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Convention démocrate à Denver


Joëlle Brack
29 août 2008

Statistiquement, les Démocrates ont choisi le bon moment : le parti tenant le premier sa Convention avant les présidentielles américaines a l’avantage - ce sont les Républicains qui le disent !


© Droits réservés

Denver Colorado : ses parcs, son stade olympique, sa vieille ville pittoresque [150 ans pile en novembre], ses chutes de neige, sa vue imprenable sur les Rocheuses. Et sa Convention démocrate, qui a vu le vieux parti fondé en 1798 par Thomas Jefferson se choisir un jeune candidat métisse, professeur de droit et d’économie, ex-Golden Boy, ex-travailleur social, descendant par son père de Kenyan musulmans et par sa mère du général sudiste et raciste Jefferson Davis, président de l’éphémère Confédération des États-Unis pendant la Guerre de Sécession ! Avec un tel bagage, Barack Obama était assuré de ne pas passer inaperçu… Plus de quatre-vingts mille enthousiastes dans le stade reconverti en rampe de lancement en ont donné une première idée.

Lancée comme un show médiatique sans équivalent, la Convention démocrate 2008 a donc désigné son champion pour la course à la Maison Blanche, et Barack Obama a « accepté » l’investiture, ce qui tombe bien car il avait justement dépensé environ quatre-vingt-cinq millions de dollars pour en arriver là : un refus de dernière seconde aurait été mal compris. Indépendamment de la complexité sans doute inutile du système de désignation, avec ses grands électeurs et ses votes en cascades selon un ordre ésotérique, la grand-messe de Denver est un événement pour le monde entier : si elle emballe au-delà des cercles de groupies, le proche avenir du monde en sera modifié et cela justifie amplement l’intérêt international. Mais, au-delà du spectacle, ce sont la révélation du « ticket » présidentiel et un discours plus musclé et nourris qui ont passionné. En choisissant Joseph Biden [65 ans], le candidat Obama a efficacement redressé son déficit de crédibilité, la longue et riche expérience de ce politicien chevronné – trente-six ans au Sénat ! – président de la prestigieuse Commission des affaires étrangères, contrebalançant sa propre nouveauté dans la maison. Outre sa carrure et son incroyable bagout [un père vendeur de voitures, imparable !], Joe Biden apporte dans la corbeille de mariage un lien direct avec la classe moyenne à modeste, d’où il est issu, avec les centristes, qu’il représente au Delaware, et sans doute avec la communauté irlandaise – le chaînon manquant à Obama pour se relier subliminalement à Kennedy. Bien joué.

Quant au discours, plus incisif maintenant que l’union sacrée du parti est déclarée, il a permis à l’ensemble du pays de comprendre que le candidat démocrate, parmi ses diverses qualités, a celle de s’entourer des spécialistes qu’il faut pour définir un projet commun qui donne enfin [à J-40 des élections…] une idée plus précise de ses ambitions pour la nation : la fin de la guerre en Irak et l’assistance directe aux victimes – citoyens et entreprises - des subprimes, bien sûr, mais aussi des projets civils de grande envergure, basés sur l’indispensable renouvellement des piteuses infrastructures américaines. Un plan ruineux mais salutaire, qui a dû sonner agréablement aux oreilles de quiconque a déjà roulé à plus de 50 km/h sur une autoroute, attendu 32 heures aux urgences d’un hôpital miteux ou espéré une place dans une classe d’école construite et  fonctionnant. Les victimes de Kathrina, toujours sous tente après quatre ans si leur maison détruite se trouvait malencontreusement dans un périmètre visé par les promoteurs de luxe, ne devraient pas y être insensibles non plus. Il n’a toutefois pas dû échapper aux participants, ni aux autres, que les programmes civils ambitieux mais, manifestement, indispensables d’Obama seront financés par les économies réalisées sur les budgets militaires, par le retrait d’Irak essentiellement. Or ce plan sur la comète, aussi profondément sincère qu’il soit, néglige deux facteurs aussi importants que le temps et l’argent : non seulement les bonnes intentions de rendre sa souveraineté nationale à l’Irak ne risquent pas de se matérialiser de sitôt – délais proprement matériels, atermoiements des états-majors, instauration d’une réelle politique de transition etc – mais la guerre, parmi ses innombrables défauts, présente la caractéristique de coûter quasiment aussi cher pour s’arrêter que pour continuer. En vies humaines, en matériel cabossé, en pacification des frictions entre Américains, en responsabilité de l’État face à ses citoyens paupérisés, en respectabilité internationale, l’avantage n’est pas douteux. Mais en dollars sonnants et trébuchants, le gain sera moins marqué. Les esprits médisants auront certes beau jeu de remarquer que ces dollars sont de toute façon virtuels, étant donné la banqueroute abyssale de l’Oncle Sam, mais ne chipotons pas…

Il a été, et sera encore longtemps – disons : vingt à vingt-cinq ans – reproché à Barack Obama son jeune âge, avant que l’électorat, inconséquent et versatile, ne le déclare un peu vieux. Ce léger défaut, joint à sa magnifique carnation [et Dieu sait combien les antiques Républicains de Floride dépensent pour obtenir la même en plus ridé], semble heureusement incorrigible, et ce qu’il implique ne se fera certainement pas sentir plus que ça dans les domaines que fustigent ses ennemis : expérience du sérail, politique internationale, autorité militaire, etc. Non, là où la jeunesse d’Obama s’est fait sentir, c’est dans son incapacité à prévoir, ou à contrer, la performance pleine de panache par laquelle Hillary et Bill Clinton lui ont soufflé la première place à Denver, monopolisant les projecteurs et les micros, floutant la procédure de vote pour décider à la place des délégués et annoncer sans décompte de bulletin la nomination de leur adversaire, spolié ainsi d’une désignation irréprochable. L’appui sans mélange qui lui a été apporté à cette occasion valait bien cette petite revanche des Clinton, plus coûteuse sans doute pour l’ego du candidat que pour ses chances futures. Mais il serait surprenant que Michelle Obama laisse la scène se répéter lorsque son poulain briguera un second mandat.  I

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