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Convention Républicaine à Saint Paul


Joëlle Brack
05 septembre 2008

Un ouragan et plusieurs secousses internes se sont chargés de gâcher la convention républicaine de Saint Paul et le sacre attendu de John McCain comme candidat conservateur à la Maison-Blanche. À deux mois tout juste des élections, la campagne présidentielle tangue…


© cbs

Ça arrive dans les meilleures familles : on fignole dans le détail un mariage inoubliable et à la dernière seconde, paf ! La tante Cunégonde défunte d’un dentier avalé de travers, ou le fiancé décampe avec le témoin [si si !], et voilà les demoiselles d’honneur pleurant leurs robes inutiles et les belles-mères se crêpant le chignon. De ce point de vue, l’ouragan Gustav qui s’est invité impromptu à la grand-messe républicaine de Saint Paul Minneapolis fut mauvais joueur : cette convention, les Républicains et leurs candidats y avaient droit, et le débat démocratique aussi. Mais voilà, le Ciel peu reconnaissant a choisi de semer la pagaille sur le sud des États-Unis en général, et la fiesta des Conservateurs en particulier. Dommage pour tous ceux qui se sont tués à tout organiser, des gilets pare-balles aux petits-fours glacés, mais un coup de pouce à John McCain, qui ne pouvant faire moins que d’inviter Dobelyou n’a cependant pas sangloté à l’idée que le futur ex-président ne viendrait pas. Faire salle comble malgré la nature en furie aurait d’ailleurs pu être facile : des milliers de manifestants en faveur d’une bonne couverture sociale et du retrait d’Irak entouraient le lieu de la Convention – mais on a préféré les faire décamper ou les arrêter, au risque de laisser perdre bien des hors-d’œuvre. Et le candidat des Républicains, devant une audience du coup clairsemée, de sortir en vedettes américaines ses trois Drôles de Dames…

La sienne, d’abord, et il n’est pas inutile de présenter à la nation une potentielle First Lady que, le revolver sur la tempe, peu d’électeurs reconnaîtraient dans l’ascenseur. Cette charmante blonde a-t-elle quelque chose à dire, à part du bien de son époux ? Là n’est pas le problème : Cindy une honnête femme qui saura se tenir en visite officielle, ne boit – bien qu’héritière de Hensley et Budweiser - que du sirop d’orgeat, et rangera les cigares du Bureau Ovale là où ils vont [dans un coffret climatisé], ce qui à tout prendre n’a pas forcément été caractéristique des dernières dames en vues à la Maison-Blanche. Celle du patron ensuite. Laura Bush, qui a le don des punaises de sacristie pour dire avec gentillesse ce qui ne fait pas plaisir, n’a donc pas manqué de chatouiller les conservatrices dans le sens du brushing en soulignant le choix révolutionnaire d’une co-listière - alors que les Démocrates, eux, ont débarqué la leur, nananè-re. C’était sympa pour Condoleezza Rice qui, avec des résultats divers mais une classe et une efficacité très supérieures à celles de Dick Cheney, a montré ce qu’était une vraie femme politique ramant sur la scène internationale pour empêcher qu’on confonde le Pentagone avec Barnum. En plus elle est belle, élégante, et pianote bien [Laura Dobelyou ne l’aime pas ? Possible]. Et enfin celle des Américains, si tel est le destin et le résultat des urnes – ou inversement, suivant les États et les machines à voter.

Les voies du réchauffement climatique étant aussi impénétrables que d’autres, Gustav en soufflant le chaud et le froid sur la Convention a permis à chacun de récupérer ses esprits après la désignation de Sarah Palin comme vice-présidente. Tout le monde était conscient de ce qu’il fallait frapper un grand coup pour détourner l’attention de la convention démocrate à peine achevée sur un quasi-sans faute. Mais là, McCain le vieux briscard en a laissé plus d’un bouche bée par son choix, une jeune politicienne inconnue au look intello. Côté pile, sa situation de famille [un seul mari en vingt ans, cinq enfants dont un bébé handicapé et un fils volontaire pour l’Irak] et sa carrière [l’ex-Miss, ex-journaliste sportive, militante anti-avortement, est gouverneure de l’Alaska depuis deux ans] font honneur aux valeurs républicaines, y ajoutant le piquant d’être une femme jeune et altière. Côté face, le vieux parti a davantage de mal à avaler que l’inconnue ait une plus grande inexpérience politique encore que leur ennemi Obama, que ses enfants ne se conduisent pas forcément komilfô, et qu’elle soit sous le coup d’une enquête pour délit d’influence [le porte-parole du parti qui n’a rien dit s’appelle Schmidt, ça ne s’invente pas…].

Les Républicains qui se raclent la gorge à l’idée que leur future vice-présidente soit une sécessionniste, ou qu’elle a une fille pouponnant hors mariage, sont des pipelettes médisantes qui font honte aux paparazzi. La véritable question est de savoir comment cette mère et épouse admirable s’occupe de sa famille selon les standards du parti tout en administrant un État plus peuplé que Washington DC. À sept personnes à table aux trois repas et une centaine de chaussettes à plier chaque semaine, soit a) elle gère négligemment son État, ce qui laisse bien augurer de l’avenir des quarante-neuf autres si le ticket républicain est élu, soit b) elle a une baby-sitter, une femme de ménage mexicaine sans papiers, une répétitrice pour les devoirs et des surgelés plein sa glacière. Auquel cas on se demande à quoi servent les valeurs conservatrices et le mythe de la mère au foyer si c’est pour produire des délinquants et des drogués, comme paraît-il toutes celles qui préfèrent leur carrière… Et puis voilà une femme qui milite contre l’avortement, payant - si l’on ose dire - de sa personne pour la défense de la cause, mais s’en va un de ces jours agiter son mouchoir sur le tarmac d’un aéroport militaire pour saluer son aîné partant pour l’Irak, où l’espérance de vie est tout de même moins longue que dans un loft de Silicon Valley. La mort d’un embryon malade non, celle d’un jeune homme costaud au seuil de la vraie vie - pourquoi pas.  Ce n’est peut-être pas avec elle que les fameux « dix pour cent de bon sens » républicain admis par Obama vont beaucoup augmenter… I

Et encore ...


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