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Le 25 juillet 1909, Louis Blériot réalisait l’exploit que seule une poignée de fous volants croyaient alors possible : traverser la Manche en avion. Aujourd’hui encore ses émules sont à l’œuvre !

La biographie de Louis Blériot [1872-1936] s’ouvre sur une cascade d’éléments sereins qui laissent peu deviner sa future carrière : enfance rue de L’Arbre-à-Poires à Cambrai, pays des délicieuses « bêtises » à la menthe, études à l’Institution Notre-Dame puis à École des Arts & Manufactures – un nom qui fleure le compagnonnage – avant de se faire fabricant de lanternes… La réalité est un peu moins poétique, car la fameuse École forme des ingénieurs, et Blériot en sort à 23 ans avec un diplôme qui lui permet de s’installer comme fabricant de « lanternes à acétylène », les phares des premières automobiles ! La réussite laisse au jeune ingénieur le loisir de se passionner pour un autre moyen de locomotion révolutionnaire : ses contacts professionnels l’entraînent rapidement du côté de l’aéronautique balbutiante, et dans les hangars de l’atelier qu’il a fondé les « Blériot I,II,III » etc se succèdent, tandis que son futur associé, Ferber, invente le premier aérodrome… qui n’est pas une piste d’atterrissage, mais une grue permettant le lâcher sans décollage, car les engins n’ont pas de moteur suffisant !
Monoplan ou biplan ? Ailes simples ou en tandem ? Moteur à l’avant ou à l’arrière ? Faute de comparaison, il faut essayer pour savoir ! Construits en matériaux légers, les premiers Blériot ne volent pas vieux… Ce qui est rageant, car Clément Ader, avec sa ridicule « chauve-souris volante », avait déjà envoyé un plus lourd que l’air au septième ciel en 1890, et en 1906 le Brésilien Santos-Dumont a volé sur 220 mètres à 41 km/h ! Mais l’ingénieur n’est pas « ch’ti » pour rien ; têtu, il fonde en 1909 Blériot-Aéronautique, qui livre ses petits appareils… en kit [!] et prévoit un coup de pub téméraire : remporter le défi lancé par le journal anglais Daily Mail, franchir la Manche avec le Blériot XI, un avion de bois, de toile et de papier ciré, maintenu par des cordes de piano et mu par un moteur de 25 CV. Bingo ! Le Français réussit l’incroyable exploit le 25 juillet 1909, traversant de Sangatte à Douvres [38 km] en 32 minutes, et empochant les 25 000 francs-or de la récompense, qui lui permettent de se lancer dans la production industrielle. Ce n’est que trois mois plus tard qu’il recevra son brevet de pilote, le premier délivré en France !
L’aviateur aux moustaches proustiennes fit bien sûr des émules. À Genève, Armand et Henri Dufaux, fabricants des motocyclettes Motosacoche, ont fondé dès 1904 un atelier d’aéronautique et travaillent tout à la fois sur l’avion, l’hydravion et l’hélicoptère ! En 1910, aiguillonnés par le prix qu’offre la firme genevoise de moteurs Perrot-Duval, les frères casse-cou dopent leur brave Dufaux-4 pour en faire une bête de concours, et le dimanche 28 août à l’aube Armand décolle de Noville [VS] : lorsque, couvert d’huile à moteur chaude, il atterrira à La Gabiule, à Collonge-Bellerive [GE], il aura établi le record du monde de vol au-dessus de l’eau, soit 66 kilomètres en 56 minutes ! Son appareil, le troisième avion complet le plus ancien au monde, jouit d’une retraite méritée au Musée suisse des transports de Lucerne.
Cet exploit véritable, en un temps où ni les avions ni les pilotes n’avaient beaucoup d’expérience, en a d’ailleurs inspiré un autre : un siècle plus tard exactement, une réplique parfaite du Dufaux-4 rééditera le fameux vol ! Ce projet, malicieusement baptisé « Le fauX DufauX », est l’œuvre de hepta.aero, une association suisse d’admirateur des pionniers de l’aéronautique. Loin d’être nostalgiques, ils travaillent au contraire ardemment à promouvoir les sciences et les techniques parmi les jeunes, et depuis quatre ans ne ménagent ni leurs efforts ni leurs carnets d’adresses pour créer les synergies ! Ainsi ce projet original et audacieux réunit-il des étudiants et des chercheurs de toutes les disciplines, dans toute la Suisse, pour une reconstitution à l’identique. Pour la première fois, l’ensemble des écoles professionnelles et des HES romandes travailleront ensemble, et en collaboration avec l’industrie privée, relevant le défi d’ajuster les connaissances patrimoniales à une approche technologique inédite, puisque pour voler l’appareil devra également satisfaire aux normes de sécurités actuelles !
À tout seigneur tout honneur, « Le fauX DufauX » aura en août 2010 le privilège d’un pilote d’exception : Claude Nicollier, enthousiasmé par la portée pédagogique d’un tel événement. Sa combinaison de vol, minutieusement reconstituée par des apprenties couturières, sera taillée dans des étoffes d’époque… D’ailleurs, clin d’œil du destin, cette aventure est comme autrefois sponsorisée par la société genevoise Perrot-Duval, qui sourit de son propre exploit : « Le Prix Perrot Duval sera le seul de l’histoire de l’aviation ayant une si longue périodicité, un siècle entre la première et la deuxième édition, et - du jamais vu - avec le même modèle d’aéronef ! ». 2010 qui sera aussi l’année de Solar Impulse … I
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André Bréand, Editions Cépaduès, Broché, 2009
Prix : CHF 44.80
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Ken Blackbrun, Jeff Lammers, Tutti Frutti, Broché, 2005, 64 pages
Prix : CHF 17.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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