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On a décroché la Lune !


Joëlle Brack
17 juillet 2009

2009, année astronomique, et 40e anniversaire du premier homme sur la Lune ! L’astre, qui compte 4,5 milliards d’années, en sourit au clair de la Terre…


© NASA

Date : 1969, le 20 juillet, mais pas pour tout le monde. Heure : 3h56 UTC, faites le calcul. Lieu : à 384 402 km de Houston (distance d’époque, aujourd’hui 384 402,0014 km) – autant dire dans la lune. L’image sautille sur les écrans noir/blanc, les « bips » et les grésillements brouillent les paroles historiques, le cirque sélénien fait son petit numéro d’apesanteur : l’événement crée l’Histoire en direct, sous les yeux de plus d’un demi-milliard de téléspectateurs. Depuis, on a envoyé des sondes sur Mars et des chars place Tian’anmen, fait chuter le Mur à Berlin et les Bleus en finale, débusqué le génome humain et l’épave du Titanic, inventé le Nouvel Ordre Mondial et la Star Ac’, soulevé un tsunami et enterré Michael Jackson : mais rien, sinon peut-être la fin tragique des Twin Towers, n’a jamais éclipsé l’impact médiatique du premier alunissage. Sur cet astre banal que chacun peut voir par la fenêtre de sa cuisine se promenaient donc deux humains, deux types assez jeunes et plutôt sympathiques, à peine plus futés et costauds que la plupart, des gars que leurs voisins floridiens voyaient souvent passer depuis la fenêtre de leur cuisine ­– mais pas ce soir-là. Car, ce soir-là, ces deux pêcheurs de Lune avaient réussi leur coup…
Voilà, l’Homme avait décroché la Lune, et pour être bien sûr que ce n’était pas par hasard il y est retourné cinq fois, presque six [quelle idée de baptiser un vaisseau « 13 »]. Le monde, émerveillé, avait passé une nuit blanche qui le faisait conquérant extra-terrestre, colonisateur de Séléné, ce satellite beau comme un astre… Certains pourtant ont crié – crient toujours – à la supercherie : « la NASA a tout bricolé en studio pour donner un corps céleste au discours stratégique de Kennedy », mais grâce à ces sceptiques de la première heure les truquages sont dénoncés et la vérité, qui a passé à un cheveu de comète de la trappe intersidérale, triomphe ! Ces originaux passent généralement, au mieux pour des illuminés, au pire pour des mal lunés qui n’aiment pas les States. Alors que ce sont, simplement, de formidables rêveurs, que le viol spatial blesse au plus profond de leurs illusions : si Neil Armstrong avait vraiment fait son petit pas, alors l’humanité aurait fait un grand bond en arrière, car plus rien ne serait sacré, tout rêve inaccessible deviendrait potentiel fait-divers !
À leur manière, les scientifiques et les grandes puissances aussi veulent pouvoir continuer à rêver. Les États-Unis, qui n’ont plus besoin de faire oublier le Vietnam, investissent ailleurs leur image et commencent à parler de Mars. L’URSS, qui a besoin de faire oublier son échec, investit dans MIR ses kopeks et louche sur son satellite dissident, l’Afghanistan, ce trou noir qui l’engloutira. L’Europe, plus prosaïque, met sur orbite sa propre agence spatiale, une vielle lune qui ressort enfin des cartons et, enfin coordonnée, brille aujourd’hui au firmament scientifique. Ce qui se profilait cette nuit magique, derrière les silhouettes cocasses des bibendums de la NASA, c’était trente ans d’histoire du monde écrits dans les astres, mais que – vu l’heure, peut-être – personne ne sembla voir.
Avec la guerre irakienne, les prétentions aux projecteurs – donc aux rampes de lancement – d’une nouvelle galaxie de puissances économico-politiques, la nuée de problèmes induits par la crise, la relance de la conquête spatiale et l’objectif Mars brillent d’un éclat renouvelé. Mais, pour cela, il faudra trouver des sommes astronomiques et souffler la poussière sélénienne sur les projets d’installation lunaires, indispensables camps de base vers la Planète Rouge ! La Lune, qui en quatre millions et demi d’années n’a vu passer que douze touristes pour une quinzaine de nuitées, sourit au clair de la Terre. Mars ? Bien sûr – un jour. Les studios de la NASA se sont certainement bien perfectionnés depuis le 21 juillet 1969, cette fois la supercherie devrait rester indécelable…


TROIS QUESTIONS À…

P
rofesseur d’histoire moderne à l’Université de Genève, Michel Porret – qui revendique joyeusement son passé de libraire ! – vient de diriger la publication d’un essai sur la BD et l’histoire au titre éloquent : Objectif bulles !

