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L’élection surprise de Tzipi Livni à la tête de Kadima, tremplin vers le poste de chef du gouvernement, se heurte en Israël aux marchandages sabotant une indispensable recherche de coalition. Et la paix ?

Les marchés orientaux seront-ils à la hauteur de leur réputation : fournir n’importe quoi à un client, quelles qu’en soient la difficulté et la valeur ? Car ce que recherche Tzipi Livni, nouvelle égérie du parti centriste israélien Kadima, ne se déniche pas sous les sabots d’un âne : c’est rien moins que d’une coalition gouvernable qu’a besoin cette femme énergique mais calme, torpilleuse surprise d’un gouvernement Olmert moisissant. Coincée entre les désirs de vengeance du Likoud, battu aux dernières élections, et les pressions anti-palestiniennes des fondamentalistes, sans parler de l’armée traumatisée par sa dernière expédition libanaise – et les ressentiments à peine voilés de certains centristes -, Tzipi Livni n’a que cinq semaines pour extraire du magma politique israélien un gouvernement d’union nationale prêt à assumer la fin du mandat électoral, faute de quoi des élections anticipées auront lieu en janvier 2009.
Le parcours de Tzipora Livni, ex-agente du Mossad devenue avocate d’affaires, ministre des Affaires étrangères et leader de Kadima, a connu un bouleversement spectaculaire, entraînant autant d’espoirs que de questions. Taxée au mieux de candeur, au pire d’ingratitude, elle avait réclamé au début de l’été la tête de son supérieur hiérarchique Ehud Olmert, ci-devant premier ministre, au motif - qui fit bien rire - qu’il figurait dans un nombre exagéré d’enquêtes pour corruption, sans compter sa propension à pincer les secrétaires. De fait, cette sabra [citoyenne juive née dans l’État hébreu], fille d’activistes nationalistes réputés, n’avait fait qu’une modeste carrière politique dans les rangs du Likoud [droite dure] quand elle en claqua la porte à la suite d’Ariel Sharon, qui fonda Kadima [« En avant », centriste] en 2005, le jour où il comprit que l’extrémisme – religieux ou non – et la réalité politique ne labouraient pas dans le même kibboutz. Une sorte de « fille à papa » politique donc, que ses détracteurs, dont son rival direct Shaul Mofaz, ne pensaient pas voir remporter les suffrages après avoir déboulonné le boss… Aujourd’hui propulsée à la direction d’un parti trop fragile pour rééditer son coup de 2006 [40% des sièges à la Knesset], Tzipi Livni doit enfiler de gros gants de caoutchouc pour tremper ses mains exceptionnellement propres dans les tractations politiques.
Élue sans large majorité, elle ne peut en effet compter que sur les vingt-neuf députés de Kadima, cinq élus du Meret [gauche] et quatre du Gil [Parti des Retraités, gauche contestataire], soit trente-huit voix , alors qu’il lui en faudrait soixante-et-une à la Knesset… Le noyau des négociations, qui s’annoncent ardues malgré l’optimisme affiché par la possible future Premier ministre, est évidemment constitué par les trois courants forts en Israël, le Likoud, les Travaillistes et le Shas [parti religieux ultra]. Si les points d’entente avec Barak, qui crâne mais ne sait que trop l’état lamentable de ses troupes, semblent accessibles, l’attitude va-t’en guerre de Benyamin Netanyahu, donné vainqueur par les sondages en cas d’élections anticipées, obère sérieusement les chances de consensus. Quant aux ultra orthodoxes, peu nombreux mais en position d’arbitre, ils monnaient leur appui contre des promesses de budgets sociaux, ce qui est bien, et l’omerta sur Jérusalem dans les négociations avec l’Autorité palestinienne – ce qui l’est moins. Or, persévérante et d’un pragmatisme qui secoue de vieilles habitudes, Tzipi Livni, affirmant ne pas craindre le défi d’élections anticipées, a maintenu le contact avec l’émissaire de Mahmoud Abbas. Normal : non seulement elle prône une solution rapide et définitive pour deux pays distincts, seule garantie de préserver un État juif sûr, mais elle dirige l’équipe de négociation israélienne, et n’entend pas abandonner cette responsabilité sous des prétextes électoraux.
