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Fille : dans ces quelques pages, serrées et vibrantes, une mère, Rahel Hutmacher, face à sa fille, en une sorte de huis clos. Mais huis clos qui est ouvert sur la nature, traversé par les vents et la neige, envahi par tout un bestiaire mouvant. Ce " monde " est, réellement et apparemment, celui du conte. Et Rahel Hutmacher ne se prive pas de jouer à la sorcière. Cependant, de même qu'une sorcière n'est pas que méchante, qu'elle détient des savoirs, pouvoirs et secrets transmissibles, de même, le conte " de fées ", déjà dans la tradition, n'est pas qu'idyllique. Et si Rahel Hutmacher s'entend merveilleusement à jouer du merveilleux, c'est pour nous faire entendre, comme par antiphrase, de quelles tensions, de quelles inquiétudes, voire de quelles violences la relation mère-fille, immémoriale et ultramoderne, est tissée, jusqu'au déchirement. Dans cette prose, tout est bref : le livre entier, chacun de ses chapitres qui sont autant de poèmes en prose, chaque phrase, chaque mot. Ce que le lecteur retiendra sans doute au terme, c'est un certain rythme, unique, inimitable, comme une respiration haletante d'attention et d'inquiétude. C'est donc à une enfilade de variations musicales sur quelques motifs désespérément obstinés que nous sommes invités. C.B.
Rahel Hutmacher est née en 1944 à Zurich, où elle vit. Après avoir exercé le métier de bibliothécaire, et au terme de nouvelles études, elle est devenue psychothérapeute clinicienne. Outre Tochter [Fille], paru en 1983 chez Luchterhand, elle a publié divers recueils de contes et de récits, contribué à de nombreuses revues littéraires.
Sur le mode d’un conte fantastique, en quarante-huit variations poétiques, la Zurichoise Rahel Hutmacher explore la violence des relations filiales. Une cérémonie des adieux jamais achevée où la mère et la fille, comme au théâtre, empruntent tour à tour l’habit de la princesse, celui de la sorcière ou de l’esprit malin. Une impression douce baigne cette histoire singulière, incantation sans fin ni commencement, pour dire la douleur de la séparation, la fascination et la frayeur des territoires inconnus, les liens indéfectibles du sang.
Claude Amstutz, Libraire, Payot-Nyon