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L’édition perd l’une de ses plus brillantes figures avec la mort de Christian Bourgois, survenue le 20 décembre dans sa 75e année. Une carrière de près de cinquante ans consacrée à la découverte d’auteurs, une vie faite d’un enthousiasme audacieux et d’une curiosité jamais épuisée.

Éditeur de Boris Vian, découvreur de Tolkien, il fut aussi celui qui publia courageusement Les versets sataniques de Salman Rushdie, fit connaître en France des écrivains américains de la « Beat generation », Allen Ginsberg ou William Burroughs, fit traverser les frontières à nombre d’auteurs étrangers de tous horizons dont Fernando Pessoa, Alexandre Soljenitsyne, Toni Morrison (prix Nobel de littérature), Jim Harrison, Antonio Lobo Antunes, Susan Sontag, Gabriel García Márquez, Ernst Jünger, John Fante, Antonio Tabucchi, Martin Suter… Une bibliothèque contemporaine presque idéale. Une merveilleuse tribu aussi riche qu’éclectique, portée par un grand homme de lettres et de goût, qui n’était pourtant pas destiné à l’édition.
Brillant élève de l’Institut d’études politiques de Paris, puis de l’École nationale de l’administration française, il tourna brusquement le dos à un avenir tout tracé pour s’engager sur les chemins sinueux de l’édition, des mots et des idées. En compagnie de René Julliard dans un premier temps, il reprend la direction de la maison à la mort de ce dernier avant de fonder la maison qui porte son nom en 1966. En 1969, il lance l’une des plus belles collections de poche, « 10/18 ». Cette marque abrita notamment les actes des colloques de Cerisy, sur Artaud, Bataille, le Nouveau Roman… toutes les formes de la pensée s’y côtoient alors, les idées s’y débattent. En 1992, il quitte le groupe de la Cité pour prendre son indépendance et fonder une deuxième fois sa maison d’édition, toujours sous son nom.
Il aimait à dire et redire qu’il ne cherchait pas à savoir ce qu’aimaient lire les lecteurs, qu’il suivait ses intuitions et défendait ardemment ses propres goûts pour les porter vers le public. « Je ne suis pas un éditeur d’avant-garde ni un éditeur militant. Mais mon action a consisté à faire entendre des voix qu’on n’attendait pas forcément et à ouvrir des voies qui pouvaient sembler mener à des impasses », disait-il… Merci à ce « passeur » de nous avoir ouvert ces routes littéraires enchanteresses. I