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Guérisseurs . Rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande

SuisseLu et approuvé
9782828910174.gif Ouvrir l'image agrandie dans une nouvelle fenêtre
Éditeur:
Pages:
228 p.
Parution:
Novembre 2008
Format:
Broché

Prix:
CHF 34.50

Disponibilité :
Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

ISBN:
9782828910174
EAN13:
9782828910174
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SUR CE LIVRE

Informations bibliographiques éditeur

Chronique Payot

Chronique[s] Presse

SUR CE LIVRE

Informations bibliographiques éditeur


Le point de vue de l'éditeur

Ce livre présente les origines de ces pratiques, les divers usages des soins utilisés, la nécessité de posséder un «?don?» ou non – et en quoi il consiste –, la problématique de la rémunération, ou encore les différences entre cantons romands. Avec des points de vue de médecins et d’hommes d’Eglise.

Table des matières

Avec répertoire d'adresses.

Chronique Payot


Suisse

Lu et approuvé

Qu’une ethnologue épie leurs secrets a dû fâcher quelques guérisseurs, qui ont parfois pâti de la supériorité arrogante des « savants » envers leurs peu conventionnelles pratiques… L’approche de Magali Jenny les a certainement rassurés : curieuse de la vogue croissante des médecines populaires, voire secrètes, elle s’est intéressée au phénomène avec une grande ouverture d’esprit et de solides connaissances, traitant sur un pied d’égalité la médecine officielle et les savoirs plus traditionnels, les patients classiques et les adeptes de pouvoirs non académiques – ce sont parfois les mêmes ! – les traitements pharmaceutiques et les herbes ou fluides, les tendances socioculturelles et les influences religieuses. Très documenté et riche de témoignages étonnants, dans tous les domaines, son ouvrage démolit quelques clichés et révèle, après des siècles d’antagonisme, un nouveau compagnonnage entre guérisseurs et médecins romands. Passionnant !

Joëlle Brack, Libraire, Payot.ch

Chronique[s] Presse


Le Temps

Déjeuner avec Magali Jenny.

Le (bon) œil des guérisseurs romands. En publiant un livre sur les rebouteux et les faiseurs de secret, l’universitaire fribourgeoise Magali Jenny a battu tous les records de vente. «Ce n’est pas un hasard», dit celle qui ne s’y attendait pas.

Stéphane Bonvin, Lundi 22 Juin 2009

Tout de suite, bien avant de pousser la porte du restaurant Le Pingouin de Fribourg, on a su qu’on était au bon endroit. Sur le parking, on avait aperçu une grosse moto flambant neuve, une Ducati Monster 696 rouge. Cet engin, on le savait, c’est le cadeau que s’est offert Magali Jenny, motarde assez mordue pour posséder une autre monture, une Honda CBF 600; pour écrire une thèse sur les pèlerinages motards et pour avoir, sur son iPhone, installé une sonnerie qui fait vroum vroum. Et pourquoi cette moto cadeau? Pour fêter un succès sans précédent de la librairie romande. Son livre Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secrets en Suisse romande bat tous les records de vente. 45 000 exemplaires vendus. 45 000! C’est ainsi que la Suisse de l’assurance maladie, des pharmas et des scientifiques renommés doit à cette universitaire de 38 ans d’avoir fait le «outing» de ses soigneurs qui coupent le feu au téléphone, ses guérisseuses censées rallonger les os ainsi que leurs milliers d’adeptes des villes et des champs. Comme si, par la grâce d’un livre, tout un réseau de croyances, de pratiques et d’espoirs souterrains s’était trouvé légitimé.

En attendant les deux assiettes de rösti végétariens, on brûle de demander à Magali Jenny pourquoi un tel succès. Commençons par lui faire raconter un peu de sa vie.

Avant d’avoir 30 ans, Magali Jenny a souvent ricoché. Après sa matu passée à Fribourg, elle part travailler comme réceptionniste en République dominicaine. Elle veut voyager, découvrir le monde des gens. Une fois rentrée, elle travaille comme journaliste à l’Objectif. Elle qui se décrit comme «timide et téléphonophobique» profite de ce passage dans la presse pour étancher sa curiosité sur les gens. Ensuite, Magali Jenny qui a une mère italienne et qui parle aussi l’allemand, l’anglais, l’espagnol et même un peu de chinois, s’inscrit à l’ETI de Genève, pour devenir traductrice. Un an et déjà stop. La voilà qui rentre à Fribourg et qui est embauchée comme assistante médicale. «Je n’y connaissais rien, mais j’ai expliqué à mon employeur que j’apprenais vite. J’ai toujours été intéressée par les soins, la manière de soulager et de guérir, par les coutumes qui s’y rattachent, par les hôpitaux.» Tiens, tiens, se dit-on pendant qu’elle refuse un dessert, le voilà, le lien entre ses multivies et son bouquin.

D’autant que Magali Jenny, à 30 ans, décide d’entamer des études de médecine. Un an, maximum, et elle bifurque – «Le jour où j’ai entendu un professeur traiter tous les guérisseurs de charlatans, j’ai senti que je n’étais pas au bon endroit.» Ce sera donc la faculté d’ethnologie de Berne et son groupe d’études d’ethnomédecine. Magali Jenny rédige son mémoire sur les guérisseurs fribourgeois. «Je savais bien que le sujet touchait tout le monde, mais je n’imaginais pas à quel point.» Devenue assistante à l’Université de Fribourg, elle envoie son mémoire à une quinzaine de maisons d’édition. Les réponses sont maigres. Trois ans plus tard, l’éditeur Pierre-Marcel Favre qui a remarqué que l’hebdomadaire L’illustré a battu des records de vente sur un sujet proche de celui de Magali, la recontacte. Il met des conditions au bouquin: que la doctorante déshabille son livre de toutes les précautions scientifiques universitaires. Qu’elle rédige des portraits de pratiquants romands. Et qu’elle ajoute une liste d’adresses.

