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Maxim Livius hésite entre deux sœurs, Cecilia et Antonia. Pour échapper à ce dilemme il rejoint
l'armée. Quinze jours avant d'être démobilisé sans explication, il est muté dans la forteresse, au cœur d'une montagne. Là, les hommes ignorent tout de leur situation, sinon qu'ils doivent obéir à un Ordre énigmatique. L'ennemi est invisible, la frontière, hypothétique ; les soldats errent dans un univers paranoïde, s'accrochent à un passé et à des certitudes absurdes.
La Forteresse concentre les évènements de l'ex-Yougoslavie la décomposition de l'Etat et la guerre civile, en un épisode unique. L'auteur oseille entre naturalisme et onirisme, l'entreprise est grandiose. Rôdent les ombres de Kafka, Borges, Buzzati, Gracq...
Robert Hasz est né en 1964 en Voïvodine. En 1991, lorsque le conflit gagne cette ancienne province yougoslave où vit la minorité hongroise, il se réfugie en Hongrie et s'installe à Szeged. Le Jardin de Diogène, son premier roman, a paru aux éd. Viviane Hamy en février 2001.
" L'authenticité de son désespoir, sa remarquable économie de moyens et surtout la force de créer un héros sans nom, atemporel, qui évoluent entre deux lieux de nulle part... " Edgar Reichmann, Le Monde.
Une «Forteresse» à portée universelle
HONGRIE. Après Karinthy et Kosztolanyi, voici un autre grand auteur hongrois, Robert Hasz, dont l'univers se situe entre le fantastique et la fable politique.
André Clavel , Samedi 26 Octobre 2002
L'éditrice parisienne Viviane Hamy est une discrète mais diligente ambassadrice des lettres hongroises. Grâce à elle, on a pu découvrir quelques merveilles. Les livres de Frigyes Karinthy et de Dezsö Kosztolanyi, entre autres. C'est maintenant le tour d'un auteur singulier, très porté sur le fantastique: Robert Hasz, qui pourrait sortir d'un conte de Grimm ou d'une nouvelle de Borges. Et qui traverse volontiers les miroirs, après avoir été cruellement ballotté entre les frontières. Né en 1964 dans la petite communauté magyare de Voïvodine, au nord de l'ex-Yougoslavie, il a grandi sous l'étouffoir titiste avant d'être contraint à l'exil, pendant la guerre serbo-croate. Il s'est alors réfugié en Hongrie, où il est devenu journaliste. Avec, dit-il, un profond sentiment de déracinement qu'il a tâché d'apaiser en écrivant un premier roman traduit l'an dernier chez Viviane Hamy: Le Jardin de Diogène, une fable philosophique où le vieil imprécateur grec a échangé son légendaire tonneau contre un squat de clochard, quelque part dans une province délabrée d'Europe centrale qui ressemble à la Cacanie de Musil. Raccourcis historiques, courts-circuits narratifs, allégories politiques, tout cela se télescope sous la plume de Robert Hasz, l'illusionniste des lettres hongroises. «Je suis pratiquement incapable d'écrire sans glisser un peu de fantastique dans mes livres, explique-t-il. Je ne fais jamais de plan à l'avance, je ne prévois jamais mes histoires. L'écriture n'est passionnante que tant que je n'ai pas trouvé la fin. A partir de là, je vais très vite, comme un marathonien qui aperçoit la ligne d'arrivée.» On ne change pas de registre avec La Forteresse (Végvaz). Nous sommes dans un pays montagneux aux frontières incertaines, que les vents de l'Histoire ont effacées. On pense à l'ex-Yougoslavie démantibulée, bien sûr. Mais l'on pourrait également être au coeur du désert des Tartares, sur le rivage des Syrtes, dans le château de Kafka ou dans le no man's land du brave soldat Chveik. Le lieutenant Maxim Livius, le héros de Robert Hasz, se retrouve un beau matin parachuté dans une forteresse perdue, composée de tourelles aux étroites fenêtres et de passerelles sorties d'une toile de Piranèse. Au large, tapie dans l'ombre, la guerre couve mais l'ennemi reste éternellement invisible. Et dans ce bunker totalement isolé, il se passe des choses curieuses. Un jour, par exemple, Livius trouve un petit carnet où une main anonyme a griffonné ces mots: «Tourne le dos au miroir, et tu verras ce qu'il y a dedans.» Oui, nous sommes bien chez Gracq ou chez Buzzati: un univers fantasmatique, fantomatique, absurde, où le lieutenant et ses compagnons sont soumis à des lois énigmatiques, à des rituels incompréhensibles, à toutes sortes de dérèglements dans la perception du temps et de l'espace. Qui les manipule? Sont-ils devenus fous? Pourquoi doivent-ils obéir à cet «Ordre» supérieur qui les transforme en somnambules paranoïaques et impuissants, dans un monde qui n'a plus de sens? Ce cauchemar éveillé, Robert Hasz l'orchestre crescendo. En confrontant les absurdités de l'Histoire au désarroi kafkaïen. Cela donne un roman assez impressionnant, ambitieux, ouvert à de multiples interprétations - politiques, philosophiques, psychanalytiques. «La Forteresse est plutôt irrationnelle, comme l'était la situation dans les Balkans, ajoute le romancier. Mes personnages sont conscients de l'absurdité de leur environnement, mais ils ne font rien contre. Ils acceptent leur vie. Je me suis efforcé d'intégrer le plus possible l'atmosphère de l'ancienne Yougoslavie dans la garnison où se situe mon livre, en espérant toutefois que celui-ci dépasse le cadre de la situation dans les Balkans.» A l'évidence, Robert Hasz a su éviter ces pièges du roman à thèse. Car La Forteresse est plus qu'une parabole politique. C'est une vertigineuse exploration de «l'inquiétante étrangeté» dont parle Freud.