www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Sélections
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Eric-Emmanuel Schmitt. En amour pour Mozart


Dominique Rosset, Journaliste, L'Hebdo
18 novembre 2005

Sous le couvert de lettres fictives adressées au compositeur, l'écrivain révèle une part de son jardin secret, de ses fragilités et de ses dépendances.

Eric-Emmanuel Schmitt © Michaël Zumstein / L'oeil public
Eric-Emmanuel Schmitt © Michaël Zumstein / L'oeil public
Jusque-là, Eric-Emmanuel Schmitt a toujours brossé des personnages qu’il nous donnait à voir du dehors, avec distance, sous des facettes inattendues. On a dévoré avec jubilation son Libertin, dialogues subtils et virtuoses entre Diderot et quelques fines femmes. Dans un genre différent, allant aussi efficacement droit au coeur, on a lu avec un respect bouleversé Oscar et la Dame rose. Encore une façon de nous faire voir la vie par l’autre bout de la lorgnette, hors des sentiers battus, des émotions habituelles. Voici maintenant Eric-Emmanuel Schmitt qui nous parle de lui, de son parcours avec Mozart. Rien d’étonnant dans l’admiration que l’écrivain français porte au compositeur. Ils sont tous deux observateurs malins, amusés et insidieux de l’âme humaine qui se révèle capable de si sincères duperies. Ils possèdent aussi l’art de conjuguer acuité du regard et compassion. L’écrivain est venu à Genève lire en public des extraits de ce qui apparaît comme un témoignage enflammé. On rencontre effectivement un homme voué à sa passion, célébrant l’esprit d’enfance et le goût du bonheur qu’il doit au musicien. Entier dans sa jubilation, sa reconnaissance et son hommage.

Dominique Rosset. Ma vie avec Mozart est votre premier ouvrage autobiographique…
Eric-Emmanuel Schmidt. C’est effectivement la première fois que je dis «je» mais ce n’est pas pour me mettre en avant. J’ai horreur de l’exhibitionnisme. J’aurais aimé intituler ce livre Autofiction – cela faisait peur à mon éditeur… Si je dis «je», c’est pour parler de «nous», de ma rencontre avec Mozart, et pour tendre un miroir au lecteur.

DR. Qu’est-ce que ce «je» a modifié dans votre façon d’écrire? Vous vous montrez en tout cas plus au premier degré que dans vos autres livres.
E-E. S. Cela m’a donné un ton plus recueilli. Et, surtout, le parti pris du livre était de dire «je» mais de ne présenter que des situations de défaillance de ce «je». Je ne fais pas un portrait de moi vainqueur mais vaincu – par la dépression de l’adolescence, par l’accompagnement d’êtres aimés dans la maladie, par le deuil que je n’arrive pas à faire. Ce sont des moments de désarroi qui, forcément, imposent un ton où l’on dit beaucoup de choses avec peu de mots. Pudique. C’est ainsi que je veux m’adresser au lecteur, partager avec lui des moments d’intimité. Et c’est aussi ainsi qu’arrive la lumière Mozart! Il y a une double écriture. La mienne et celle des réponses de Mozart qui font partie du livre.

DR. Vous présentez ce musicien comme un dieu que vous implorez, qui vous montre le chemin du pardon, de la sérénité…
E-E. S. Non! Non! J’ai la foi et je ne mélange pas les choses! Mozart est un guide, ce que Dieu n’est pas. Je l’appelle, il arrive de l’au-delà et, bien sûr, cela donne une impression magique. J’ose cette dramaturgie: Mozart répond et m’envoie des messages qui me parviennent au coin d’une rue, dans un taxi… C’est un phénomène d’apparition qui est le propre de la musique! Elle vous arrive comme ça, on en est rarement les producteurs.