Sur ce dernier point, l’ethnologue commence par coincer. «Donner des adresses, ce n’est pas universitaire, j’ai dû me faire violence.» Aujourd’hui, c’est d’ailleurs le reproche que l’on fait à son livre, ces 230 adresses qu’elle n’a pas pu tester une par une. A l’époque, après avoir hésité, la doctorante se dit que tout le monde, autour d’elle, possède des noms de rebouteux ou de coupeurs de feu sur des bouts de papier. «Au fond, mettre ces adresses bout à bout, c’est une façon, aussi, de les soumettre à la critique, de faire fonctionner le bouche-à- oreille. Je suis très claire dans mon livre: il faut savoir s’écouter. Je ne garantis pas l’efficacité et je préviens plusieurs fois le lecteur de se méfier: attention à tout soignant qui leur demanderait d’abandonner un traitement médical lourd, qui promettrait des miracles, ou qui pratiquerait des tarifs exorbitants.»

Oui, certes, mais rapporter des faits inexpliqués par la science, n’est-ce pas leur donner du crédit? Et Magali Jenny de rappeler, tranquillement, que c’est la mission et l’idéal d’un ethnologue de s’intéresser aux gens, aux autres, à leurs actes, à leur culture, à leurs ressorts. Un deuxième café, une autre Henniez? Pendant qu’elle décline, on se dit qu’elle a raison, que ce n’est pas parce qu’on a aimé un livre comme Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss qu’on s’est mis à croire aux mythologies amazoniennes et à prier comme un Indien. «Je ne sais pas si les dons des guérisseurs sont divins ou surnaturels. Ce qui m’intéresse, c’est de décrire leurs motivations et celles de leurs consultants. C’est une réalité. Les guérisseurs ont un point commun: leur empathie. Leur vrai don, le premier, c’est celui-là. Je suis passionnée par ça, par les formes d’aide.» Certes, mais quand même, il paraît que vous avez été guérie par une rebouteuse, non? «Toute petite, je m’étais déchiré les ligaments du genou. Le plâtre avait bougé, j’avais très mal, mais mon médecin refusait d’ouvrir pour contrôler. Quand les ligaments ont été guéris, je continuais à boiter. Ma mère m’a emmenée chez une rebouteuse qui m’a massée minutieusement. C’était très douloureux, mais je lui dois peut-être de marcher normalement. Je n’y vois rien de surnaturel. Ce n’est pas parce qu’une chose demeure scientifiquement inexpliquée qu’elle n’existe pas.»

Et si elle découvrait qu’elle aussi, elle avait un don? «On m’a proposé de me dire le secret. J’ai dit non. Ça demande une disponibilité que je n’ai pas, 24 heures sur 24, ce n’est pas ma vie.» Et l’auteur de best-seller de raconter qu’un nombre de pratiquants lui ont demandé de les retirer de sa liste, noyés qu’ils étaient par les appels. «Mais certains m’avaient d’emblée demandé de ne jamais y figurer.»

Justement, le succès de son livre, pourquoi? «Je ne m’y attendais pas. Mais il s’explique. Primo, il y a un contexte de retour à la nature dans tous les domaines, l’écologie, le commerce équitable, etc. Deuzio, les gens n’en peuvent plus d’être traités comme des numéros par le système médical, ils ont l’impression que la technologie ne prend pas en compte leur part humaine et globale. Tertio, ce genre de soins, généralement, ne coûte pas cher et ne fait pas mal. Un médecin constatait dernièrement qu’il est devenu politiquement incorrect de se moquer des médecines traditionnelles. Il a raison, on n’ose moins les critiquer et on leur reconnaît une même une certaine efficacité.»

Magali Jenny a refusé un joli contrat pour rééditer son gros coup et écrire un livre sur les médiums («Je ne suis pas Madame Liste!»). Elle pense que certaines des professions qu’elle décrit vont changer, presque disparaître – «Aujourd’hui, la plupart des gens qui se découvrent un don de guérisseur vont suivre une formation, ouvrent un cabinet, en font profession. La frontière devient floue entre ce qui relève du don et de l’acquis.» Elle raconte en rigolant qu’elle avait peur de faire un four pour ses premières dédicaces, et que ses conférences, aujourd’hui, réunissent des centaines de personnes. Elle n’omet pas d’ajouter qu’il lui arrive de décevoir son public quand celui-ci pense trouver en elle une avocate de l’occultisme. «L’existence d’un au-delà, d’une force divine, n’est pas ce qui m’intéresse principalement. Je crois plus à des valeurs qu’à des forces. Quand j’avais 20 ans, j’avais participé à une émission de télé. A la fin, on m’avait demandé quels étaient mes rêves. J’avais bredouillé quelque chose comme «la paix, l’amitié, l’entraide». Pendant des années, j’ai eu honte de ma réponse. Mais honte! mais honte! Je me sentais la dernière des pommes. Aujour­d’hui, je sais que je répondrais pareil, mais j’en serais fière.»

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