Du côté palestinien du « mur de la honte », le scepticisme quant à une évolution favorable de la situation est cependant évident, ne serait-ce qu’en considération des compromis inévitables dans une précaire coalition. Certes, le retrait planifié des colonies de la bande de Gaza a connu fin août une mise en œuvre énergique : moyens militaires importants, expulsions presque sans bavures malgré l’hystérie, fermeté face aux provocations. Durant l’opération, plusieurs opposants n’ont pas hésité à abattre froidement des civils arabes, dans l’espoir de générer la riposte pour enrayer le processus de retrait : non seulement ils ont échoué, mais ont été accusés de terrorisme par les forces de l’ordre… Il n’en demeure pas moins que la question est loin d’atteindre à la sérénité, au point de préoccuper en même temps les ONG, les services secrets israéliens et l’Autorité palestinienne ! Les premières, dans un rapport publié au début de septembre, fustigent l’incapacité du « Quartet », soit les États-Unis, l’Union Européenne, la Russie et l’ONU, à mettre de l’huile dans les rouages, la politique israélienne du fait accompli [poursuite du mur en vue de redessiner les frontières, captation des terres, multiplication des obstacles à la survie des Territoires occupés] rendant presque inexistante l’amélioration promise. De son côté, l’armée avertit sans ambiguïté du transfert des problèmes vers la Cisjordanie, « bombe à retardement » selon l’état-major, dont les Palestiniens attendent la décolonisation massive comme gage de bonne volonté - alors que les ultranationalistes réclament le droit imprescriptible à une occupation partielle pour sécuriser les frontières ! C’est dire que l’union nationale souhaitée par Tzipi Livni, consciente de l’urgence à avancer avant que l’étau ne se resserre définitivement sur la minorité juive, est encore très aléatoire. Une réussite n’en assurerait que davantage de crédit à son artisane, et la dame, qui admire Golda Meir, en est capable : dans ce cas, Israël serait le premier pays au monde à confier ses pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire uniquement à des femmes !
Tzipora. Un prénom venu des confins de la Bible et de l’Histoire – Tsipora fut l’épouse de Moïse. Les exégètes [et Yahvé sait combien les siens sont remuants] sont exceptionnellement d’accord sur un point : la belle, dite l’oiseau, était – c’est l’étymologie de son prénom - noire car Éthiopienne. Peut-être pas très cohérent pour cette blonde d’origine polonaise, native et habitante engagée de Tel-Aviv… Mais une chose est sûre : pour la première fois de son histoire, l’État hébreu sera dirigé par quelqu’un de correctement fringué, tailleurs noirs et talons hauts. Et une Woman in Black [femmes pacifistes manifestant chaque vendredi à Jérusalem] de plus en Israël, ça peut changer quelque chose. I
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Jean Daniel, Editions Galaade, Broché, 2008, 859 pages
Prix : CHF 58.00
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Théo Klein, Antoine Sfeir, L'archipel, Broché, 2008, 238 pages
Prix : CHF 39.70
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| 3) |
Michel Gurfinkiel, Editions du Rocher, Le roman des lieux et destins magiques, Broché, 2008, 311 pages
Prix : CHF 38.90
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Hervé Elie Bokobza, Editions de l'OEuvre, L'oeuvre spirituelle, Broché, 2008, 221 pages
Prix : CHF 29.60
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Anne Brunswic, Actes Sud, Babel, Poche, 2006, 266 pages
Prix : CHF 14.50
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Avi Shlaim, Buchet-Chastel, Broché, 2008, 759 pages
Prix : CHF 56.00
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