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Mortimer a été invité en Grèce pour identifier une découverte archéologique bouleversante : les 30 deniers de Judas. Frappant d’une malédiction quiconque les touche, les pièces seraient la manifestation physique de la colère divine ! Entre de mauvaises mains, un tel artefact entraînerait, à coup sûr, la chute de l’humanité. Et, justement, le FBI requiert l’aide de Blake de toute urgence : Olrik vient de s’évader du pénitencier de Jacksonville... Si le sinistre colonel n’est pas à l’origine de ce coup d’éclat, la perspective de se venger de son ennemi Mortimer aura tôt fait de le convaincre de participer au vol des 30 deniers. Fantasme théologique ou réalité scientifique, le danger est bien réel !
Pour son retour sur Blake et Mortimer, huit ans après «L’Étrange Rendez-vous», Jean Van Hamme frappe un grand coup ! En auteur expérimenté, il impose tout de suite sa patte sur ce scénario aux résonances mystiques, qui n’est pas sans rappeler les riches heures du « Mystère de la Grande Pyramide ». Entre le retour d’Olrik, l’apparition d’un nouveau nemesis à la hauteur de nos héros, et une histoire sur la corde raide entre foi et raison, il offre un véritable feu d’artifice au lecteur !
Si Jean Van Hamme impose sa marque, il le fait dans le parfait respect de la tradition : sa maîtrise des narratifs tout en didascalies rassurera les nostalgiques de E.P. Jacobs dont la série est, plus que jamais, entre de bonnes mains. Le dessin de ce 19e tome, entamé par le regretté René Sterne, sera achevé par sa veuve, Chantal De Spiegeleer. La continuité est parfaite et rappellera ces deux géants de la ligne claire au bon souvenir du lecteur jusqu’à la conclusion prochaine de cette effrayante « malédiction des 30 deniers ». Les aventures de Blake et Mortimer sont, comme toujours, chargées d’histoires.
Il n’y a pas que les trente deniers bibliques qui aient subi la malédiction dans ce nouveau diptyque : alors que le scénario de Van Hamme était prêt, son premier dessinateur, Ted Benoît, abandonna le projet en 2001, repassant le crayon à René Sterne, soudainement disparu en 2006 après la moitié seulement de la réalisation… C’est finalement à sa compagne et coloriste Chantal De Spiegeleer, première femme à entrer dans l’aventure, qu’est revenu de créer les vingt-quatre dernières planches sans solution de continuité… À la fois sensible et indéfinissable, la transition ménage la qualité du travail comme l’émotion de cette création à quatre mains, pour un premier volet qui installe magistralement le scénario dans sa dimension mystérieuse – l’Antiquité mystique empiète sur la Grèce des années 1950 – autant qu’épique : l’infâme Olrik s’est échappé de façon rocambolesque de son pénitencier américain, et sa vengeance rôde !
Joëlle Brack, Libraire, Payot.ch
Blake, Mortimer? et Judas
Faut-il prendre le titre de La Malédiction des trente deniers, la nouvelle aventure de Blake et Mortimer, au pied de la lettre?
Ariel Herbez, Lundi 08 Février 2010
Faut-il prendre le titre de La Malédiction des trente deniers, la nouvelle aventure de Blake et Mortimer, au pied de la lettre? René Sterne, le dessinateur choisi pour cet album (chez Blake et Mortimer/Dargaud), est décédé brutalement au milieu de son travail, et c'est sa femme, Chantal De Spiegeleer, qui l'a achevé, dans les difficultés et les sentiments qu'on peut imaginer. Tous deux s'en sortent plutôt bien, malgré quelques bizarreries comme la bouche de Mortimer qui disparaît quand elle est fermée. Mais surtout, dans le scénario agréablement tortueux mais aux ficelles un peu grosses concocté par l'orfèvre Jean Van Hamme, quand la colère divine attachée aux 30 deniers reçus par Judas pour sa trahison s'abat, c'est littéralement, avec un éclair soudain qui précipite la voiture des méchants au fond d'un ravin? Ce thriller ésotérique et archéologique est moins subtil que son modèle, Le Mystère de la grande pyramide, où le surnaturel pouvait passer pour des hallucinations ou des manifestations hypnotiques? De même, le complot de nostalgiques du nazisme pour s'emparer du pouvoir maléfique de ces deniers est plus grotesque que mégalomane. D'autant que la conspiration est universelle et multiethnique, ce qui est parfaitement antinomique avec l'idéologie brune. Mais qu'importe, cette prolongation d'un grand classique fonctionne plutôt bien pour le plaisir de tous les grands enfants attachés à cette série!