Votre essai fait évidemment allusion à Tintin : quelle place l’aventure lunaire a-t-elle pris avec la BD dans l’imaginaire collectif ? Quels autres grands événements ont-ils été exploités avec autant d'importance ?
Il y a dans ce titre deux idées, dont l’une est bien sûr la référence à Tintin. Hergé était un grand créateur, qui a mixé un formidable hommage à la fois à l’imaginaire et à l’histoire : il a anticipé sur un grand événement [les albums sont de 1953-1954], emblématique de l’aventure au XXe siècle, qui cristallise la sensibilité de cette époque, avec ses angoisses de course entre superpuissances, arme atomique, espionnage etc. L’autre est un projet proprement historique : les bulles de BD sont des éléments ludiques, mais aussi le support d’une réflexion, d’un travail intellectuel ! Les créateurs de BD ont toujours été attirés par les grands événements, cela leur permet de revaloriser un genre dit mineur, et la vraisemblance historique est un label, un environnement dans lequel déployer les grandes figures de l’aventure : Blueberry, Alix etc. Davantage que des faits, ce sont des périodes qui les inspirent : l’Antiquité, le Moyen Âge puis, après un vide chronologique, la conquête de l’Ouest, et enfin la Seconde Guerre mondiale et sa conséquence, la Guerre froide ; actuellement, c’est cependant la Grande Guerre, depuis Tardi il y a une quinzaine d’années, qui est surreprésentée en BD. La guerre est – hélas ! – un bon support narratif… Elle permet de présenter des biographies individuelles dans une « belle vitrine », et de cerner les origines de nos sociétés, le processus de leur pacification actuelle. Les spécialistes s’accordent à penser que, dans les dix prochaines années, ce sont les anticipations sur manipulations génétiques, les greffes artificielles etc qui prendront le relais, toujours selon le même principe d’attirance/répulsion ! 
Trouvez-vous que l'histoire soit un bon sujet pour la BD, et qu'elle y soit bien traitée ? Estimez-vous que ce soit là un véritable vecteur de connaissance ?
Le réalisme n’est pas très important, même si certains auteurs sont par ailleurs très précis dans leurs recherches, c’est plutôt l’aspect sociologique qui compte : une représentation de la source des problèmes, de ce qui en ressort. La BD est éventuellement source de connaissance sur la période choisie, mais surtout sur l’attente que projette le lecteur et donc la société, sur ce qu’on cherche à se représenter et comment : c’est typique de la période d’après-guerre. Plus que la production, c’est sa réception qui est riche d’enseignement ! Car tout le monde, même très peu intéressé, connaît quelque chose à la BD, il ne faut pas oublier l’impact de magazines comme Le journal de Tintin ou Pilote, qui ont circulé à des centaines de milliers d’exemplaires hebdomadaires durant des décennies ! Le genre, comme le polar ou le cinéma d’action, a longtemps été considéré comme un média « léger », mais pour la sociologie et l’histoire culturelle contemporaines il est important en tant que produit d’un monde, et de son climat. 
De vos recherches, ressort-il que les sujets historiques sont choisis simplement pour le scénario, ou pour faire passer un message ?
Alors que toute la littérature populaire du XIXe siècle a légué un message très moralisateur [le crime ne paie pas, les méchants sont toujours punis], la BD est par essence le lieu de la quête du Bien : au cours de son âge d’or, entre 1945 et 1980, le Bien triomphe tandis que le Mal subit un échec total ! Ce système de représentation introduit aussi un équilibre démocratique : l’aventure est confiée à un personnage de la société civile, journaliste, avocat etc, et comme son alter ego la « série B », permet qu’un problème d’ampleur internationale, dont la course à l’arme nucléaire est l’archétype, soit résolu par un unique héros ! En BD ce message n’existe plus, il a été parasité par certains héros [Spirou, par exemple] et auteurs – dont Hergé à la fin – plus ambigus, puis a complètement disparu. Mais son image se maintient dans l’imaginaire collectif…
SI C'EST VRAI ?
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SI C'EST FAUX ?
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Et encore ...
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