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Michel Rime, journaliste amateur d’images sous toutes leurs formes, revisite avec Les érotiques d’Hercule le mythe du beau gosse musculeux à l’aune de sa sexualité, forcément virile mais ambiguë, incestueuse et soumise. En douze chapitres de prose poétique érotique, comme autant de travaux où langues et vits sont fort sollicités, le mâle mythologique se promène dans les collages à la Max Ernst, surréalistes et romanesques.
Les beaux livres des Fêtes 2008
Isabelle Falconnier, Journaliste, L'Hebdo
Un carnaval de centaures de latex
Humus célèbre par deux livres, déclinaison de voluptés antiques et animalières, sa collection intitulée Eros-Oser.
Roger Gaillard, Samedi 08 Décembre 2007
Pierre Bourgeade et Marie Morel. Animamours. Humus, collection Eros-Oser, 68 p.
Eros-Oser. Le titre anagrammatique de la nouvelle collection créée par l'éditeur lausannois Humus a des allures de manifeste, couillu et fessu, à la gloire des délices de la dualité. Alliant textes et images, deux beaux livres cartonnés explorent des archipels érotiques peu fréquentés par les charters du X: la bisexualité masculine et les coquineries des animaux.
Dans les Erotiques d'Hercule, le journaliste gruérien Michel Rime dévoile la fesse cachée du mastard à la massue, héros phallique dont le mythe a exalté la force et le courage. Lucien avait certes déjà décrit un Hercule ambigu, vêtu en femme, esclave de la reine Omphale qui lui donnait «de petits soufflets avec sa pantoufle», mais Rime s'écarte de ces antiques jeux de rôle pour camper un Héraclès fiévreusement moderne, osant le string pour s'écarquiller sur un sling. «Bite qui roucoule et cul goulu», son H majuscule déambule de luronnes en lascars pour goûter aux vertiges des deux mondes. Illustrés par l'auteur de collages à la Max Ernst, les douze chapitres du livre narrent de turgescents travaux sous forme de proses poétiques mi-lyriques, mi-cocasses. Mais le ton n'est pas lourdement fanfaron. Notre nomade du désir a ses doutes et déroutes, et le «carnaval des centaures de latex» se conclut par un aveu de désarroi: «bisexuel destin cruel, ni ça ni si». Hercule a délivré le rebelle Prométhée, mais ne peut se défaire de l'hydre dont les cent bouches le mordent et le démembrent.
Monstre mythique, l'hydre n'a pas sa tanière dans le fabuleux bestiaire imaginé par le polygraphe Pierre Bourgeade à l'enseigne des Animamours. Très joliment écrits, ces contes de quelques lignes ou quelque pages ont la noirceur onirique des premiers films de Buñuel. Rats nécrophiles et couleuvres câlines sont de la fête, comme le fidèle cheval, plus noble conquête de la femme. Mais voici que des serpents roses renaissent sous les aisselles d'une duchesse, alors qu'une comtesse freudienne n'en peut plus de ce crocodile lubrique agglutiné à ses épaules. Aux surréalistes coqs à l'âme de la parade textuelle répondent les peintures lumineuses de Marie Morel, fenêtres ouvertes sur l'innocence effrontée des humanimaux enfiévrés. A plumes ou à poil, la ménagerie amoureuse de Bourgeade et Morel ne manque jamais de cet humour qui est la politesse du tamanoir.
De vertueux policiers neuchâtelois ont récemment saisi en librairie des livres de Modigliani, peintre de nanas nues, et de Picasso, dont les taureaux ne sont pas eunuques. Razzias heureusement restituées depuis par les censeurs repentis. Reste à espérer que les beaux contes pour grandes personnes édités par Humus ne subiront pas les foudres des talibans du gode pénal. A l'heure où les perversions dévastatrices de la phynance mondialisée éclatent aux yeux de tous, la véritable obscénité n'est décidément plus à chercher du côté des figurations de la volupté.