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Barack Obama, Prix Nobel de la Paix


Joëlle Brack
09 octobre 2009

En attribuant le Prix Nobel de la Paix 2009 au jeune président américain Barack Obama, le Comité norvégien s’est fait remarquer – mais peut-être pas comme prévu.


© D.R.

Pour surprenante qu’elle ait été, l’élection de Barack Obama au Prix Nobel de la Paix 2009 ne contrevient pas du tout aux principes édictés par Alfred Nobel, qui souhaitait récompenser une personnalité ou une institution « ayant le plus, ou le mieux, contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Si elles sont encore pour l’instant réduites, faute de temps, à des intentions plutôt qu’à des résultats [disons que le Comité aurait peut-être dû attendre au moins la vraie-vraie fermeture de Guantanamo, mais bon…], les motivations du 44e Président des États-Unis quant à la crise, à l’environnement, à la guerre ou à la santé publique répondent clairement aux préoccupations humanistes de l’inventeur de la dynamite. Et au-delà encore, puisque Obama a l’occasion de mettre à l’épreuve ses talents pacifistes et unificateurs dans son propre pays aussi bien que sur la scène internationale !

Barack Obama n’est pas non plus le premier à recevoir un Nobel d’encouragement plutôt que de couronnement ; « l’obligation de résultat » qu’il implique symbolise même assez justement l’état d’expectative à travers lequel navigue un peu au hasard le monde aujourd’hui... Non, s’il y a des fêlures dans cette nomination, c’est ailleurs qu’on peut les repérer. Car, peut-être pas pour la première fois absolument, mais certainement de manière marquante cette année, le Comité norvégien garant de l’attribution du Prix Nobel de la Paix en a dit autant sur lui-même, et plus largement sur le courant de pensée occidentale qu’il incarne, que sur son lauréat. C’est, diront les amateurs de polars, le propre de tout crime… Sans tomber dans cette caricature, qu’est-ce qu’un profiler, ou un simple Sherlock Holmes en matière de diplomatie internationale, pourrait déduire de cette nomination, que l’intéressé lui-même a [bien trop] modestement qualifiée d’imméritée ?

D’abord que le Comité Nobel, et à travers lui le Vieux Continent, l’UE, l’Occident néo-libéral, ou toute autre appellation qui corresponde au territoire politico-socio-économique auquel nous appartenons, a instrumentalisé le Prix pour exprimer sa satisfaction, sincère, de voir « l’Amérique que nous aimons » [comme dirait qui vous savez] reprendre tournure, et récupérer de son aura et de son influence positive après les huit ans de misère diplomatique et humaine imposée par les Républicains. L’arme est efficace, spectaculaire, relativement indiscutable sur le plan de la neutralité, tout en ayant l’impact du soutien, diffus mais massif, d’une large part de la communauté internationale. Ceci dit, offrir le prix à Obama pour bien montrer qu’on ne l’aurait pas donné à Dobeliou, est-ce très flatteur ?

Ensuite, que les instances les plus soucieuses de discrétion – qui pourrait nommer un membre ou conseiller de l’honorable Comité ! – ne sont pas insensibles aux effets de la médiatisation. Il n’y a pas obligation de ne distinguer systématiquement que d’obscures ONG ou d’anonymes bénévoles bien-pensants, et nombre d’attributions ont par le passé honoré des personnalités politiques et des organisations connues du monde entier. Mais céder au charisme, certes remarquable, d’un responsable en poste depuis quelques mois seulement, et dont l’énergique résolution n’a pas encore – ne peut avoir, tout simplement – produit d’effet réel malgré des moyens colossaux, révèle tout de même une petite faiblesse pour l’apparat médiatique. Ou alors une petite condescendance envers ceux, individus ou organismes, qui œuvrent depuis des décennies avec des bouts de ficelle et de maigres subsides pour lutter contre les crimes « d’honneur » dans les Balkans, ou la déforestation en Amazonie ; mais ça paraît vraiment impensable.

Et puis que, toutes nobles intentions humanistes et sociales mises à part, il reste aux « nobélisateurs » un petit zeste de complexe de supériorité… Il est évident que le Comité et ses nombreux conseillers, norvégiens et étrangers, sont aujourd’hui d’une largeur de vues planétaire : en cent dix ans d’activité, vingt-trois de ses vingt-cinq élus non Occidentaux, sur quatre-vingt-quinze lauréats individuels au total, ont été distingués ces trente dernières années seulement. Mais il semble poindre nettement cette fois une paternaliste approbation au premier-président-noir-des-États-Unis, une spécificité pourtant ô combien non pertinente – que celui qui n’a pas d’origine ethnique lui lance le premier bulletin de vote – que le Prix ravive mal à propos, alors qu’Obama lui-même tient à s’affirmer sans priorité raciale face à une opinion publique agressive sur le sujet. Encore une bonne intention qui pavera l’enfer…

Et, enfin, que cette élection, qui si elle prête le flanc à certaines critiques quant à ses motifs ne pèche aucunement par son résultat, aura tiré une splendide épine du pied du Comité Nobel et de tout ce qui peut s’exprimer par son truchement, en évitant à la communauté internationale d’avoir à célébrer publiquement, en cette année anniversaire de la République populaire, l’irréductible Hu Jia, l’un des candidats favoris, ou tout autre dissident chinois bêtement tracassé par Pékin. I

OBAMA
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Barack Obama, Franklin Roosevelt
Prix: CHF 5.80

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Barack Obama
Prix: CHF 37.10

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Barack Obama
Prix: CHF 15.50

NOBEL
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Ragnar Sohlman
Prix: CHF 43.10

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Bernard Baudouin
Prix: CHF 31.20

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Daniel Morgaine
Prix: CHF 34.20