une réalité plus diffuse. Celle qui saute aux yeux est très pragmatique : si le Hamas offre de meilleures garanties de sérieux, comment se fait-il que son accession au gouvernement palestinien, fruit d’un processus électoral réclamé et supervisé puis renié et blackboulé par la communauté internationale, ait aboutit dans l’indifférence à une mesure de rétorsion aussi grave que l’arrestation et l’emprisonnement d’élus et de ministres par un État tiers ? Que des pays au lourd passé démocratique – France, Canada, USA etc - aient snobé un gouvernement d’union nationale au motif qu’il ne plaisait pas ? Alors que ses efforts en direction de structures semblables à celles de ses irresponsables détracteurs sont d’autant plus fragiles, et à encourager, qu’on voit mal où un Palestinien de moins de 70 ans aurait connu pour s’en inspirer un modèle d’État de droit, même très imparfait… La question financière n’est pas non plus porteuse de grandes motivations. Moins spectaculaire que celle des territoires occupés mais tout aussi vitale, la rétrocession de sommes importantes [environ 600 millions de dollars] par Israël à l’Autorité palestinienne devient certes embarrassante, le monde civilisé - qui n’a d’ailleurs pas investit un kopek dans la reconstruction en Palestine - s’étonnant qu’un peuple périsse de noire misère [60% de la population gazaouie vit avec moins de 2 $ par jour] alors qu’on lui refuse ses revenus légitimes. Comme la bonne volonté en ce sens doit maintenant se manifester, il convient donc, pour éviter que de telles sommes ne tombent « en de mauvaises mains » - et, plus simplement, pour ne pas les verser car elles doivent servir ailleurs - d’imposer des conditions impossibles. Le vieux débat sur la reconnaissance d’Israël étant en passe de se diluer, il faut trouver autre chose, désarmer tous les terroristes, par exemple, ou exiger la fin unilatérale de toute violence, sans contrepartie. Si ça échoue, « c’est pas nous, M’sieur, c’est eux ! »
Ça ne se dit pas
Meron Benvenisti, un politicien israélien ardent partisan d’un État binational en Terre-Sainte, et qu’on taxera difficilement d’angélisme [il administra Jérusalem-Est pendant sept ans], va plus loin : la paix, selon lui, n’a jamais fait partie des objectifs alors que les processus de morcellement progressif mais sans répit imposés aux Palestiniens, tant sur le plan géographique que politique, finiront bien par aboutir à l’implosion de l’AP réduite à la lutte fratricide, et partant d’un peuple miné. Qui tombera en poudre, même, privé depuis 1967 de l’eau devenue à 90% prise de guerre dans les Territoires occupés [son exploitation est administrée par l‘Armée]. L’or bleu… C’est, peut-être, la seule vraie raison, la seule qui pourrait être comprise, éventuellement admise, possiblement résolue. Mais quel Israélien serait assez cynique pour la faire valoir – même le bouillonnant Benvenisti ? Aussi impossible qu’à un Occidental de reconnaître que son incapacité à imposer le calme vient, entre autres, de l’ingérable malaise causé par la friction, à Gaza et dans la région, de ces deux « plaques tectoniques » ethno politiques : les pays arabes et musulmans d’un côté, et de l’autre cet État presque exclusivement issu d’émigrés qui, fondamentalement, y ont tout importé d’Occident sauf l’hébreu – et les cravates…I

Vivre et mourir à Gaza


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Arlette Khoury-Tadié, Maisonneuve & Larose, Broché, 2002, 275 pages
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Eva Schubert, Walid Sharif, Mahmoud Hawari, Yusuf Natsheh,  Collectif, Edisud, L'art islamique en mediterrane, Broché, 2004, 253 pages
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