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Soumis au vote le 17 mai prochain, le principe du passeport biométrique infalsifiable apporte autant de questions que de solutions ! Big Brother ou risque zéro ?

En soi, l’idée que notre passeport puisse être falsifié et qu’un quelconque olibrius se balade sur la planète en notre nom est parfaitement désagréable : l’assurance que, grâce au passeport biométrique, tout ça va devenir difficile, cher et risqué pour les artisans qui s’adonnent à ce coupable passe-temps devrait être réconfortante. Et l’est, en fait, d’où la publicité enthousiaste faite par les autorités concernées à la puce électronique qui, bien à l’abri sous sa couverture rouge à croix blanche, garantira l’authenticité du porteur en bétonnant toutes les informations «nécessaires». C’est-à-dire : notre portrait et deux empreintes digitales. C’est tout ? Pas de quoi s’agiter ! Qu’ils nous plaisent ou non, notre âge, notre frimousse et la plupart de nos composantes physiques sont depuis belle lurette lisibles en noir sur blanc dans notre « vieux » passeport - et même visibles à l’œil nu en vert foncé, caucasien ou noir crépu, directement sur notre physionomie habituelle, ce n’est pas franchement du secret défense ! Nos errances de par le vaste monde, elles, y sont déjà dûment attestées – moyennant bakchich, suivant lesquelles… – au fil des pages, dans un ordre étrange dont la logique semble d’ailleurs n’appartenir qu’aux seuls fonctionnaires des douanes. Quant à avoir ses empreintes dans son passeport, ce n’est pas forcément choquant : on a de toute façon tendance à les laisser traîner un peu partout, pourquoi pas là ? Mais le diable, c’est bien connu, est dans les détails, en l’occurrence ce microprocesseur invisible et… illisible.
Certes, outre le classique ABC ânonné dès les petites classes, il y a bien quelques intellos qui maîtrisent l’alphabet grec, des esprits forts qui décryptent allègrement l’algèbre, des curieux qui décodent le cyrillique, des surdoués qui s’en sortent avec les idéogrammes, des snobs qui font semblant de lire le katakana, des petits malins qui comprennent les pictogrammes sur les télécommandes, des pressés qui griffonnent la liste des courses en sténo, des âmes d’artistes qui surfent comme de rien sur la triple portée en clé de sol. Mais des gens qui lisent le «puce», c’est très rare… Comment savoir ce que celle de notre passeport contiendra vraiment ? L’austère rigueur d’Eveline Widmer Schlumpf interdit d’imaginer qu’elle s’en irait permettre au microprocesseur fédéral d’avaler quelques données sensibles : casier judiciaire, état de santé, obédience religieuse, tendances politiques, affiliations syndicales ou humanistes, fantaisies sexuelles ou contredanses «sautées»… Eveline ? Ja-mais. Mais quand on repense aux fameuses « fiches », ce concentré radioactif de bêtise méchante, on se demande si quelques fonctionnaires… Ceux qui, par exemple, dans son propre département, entraînent en catimini et aux frais du contribuable une police secrète interdite… Ou simplement un chef de service soucieux de rentabiliser les kilo octet de mémoire de la puce, presque en état de mort clinique avec ses risibles données de photo et d’empreintes ?
Les virtuels accusés admettent d’ailleurs subliminalement la chose, précisant que de toute façon seuls notre meilleur profil et nos doigts pleins d’encre seront accessibles à la lecture électronique des méchants douaniers étrangers, ah mais ! Ce qui ouvre non plus un mais deux abîmes de réflexion : non seulement il pourrait bien, donc, y avoir quelque chose de plus à lire en épuçant nos passeports, mais il suffirait que les méchants douaniers demandent plus ou moins poliment pour qu’on leur note, au dos d’un vieux reçu d’UBS, comment on dit « sésame ouvre-toi » en schwytzertütsch ? La vertueuse indignation de Berne n’empêche pas d’extrapoler : que se passera-t-il quand l’Allemagne, les États-Unis ou la Chine par exemple, brandissant quelque rétorsion économique ou autre, souhaiteront recaler à distance les arrivants qui ont un compte à numéro, le sida ou un ancêtre tibétain ? Et, foin de la paranoïa helvéto-suisse, cela menace potentiellement n’importe quel citoyen nanti d’un document bleu, rouge ou violet qui raconte tout à tout le monde – sauf à lui…
Ce qui est préoccupant, ce n’est pas que la technologie – chapeau ! – ou la politique internationale – c’est de bonne guerre – soient capables d’entraîner ce genre de situations, mais que les gouvernements, en Suisse ces jours comme partout déjà en Occident, ne soient pas en mesure de présenter aussi ces risques de dérives, et surtout les solutions qu’ils entendent y apporter si le cas se présentait. Faute de ce genre de sens des responsabilités publiques, les passeports biométriques, avec toute la sécurité dont ils sont effectivement porteurs, sont déjà falsifiés par leurs propres États. Dommage.
En fait, le seul truc qu’il aurait vraiment fallu changer dans ces histoires de passeport, c’est l’horrible photomaton qui nous rend invariablement moche, louchon, cadavérique et ahuri. Mais ça, personne n’y a pensé… I
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Christophe Naudin, Editions de La Table Ronde, Broché, 2007, 269 pages
Prix : CHF 37.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Big Brother Awards, La Découverte, Broché, 2008, 187 pages
Prix : CHF 26.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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