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La Géorgie, pour tenter de récupérer l’indépendantiste Ossétie du Sud, a couru le risque de voir des chars russes à Tbilissi. La défaite est cuisante et les suites inquiétantes.

Il y a des choses qui sont réglées comme du papier à musique pour tomber tous les quatre ans, comme les années bissextiles, les Jeux Olympiques ou la campagne électorale américaine. L’heureuse conjonction de ces phénomènes semble avoir été interprétée de façon maladroite par l’auspice géorgien qui dissèque les œufs d’esturgeons, et voilà le président Saakachvili persuadé que le moment est bien choisi - Poutine, Bush et Sarko sont à Pékin ! - pour ramener un peu le projecteur sur un sujet qui lui gâche ses nuits : la rébellion passive de l’Ossétie du Sud. L’une des onze provinces du pays, l’une des deux sécessionnistes qui, avec l’Abkhazie et sous l’œil bienveillant de la Russie, manipulent l’autonomie comme une grenade dégoupillée. Pour obliger l’Occident à un peu d’attention, rien de tel donc qu’un petit convoi de blindés vers Tskhinvali, histoire de rappeler au monde, et surtout à l’Union Européenne, où se trouve cette loqueteuse bourgade qui joue les capitales ossètes indépendantes. Finie la récréation, la fière Géorgie récupère l’intégralité de son territoire, fait un pied de nez au voisin russe et s’attire les compliments de la communauté internationale, toute contente de voir un abcès crevé dans une partie du globe si généreusement pourvue en énergies fossiles. Cette leçon de stratégie vaut bien une protection UE rapprochée, sans doute.
Hélas non. Se disant europhile convaincu, le président Saakachvili ne semble cependant pas avoir une connaissance assez fine des mécanismes régissant l’Union pour prévoir les réactions d’une telle institution lorsqu’elle « pédale dans la semoule », comme c’est le cas depuis l’échec du Traité de Lisbonne. Se fier à l’exemple récent du Kosovo, dont l’indépendance autoproclamée fut vaguement soutenue par les Occidentaux, pour espérer que l’UE prendrait fait et cause dans l’affaire géorgienne, était négliger des facteurs essentiels. L’un est que l’Europe s’était, face à Pristina, racheté une conduite après la mollesse puis les cafouillages de son intervention lors de la guerre des Balkans, et a en quelque sorte « remboursé » les Musulmans en leur reconnaissant un droit à l’indépendance, pour solde de tout compte. Un autre que les Européens, déjà méchamment coincés dans l’affaire du bouclier anti-missiles américain en Pologne et en froid avec Moscou au sujet du billet aller simple de Milošević pour le TPI, ne sont pas dans la position d’aller se mettre sur les bras une colère du Kremlin, dont le coût en gaz et pétrole dépasserait largement leurs moyens. Un autre encore qu’une crise sérieuse entre la Russie et ses voisins ramènerait certainement Vladimir Poutine au pouvoir, un « ours à deux têtes » n’étant plus garant de l’image forte à imposer – la Constitution ne lui interdit que deux mandats consécutifs, et l’intermède Medvedev suffirait d’ores et déjà à invoquer la stricte légalité pour reprendre officiellement le gouvernail.
L’UE qui n’a rien vu venir a certes perdu deux jours à rassembler ses esprits – quelle idée, aussi, de faire la guerre entre le 14 juillet et le 15 août – mais elle est néanmoins parvenue à éviter les plis les plus gros du tapis pour attirer les frères ennemis à la table des négociations. Ni les forces en présence ni les enjeux stratégiques ou économiques ne rendaient la chose évidente, d’autant que la Géorgie et la Russie entretiennent un dialogue de sourds, chaque nation hurlant au massacre de ses concitoyens qui, ironie du sort, sont souvent les mêmes : alors que la province est, à l’état normal, peuplée de deux bons tiers d’Ossètes pour un petit tiers de Géorgiens, ce tiers-là est en majorité composé de doubles nationaux ayant également un passeport russe. Selon que c’est Moscou ou Tbilissi qui fulmine, l’origine change donc – la mort, elle, reste… Outre l’aspect humanitaire, dont les deux parties se moquent, et les frontières internationalement reconnues, Sarkozy en ambassadeur de l’Europe a heureusement pu tirer de sa manche un atout : le fait que l’intervention russe, d’un chronométrage proprement olympique, a eu lieu un peu trop vite et duré un peu trop longtemps pour qu’on puisse imaginer la réaction purement épidermique. D’où un fragile cessez-le-feu concédé du bout des lèvres, que les adversaires résisteront mal à briser pour – au choix – défendre ou attaquer les infrastructures pétrolières et gazières, protéger ou éliminer les « résistants » ossètes, se faire plaindre ou se faire respecter.
En fait d’arroseur arrosé, on ne pouvait imaginer plus réussi : les Ossètes du Sud s’accrochent évidemment à leur terre alors que la minorité géorgienne terrorisée est en exode, et les chars russes ne font pas que passer – les survivants de l’ère soviétique témoigneront de ce que ces engins-là n’ont pas de marche arrière. Une province plus Ossète que jamais, des occupants qui s’installent pour l’hiver et des « attaquants attaqués » ridiculisés sur la scène internationale, ce n’était certainement pas l’objectif... Saakachvili s’en mordra longtemps les doigts, mais pas autant que les milliers d’Ossètes innocents qui, sur un coup de dé imbécile, ont tout perdu. Un chef d’État qui règle un compte presque personnel avec un ennemi obnubilant, une diplomatie et un état-major totalement ignorants du contexte qui prévaut dans un territoire visé par l’annexion, des populations « sauvées » à coup de chars et de bombes, des hubb pétroliers détruits ou séquestrés pour redistribuer les cartes géopolitiques : tout ce qui a caractérisé la guerre-éclair entre l’invasion géorgienne et la sévère riposte russe ne rappelle-t-il pas fâcheusement celles de l’Irak ? Aux innombrables questions que posent chroniqueurs et spécialistes du sujet s’en rajoute une alors, d’une cruelle naïveté mais qui se perpétue sans espoir de réponse : pourquoi les nations sont-elles éternellement livrées pieds et poings liés aux caprices d’hommes politiques qu’on n’engagerait même pas comme gardes-champêtres, tant leur « usage du monde » et leur faculté de raisonnement sont squelettiques ? I
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André Sellier, Jean Sellier, Editions La Découverte, Atlas des peuples, Broché, 2004, 210 pages
Prix : CHF 80.90
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| 2) |
Sylvain Tesson, Arthaud, Broché, 2007, 170 pages
Prix : CHF 58.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
François Thual, Ellipses Marketing, Référence géopolitique, Broché, 2004, 78 pages
Prix : CHF 18.30
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| 4) |
Viatcheslav Avioutskii, Armand Colin, Perspectives géopolitiques, Broché, 2005, 288 pages
Prix : CHF 52.20
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Mamuka Japharidze, Koka Ramishvili, Sophie Tabatadze, Vato Tsereteli, Burozoïque Editions, Broché, 2008, 48 pages
Prix : CHF 15.80
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