|
| ||
Il y a soixante ans disparaissait Margaret Mitchell, auteur d’un roman unique et source d’un film qui le fut aussi, à sa manière : Autant en emporte le vent, un block-buster qui fête, lui, ses soixante-dix printemps. Taratata !

« Franchement, ma chère, c’est le cadet de mes soucis » : si cette réplique désinvolte, par quoi se terminent un roman de mille deux cents page et un film de quatre heures, est considérée par l’American Film Institute comme la plus célèbre du monde, c’est qu’elle synthétise parfaitement le ton dynamique, égocentrique et impertinent d’une œuvre par ailleurs monumentale – et, accessoirement, qu’elle suscita de vives réaction des services de censures américains, un zeste de souffre qui ne fait jamais de mal à la popularité !
Difficile en revanche d’imaginer que cette audacieuse conclusion, et l’impressionnant roman qui la précède, soient l’œuvre de Margaret Mitchell [1900-1949], une élégante et discrète jeune femme au visage de porcelaine, fille d’un estimable juriste d’Atlanta. Certes, « Peggy » enfant, nourrie par les souvenirs de sa grand-mère sur la guerre de Sécession, jouait dans son jardin des petites scènes historiques, mais la jeune fille élevée au pensionnat, puis élève en soins médicaux, ne semblait nullement destinée à écrire un roman aussi « scan-da-leux ». Sous les apparences couvait cependant une âme rebelle [elle élevait deux petits alligators] et féministe : le gratin de la ville le découvrit lorsqu’au Bal des débutantes Margaret osa danser joue contre joue avec son cavalier, ce qui la fit exclure de la snob Junior League ! Un mariage malheureux avec un footballeur violent et désargenté permit de réunir les pièces du puzzle : contrainte de travailler, elle se fit pigiste au Journal d’Atlanta et y affûta ses dons d’écriture, ainsi que le contact avec son futur second époux, et apprit à conduire. Mal. D’où des accidents divers qui, en 1926, l’obligèrent – elle était alors remariée et à l’aise – à quitter son emploi pour sa convalescence, un temps qu’elle meubla en écrivant enfin ce roman qui l’occupait depuis toujours…
Sur sa petite table à couture convertie en bureau, Margaret Mitchell Marsh consacra trois ans au drame de sa chère Géorgie confrontée à la guerre civile. Le témoignage direct de sa grand-mère, ses souvenirs – serviteurs noirs, incendie, accident de poney, perte d’un fiancé au combat, etc – et son entourage direct, qui lui fournit tout prêts Mamma, Ashley, Rhett Butler, les O’Hara et tous les personnages secondaires, son propre « fichu caractère » enfin, reporté sur Scarlett, alimentèrent facilement l’intrigue, mais sa construction profondément ancrée dans l’histoire du Sud était complexe. Les chapitres, certains jamais transcrits sur sa petite machine à écrire, s’empilaient cependant, mais Margaret n’entendant pas faire éditer ce roman qu’elle jugeait maladroit : son mari et un ami durent kidnapper le manuscrit pour l’envoyer à Macmillan… Publié en 1936, Autant en emporte le vent pulvérisa les records de vente avec un million d’exemplaires écoulés en six mois, et remporta dans la foulée le Prix Pulitzer !
La gloire empoisonna plutôt la vie de Margaret Mitchell, qui fuyait les journalistes et les fans tout en tenant tête aux critiques sudistes, méprisant ce roman trop peu patriote à leur goût, et new-yorkais, qui soupçonnaient l’aide massive de son mari. La timide fit front, et mata même les studios hollywoodiens, David O.Slznick étant obligée de lâcher 50’000$, un record, pour les droits d’adaptation et, pire, de choisir les acteurs noirs non à Broadway mais en Géorgie, à cause de l’accent ! Si le tournage fut une suite de problèmes techniques et de chicanes, son succès fut immédiat, et sa présentation à Atlanta, le 15 décembre 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale ravageait l’Europe, éblouit par la justesse de sa fameuse distribution, tout en rassemblant le public autour d’un idéal patriotique. Cette saga éminemment romanesque, et pourtant très réaliste avec ses héros pétris de défauts, le couple flamboyant formé par Vivien Leigh [une Anglaise « valait mieux qu’une yankee » !] et Clark Gable, des scènes d’anthologie – dont l’incendie d’Atlanta, tous les décors de la MGM y passèrent –, le fameux « taratata ! » et un thème musical que tout le monde a déjà fredonné composaient un spectacle total, qui marqua avec éclat les dix ans du cinéma parlant, et la moitié seulement du film en couleurs !
La revanche est un plat qui se mange froid : à la dernière minute, « Peggy » boycotta à grand fracas le bal qui suivit, organisé par la Junior League ! Peu sensible à la gloire, elle préféra user de sa célébrité pour collecter des fonds afin de remplacer le croiseur Atlanta coulé à la bataille de Guadalcanal [65 millions de dollars en une semaine !], puis traversa l’Atlantique comme volontaire de la Croix-Rouge et fut décorée pour son action en Normandie. Revenue à Atlanta, elle y mena une vie aussi discrète que possible [« être l’auteur de Gone with the Wind est un job à plein temps » disait-elle], et ne fit plus la une des journaux qu’en une occasion : le 11 août 1949, alors qu’elle traversait la rue au bras de son époux, elle fut renversée par un chauffard et mourut quelques jours plus tard. Le fait que le jeune homme, bien que chauffeur de taxi, fût ivre et circulant à contresens à une vitesse folle n’attira pas la curiosité de la justice, et si Atlanta pleura sa gloire nationale, la Géorgie enterra facilement l’écrivain anti-KKK qui avait défendu si indécemment les droits des femmes et des Noirs dans la société sudiste.
Lors de la première du film à Atlanta, tous les acteurs principaux avaient été invités – sauf Hattie McDaniel : cette femme que le monde entier connaît pourtant comme sa propre Mamma était, comme les autres comédiens noirs, bannie des festivités par les lois raciales en vigueur… Cela n’empêcha heureusement pas le jury des Oscars, qui bombarda exceptionnellement le film de huit nominations, de lui attribuer quelques semaines plus tard la récompense du meilleur second rôle féminin, la première statuette jamais remise à un artiste issu de l’esclavage ! Mamma est morte depuis longtemps, mais l’élite afro-américaine a donné depuis aux États-Unis des généraux, des champions olympiques, des sénateurs, des juges à la Cour suprême, un Prix Nobel de littérature, un directeur pour la Nasa et même un président qui, yes, he can. Autant en emporte le temps…
| 1) |
Charlotte Garson, Cahiers du cinéma, Les petits Cahiers, Broché, 2008, 95 pages
Prix : CHF 16.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|
| 2) |
Antoine de Baecque, Cahiers du cinéma, Les petits Cahiers, Broché, 2008, 95 pages
Prix : CHF 14.40
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|

| 3) |
Blaise Cendrars, Grasset & Fasquelle, Les cahiers rouges, Poche, 2005, 150 pages
Prix : CHF 14.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 4) |
Larousse, Larousse, Broché, 2009, 1023 pages
Prix : CHF 36.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 5) |
Laurence Moinereau, PU Rennes, Le Spectaculaire, Broché, 2009, 230 pages
Prix : CHF 27.20
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|