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Tu m'as répondu j'étais ta rivière? mais pour qu'il y ait une rivière, il faut qu'il y ait un lit, comme un récipient pour tenir l'eau. Tu étais mon lit.
Chronique amoureuse épistolaire à une seule voix, où le jeu en écriture vire à l'attirance, au besoin de fusion avec l'autre, à la sublimation, au choc du réel puis à la rupture, ce récit raconte une passion fulgurante qui s'empare d'une femme rangée en apparence, mariée, mère de quatre enfants, mais prête à tout quitter pour la vivre. Amoureuse des mots, elle décrit avec un rare bonheur les arcanes du désir, la crucifixion de l'absence, les risques que sous-entend cette relation charnelle absolue, sans illusions, ni fards, ni concessions. D'un lyrisme et d'une impudeur qui ne prêtent jamais à la vulgarité ni au voyeurisme, Emmanuelle Pagano use au contraire d’un langage poétique ensorcelant pour dire la brûlure qui l'étreint. Si le lit de l'amour – ou son lieu de convergence – est un livre, si le point culminant de cette histoire s'exprime dans un érotisme torride, sans tabou, l'homme pourtant partira, laissant derrière lui une femme meurtrie que hante le souvenir, qu'immortalise le texte. Roman autobiographie, œuvre de fiction, ou un peu des deux ? Peu importe la conclusion. La voix d'Emmanuelle Pagano glisse sur le papier pour y éclairer un paysage qui ne ressemble à rien, et dans le tremblement des corps laisse une empreinte incandescente. Qui s'en plaindrait ?
Claude Amstutz, Libraire, Payot-Nyon