www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Saviano, le retour


Joëlle Brack
27 avril 2009

Toujours traqué par la Camorra, le journaliste Roberto Saviano signe Le contraire de la mort, un double roman humaniste marqué par la mafia napolitaine. Nombreux sont les auteurs qui, comme lui, vivent la menace au quotidien.


© droits réservés

Le contraire de la mort est, bien sûr, la vie, mais aussi l’amour, une force qui pousse à refuser l’inéluctable, à faire plier la destinée pour obtenir, contre tout réalisme, l’impossible : ainsi de Maria qui ose tenter de faire revenir du séjour des morts son fiancé tué en Afghanistan par une guerre qui n’était rien pour lui... Guéri de ses lubies anti-mafieuses, Roberto Saviano ? Évidemment pas. Car si la première nouvelle de son recueil est superbement marquée par l’onirisme mythologie qui rapproche le Sud italien de ses racines grecques – ce fut également le cas de Laurent Gaudé frappant à La porte des Enfers – la seconde, La bague, rejoint tragiquement le cœur même de ce qui fit le succès de Gomorra : les infiltrations tentaculaires de la Camorra dans la vie napolitaine. Balayé, le folklore paternaliste du Parrain, ce sont les pires exactions que Saviano le journaliste a osé mettre noir sur blanc, provoquant ainsi sa mise à mort potentielle : il vit caché et protégé depuis trois ans, et ne se fait pas énormément d’illusions sur son espérance de vie. Si Le contraire de la mort n’est pas appelé à rencontrer le même public que Gomorra, sa force littéraire et dramatique témoigne si besoin en était de la maturité du jeune auteur imprimée par la dureté de sa condition, et remet sous les projecteurs le lancinant problème des écrivains menacés de mort. De sa « prison », Roberto Saviano pourtant peut être fier : n’ayant, littéralement, plus rien à perdre, les victimes du tremblement de terre de L’Aquila, le 6 avril dernier, se sont rassemblées pour oser exiger des magistrats et des politiques qu’ils exercent publiquement une surveillance sévère, afin d’éviter que les crédits de reconstruction débloqués ne finissent dan les poches de la Camorra !

Son cas n’est certes pas unique. Un confrère, le journaliste génois Alberto Rosselli, vit depuis deux ans sous la menace de… mystère. Auteur d’un petit essai sur le génocide arménien, paru en 2007, il reçoit depuis régulièrement des menaces de mort contre lui et sa famille [même son chien !], traqué par des inconnus dont on imagine les accointances, mais que la police italienne ne recherche pas car les coups de téléphones et courriels parviennent de l’étranger. Jusque dans sa chambre d’hôtel discrète pour la remise d’un prix littéraire, ou lors d’un débat officiel au Municipio au sujet des mosquées… Peut-être des fanatiques « amateurs » ? Ce n’est en tout cas pas ce genre de plaisanterie anonyme qui empoisonne la vie de son « frère d’armes », l’écrivain et journaliste turc Dögan Özgüden, directeur de l’agence de presse Info-Turk réfugié en Belgique : c’est directement l’ambassade de Turquie qui, depuis plusieurs mois, y appelle contre lui au lynchage pour avoir critiqué le nationalisme anti-arménien !

C’était, il y a quelques semaines, un anniversaire étrange : les vingt ans de la fatwa mortelle lancée par l’ayatollah Khomeiny à l’encontre de l’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie pour atteinte à l’islam dans ses Versets sataniques. Une condamnation virtuelle qui n’a jamais été mise en œuvre directement – bien que certains fanatiques aient attaqué des libraires ou des traducteurs, faisant plusieurs victimes – mais a contraint l’écrivain à vivre caché pendant de nombreuses années, et le monde des lettres à débattre avec passion de la liberté d’expression d’un auteur, et de la suprématie des droits de la fiction sur le respect dû aux uns et aux autres. L’Iran a depuis admis qu’ayant d’autres impies à fouetter elle laissait le dossier de côté, Rushdie a été anobli par Sa Gracieuse Majesté et les Versets, pourtant ardus, se vendent tous les jours en livre de poche.

En vingt ans, la vapeur aurait pu redescendre. Mais d’autres cas ont au contraire régulièrement relancé les controverses. L’un des plus spectaculaires est celui de Taslima Nasreen, médecin, écrivain et poétesse bengladaise qui, presque banalement, a dû d’abord fuir son pays pour avoir dénoncé dans Lajja [La honte, Stock, 1994] les pressions imposées aux Indous par les Musulmans du Bengladesh. Mais, l’exil ne l’ayant pas induite au silence, ses positions féministes et libertaires lui ont valu l’intérêt fervent des fondamentalistes indiens, qui en 2007 ont mis sa tête à prix pour 9'000 euros [contre trois millions de dollars pour Rushdie, ce qui en dit long…] Taslima Nasreen fut donc au secret ici et là en Europe, avant que Paris n’en fasse tout récemment une citoyenne et hôte d’honneur… dont les mémoires Rumeurs de haine se vendent tous les jours en livre de poche.

La menace et l’intimidation ne sont pas armes neuves, et la démocratie en tant que principe sait parfois transcender partis et frontières pour défendre ses bastions. En 1993, suite à l’assassinat d’un écrivain algérien et à la fatwa contre Rushdie, plusieurs grands noms de la pensée – dont Breytenbach, Derrida, Bourdieu, Édouard Glissant, rejoints ensuite par Soyinka ou Banks – ont fondé le Parlement international des écrivains, dont l’une des armes principales est la création du Réseau international des villes-refuges pour les auteurs menacés [ICORN]. Basé à Stavanger, en Norvège, le réseau coordonne l’accueil des auteurs mais aussi leur participation à diverses manifestations culturelles, justifiant que sécurité ne veut pas dire oubli, et que réduire au silence des esprits indépendants est justement l’objectif de ceux qui les pourchassent. De Barcelone à Mexico […], de Norwich à Potenza, vingt villes se sont ainsi fait le havre de centaines d’écrivains en danger, pour autant qu’il ne prône pas la violence. Mais l’exil et la protection ne sont pas forcément une garantie de sécurité : en 2004, on a retrouvé mort l’écrivain progressiste et poète Humayun Azad, aussi admiré pour sa contribution éminente à la littérature du Bengladesh que honni par les fondamentalistes pour ses positions athées et féministes. Il était réfugié à Munich depuis trois jours…

Talsima Nasreen


1)
9782253146155.gif
Taslima Nasreen, LGF/Le Livre de Poche, Le livre de poche, Poche, 1999, 285 pages
Prix : CHF 10.10
Disponibilité: Ouvrage indisponible


2)
9782757802687.gif
Taslima Nasreen, Points, Points, Poche, 2007, 441 pages
Prix : CHF 12.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

3)
9782020669528.gif
Taslima Nasreen, Seuil, Points, Poche, 2005, 462 pages
Prix : CHF 13.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

4)
9782848761152.gif
Taslima Nasreen, Philippe Rey, Broché, 2008, 142 pages
Prix : CHF 24.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste
MAFIA
9782221113196.gif
Roberto Saviano
Prix: CHF 23.70

9782070782895.gif
Roberto Saviano
Prix: CHF 34.90

9782710328056.gif
Xavier Raufer
Prix: CHF 26.90

Rushdie
9782266098045.gif
Salman Rushdie
Prix: CHF 16.40

9782264040923.gif
Salman Rushdie
Prix: CHF 19.30

9782259193450.gif
Salman Rushdie
Prix: CHF 41.40