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Imaginez un jeu télévisé où l'on vous demande d'administrer des décharges électriques à un candidat qui se débat, hurle et perd connaissance. Vous êtes encouragé par une belle animatrice et un public déchaîné. Tout cela vous paraît bizarre et sadique. Mais après tout, c'est la télévision. Un cauchemar de scénariste ? Non, une expérience scientifique réalisée en France en 2009. Plus de 80 % des joueurs sont allés jusqu'à pousser la manette des 460 volts. Nous avons proposé à des Français comme vous et moi de participer au pilote d'un jeu télé. En réalité, il s'agissait d'un leurre : pas de décharges, pas de victime, mais une équipe d'experts chargée d'étudier le degré de soumission à ce nouveau type d'autorité qu'incarne la télévision. Adaptée d'une célèbre étude menée aux Etats-Unis dans les années 1960 par le psychologue social Stanley Milgram, l'expérience de "La Zone Xtrême" montre que nous sommes bien plus soumis qu'il y a cinquante ans. Nous nous imaginons autonomes, libérés, voire rebelles. Nous sommes en réalité de plus en plus obéissants, et de plus en plus seuls, face à de nouveaux pouvoirs. Inspiré du documentaire événement de France2, ce livre explore la face sombre de notre société.
LES COULISSES D'UNE EXPERIENCE
La montée aux extrêmes
Le pouvoir de la télévision
Les préparatifs
Le plateau
SOUMISSION, MODE D'EMPLOI
Doutes et questions
Tous sadiques ?
Pourquoi nous obéissons
L'emprise
La défaite des valeurs
LA SOCIETE QUI VIENT
Un monde de faux rebelles
L'autorité virale
L'homme-foule
Pure violence
Christophe Nick est auteur, producteur et réalisateur de documentaires (Chroniques de la violence ordinaire, L'aile(s) en France, La Résistance, La Mise à mort du travail). Il a notamment écrit TF1, un pouvoir (Fayard, 1997), avec Pierre Péan. Michel Eltchaninoff est agrégé de philosophie et journaliste. Membre de la rédaction de Philosophie magazine, il a publié avec Sven Ortoli Manuel de survie dans les dîners en ville (Seuil, 2007).
Faire de nous, téléspectateurs dociles, des agneaux capables du pire ? Qui donc, en fait, tient la télécommande ? Faut-il laisser tant de pouvoir à des médias qui nous accrochent par nos pulsions et prétendent coloniser notre « temps de cerveau humain disponible », selon l’expression d’un directeur de chaîne, avec pour unique motivation le souci de leur part de marché ? Une enquête très dérangeante a été présentée récemment à la télévision, à une heure de grande écoute – mais pas par toutes les chaînes… – sous forme d’un documentaire choc intitulé « Le jeu de la mort » [NB : les candidats d’un faux jeu télévisé étaient poussés à électrocuter une « victime », ce que 80% d’entre eux ont accepté de faire]. Pour ne pas en rester seulement à un « moment fort de la télévision », les auteurs du documentaire ont fait paraître dans la foulée un essai, afin de préciser le cadre de cette expérience de psychologie sociale et de développer les questions qu’elle suscite. Dont la plus importante, que chacun d’entre nous peut se poser, serait : « Dans un pareil contexte, qu’aurais-je fait ? » Lien social des plus importants, la télévision, que l’on respecte toujours comme formatrice et informative, est devenue aujourd’hui, particulièrement par le fort impact des émissions de téléréalité, un lieu potentiel de pouvoir extrême. Suivre le documentaire est une expérience troublante en soi, il est donc important de poursuivre la réflexion après le choc des images et leur impact sur notre conscience. On s’interroge beaucoup sur les situations d’emprise et de manipulation dans le cadre privé ou professionnel, et de nombreux ouvrages, comme Le harcèlement moral de Marie-France Hirigoyen ou Les manipulateurs sont parmi nous d’Isabelle Nazare-Aga, traitent de ce problème. Mais au quotidien, on ne s’interroge peut-être pas suffisamment sur la manipulation à grande échelle hors des situations de dictature, de guerre, de secte… Bien sûr, on le savait déjà : les mœurs de notre temps se sont endurcies, et notre capacité à réagir s’est fortement assoupie. Cependant, bien que sidérants à première vue, les résultats analysés dans l’étude présentée ici, accessible à tout un chacun, devraient nous inciter au réveil. Bien que la téléréalité et l’esprit critique ne voguent pas dans le même bateau, profitons de ce qu’on fort courant les a rapprochés pour réfléchir et agir… À l’abordage, bande d’ectoplasmes, dirait le capitaine Haddock !
Margot Schütz, Libraire, Payot-Sion