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Les Musiciens de jazz et leur trois voeux


9782283020388.gif Ouvrir l'image agrandie dans une nouvelle fenêtre
Pages:
302 p.
Parution:
Décembre 2006
Format:
Relié

Prix:
CHF 67.90

Disponibilité:
Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Dimensions:
21.5 x 17.0 x 2.8 cm
ISBN:
2283020387
EAN13:
9782283020388
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SUR CE LIVRE

Informations bibliographiques éditeur

Chronique[s] Presse

SUR CE LIVRE

Informations bibliographiques éditeur


Le point de vue de l'éditeur

Née à Londres en 1913, dans la branche anglaise de la famille Rothschild, la baronne Pannonica de Koenigswarter - surnommée Nica - connut très tôt une passion sans limites pour le jazz. Elle fut l'amie intime et la confidente des plus grands jazzmen et leur vint en aide sans compter. On sait que, malade, refusant de se faire hospitaliser, Charlie Parker mourut chez elle, et Thelonious Monk y vécut les neuf dernières années de sa vie. Avec son Polaroïd, elle photographia, le plus souvent chez elle, la plupart des musiciens : Dizzy Gillespie, Count Basie, Louis Armstrong, Duke Ellington, Lionel Hampton, Bud Powell, Sun Ra, Miles Davis, Charlie Mingus, Sonny Rollins et tant d'autres. Entre 1961 et 1966, elle leur posa cette question ingénue : " Si on t'accordait trois vœux qui devaient se réaliser sur-le-champ, que souhaiterais-tu ? " projetant de réunir leurs réponses souvent spontanées dans un livre. Ce livre, resté inédit à ce jour, le voici, réalisé d'après la maquette originale de Pannonica. Trois cents musiciens répondent à la question. Duke Ellington : " Mes vœux sont simples ! je veux ce qu'il y a de mieux ! " Et Miles Davis : " Mon vœu ? Etre blanc ! " Le 9 décembre 1988, au Service commémoratif en l'honneur de la baronne Nica de Koenigswarter, à l'église Saint Peter's, Clint Eastwood déclara : " Je n'ai connu Nica que peu de temps, mais j'ai découvert une femme remarquable, et en tant que mécène du jazz, la baronne restera dans les mémoires comme quelqu'un dont la vie était indissociablement liée à cette musique et à ses plus grands interprètes. Elle m'a aidé dans la préparation du film Bird, et je serai toujours heureux d'avoir eu l'occasion de la connaître. C'était véritablement une grande dame. " Reconnaissants, les musiciens lui ont, par ailleurs, dédié une vingtaine de thèmes, notamment : Pannonica de Thelonious Monk, Nica, My dream of Nica de Sonny Clark, Blues for Nica de Kenny Drew, Thelonica de Tommy Flannagan...

Chronique[s] Presse


Le Temps

Le rêve noir de la baronne

Pannonica recevait chez elle les plus grands jazzmen américains. Mécène qui récoltait leurs trois voeux les plus chers, elle a marqué, à sa manière dégingandée, l'histoire de la musique.

Arnaud Robert, Samedi 06 Janvier 2007

Ils enfilaient ses fourrures, nettoyaient son bar, jouaient avec ses chats; ils taupaient ses cigarettes, conduisaient sa Bentley olive. Et l'appelaient la Baronne, Pannonica ou alors «mon amour». Difficile de dire auxquels d'entre eux elle accordait davantage qu'une partie de ping-pong dans un vestibule baroque. Charlie Parker est mort chez elle, sur un fauteuil de cuir noir. Thelonious Monk y a passé ses dernières années, dans un silence de vieil anachorète. Pannonica de Koenigswarter, issue de la branche anglaise de la famille Rothschild, s'est coltiné le jazz new-yorkais durant la seconde partie de sa vie désoeuvrée, étrange mécène, demi-missionnaire à la poursuite du bleu mélodique. Dont les photographies au polaroïd, floues et moisies par des années de carton, paraissent aujourd'hui en un recueil serré.
Elle s'était si bien vue en fée des Noirs enchantés, Pannonica, qu'elle avait aussi décidé de recueillir leurs voeux. Trois projets à réaliser sur-le-champ, qui sont compilés ici, en marge des images. On l'imagine face aux musicos avachis d'après-concert, dans le Village ou sur la 52e Rue, à traquer leurs ambitions ultimes. Ils demandent tous ou presque du pognon, la santé, le bonheur, la famille, un ou deux accords de plus dans leur besace. Miles Davis lui lâche en grognant: «Etre Blanc.» Ornette Coleman exige «la vie éternelle». Monk emprunte un raccourci: «1. Que ma musique ait du succès. 2. Que ma famille soit heureuse. 3. Qu'on me donne une amie géniale comme toi!» Pannonica lui fait observer qu'il possède déjà tout ce dont il rêve. Alors, le pianiste se remet à traverser la pièce, de long en large. Légèrement paniqué par la requête de cette Baronne blanche qui incarne tout ce à quoi il ne pourra jamais aspirer, mais qui le révère, lui, clavier barbichu des petits clubs fumeux.
C'est une fascination réciproque qui hante ce carrefour. Celle des jazzmen des années 1950 pour le visage même de l'aristocratie européenne, rentière, sophistiquée. Celle d'une diva esseulée qui jubile d'avoir sa place dans les clubs, de voir Monk torse nu chez elle; elle aime profondément leur musique, elle adore les à-côtés. Elle ne peut se contenter de la scène, elle achète les coulisses. Ce qui reste d'elle, aujourd'hui, vingt ans après sa mort, ce sont les dizaines de morceaux écrits à sa mémoire. «Pannonica» de Thelonious, «My dream of Nica» de Sonny Clark, plein d'autres qui ont souvent été baptisés pour s'attirer les grâces de la patronne, dont on raconte qu'elle pouvait bazarder une carrière sur un mot. Elle reçoit d'abord à l'hôtel puis s'en fait virer pour cause de tapage constant. Et acquiert une maison à portée de vue de Manhattan, zone franche pour les improvisateurs en goguette qui l'appellent Cathouse. La maison des chats, oui, mais aussi celle des «cats», les jazzeurs qui la fréquentent. Pannonica leur parle de son passé.
Car le goût pour les autres, elle le découvre dans les ornières de la Seconde Guerre. Elle y fréquente les mondanités londoniennes, la royauté. Elle tombe par hasard, en voyage allemand, sur l'antisémitisme. Sa vie tourne. Elle s'installe clandestinement en France, apprend à piloter, rejoint les Forces libres. Pannonica, mariée à un résistant, est envoyée en Afrique équatoriale, elle y commente les informations sur Radio Brazzaville, conduit des camions. Traverse le continent, revient à Paris l'armistice signé. Le jazz se saisit d'elle, un soir de salle Pleyel. Thelonious Monk lui sert la main, l'affaire est emballée. Pannonica, dont le nom tarabusté est celui d'un papillon, s'installe à New York où elle fait régulièrement la devanture des journaux scandaleux. Quand Parker quitte le champ à 35 ans, dans son salon. Mais aussi parce qu'il paraît inconvenant pour une femme seule de fréquenter ces Noirs à la morale variable. Elle ne renonce pas.
Le livre des voeux, où les photographies semblent les plus intimes jamais publiées de Coltrane, Monk ou Barry Harris, trace cette existence à proximité du génie africain américain. Pannonica avait du jazz en elle. Sur le siège passager de sa décapotable.

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