DR. Pourtant vous jouez du piano.Que se passe-t-il lorsque vous produisez vous-même les sons?
E-E. S. Mozart ne me fait pas d’effet quand je le joue. Je n’entends pas ce qu’il me dit quand j’essaie de le dire aux autres! Il me faut un interprète. Et alors Mozart prend la forme d’un grand guérisseur. Il n’y a pas une ligne dans ce livre où l’on peut le confondre avec un dieu même s’il est vrai qu’il apparaît comme quelque chose de miraculeux.

DR. Pourquoi lui et pas un autre?
E-E. S. Parce que c’est la parole la plus intime que je connaisse en musique, avec Schubert. C’est quelqu’un qui me dit les choses les plus fraternelles, qui arrive à mettre en forme les sentiments et à m’envoyer des injonctions: il me fait penser des choses nouvelles. Je raconte par exemple l’Ave Verum entendu dans la rue, au milieu de la frénésie d’achats de Noël: c’est Mozart, par son recueillement, qui m’a fait comprendre le sens de cette célébration. Ou l’air de la comtesse qui m’a apporté un ressourcement dans une période dépressive de mon adolescence. Ces injonctions spirituelles uniques, c’est lui.

DR. D’où ce sentiment d’amalgame entre le musicien et un être suprême?
E-E. S. Même si ce n’est effectivement pas le cas, je suis content que vous ayez cette impression: rien ne m’horripile plus que l’image de Mozart la plus souvent présentée aujourd’hui, celle de ce gamin qui ricane bêtement dans le film Amadeus, de ce débile surdoué, de ce type qui ne méritait pas d’avoir ce don. Moi, je lui donne un aspect grand magicien parce qu’il a le chic de me toucher n’importe où. Je lui donne surtout une puissance philosophique. C’est à mon avis l’originalité du livre. Voir Mozart comme un maître de sagesse, pas comme un maître de musique. Mozart comme une métaphore qui me permet de parler du rôlende la musique dans notre vie intime et spirituelle. Car elle est seule capable de nous apaiser, de nous mettre dans un état de méditation, de nous redonner de la joie. Elle a plus de pouvoir que toute autre chose sur nos états intérieurs et on n’en parle pas.

DR. Mais les chocs que vous ressentez sont dus moins à la musique qu’au fait qu’elle est soudain incarnée,que ce soit par une humble chorale dans le froid de décembre, sur le parvis d’une église,ou par la cantatrice un peu gauche qui vous apparaît alors transfigurée par son chant. Ce qui vous touche, ce sont d’abord les humains, leurs corps vivants et périssables…
E-E. S. … et qui délivrent un message qui va au-delà d’eux-mêmes. Effectivement. Dans tout ce que j’écris, le corps a une place importante.

DR. Ce que vous ressentez en écoutant Mozart, vous pourriez donc aussi le ressentir avec d’autres compositeurs?
E-E. S. Bien sûr: encore une fois, il est une métaphore. Je n’ai pas voulu écrire un livre de plus sur lui – il en existe déjà tellement que j’ai d’ailleurs presque tous lus, malheureusement, histoire de vérifier que ce n’était pas ce que je voulais faire. Je le précise la fin du livre : «Mozart, quand je dis ton nom, je ne dis pas que ton nom, je dis tout ce qui est digne d’être, ce qui donne l’envie de vivre.»
Le musicien est présent ici de façon systématique, bien sûr, mais il n’y a pas que lui dans ma vie. Je ne suis pas monomaniaque. La fiction me permet cependant de faire un focus sur lui.
DR. Qu’est-ce que ce livre vous a permis de dire que vous n’auriez pas dit autrement?
E-E. S. Il est un support charnel de réflexion. Au-delà du récit, c’est un petit livre de philosophie, un livre sur l’apprentissage de la réalité telle qu’elle est, sur l’optimisme lucide, sur l’exercice volontaire de joie, alors même que les forces négatives et dépressives sont toujours là.

DR. Quel public espérez-vous toucher?
E-E. S. Si j’avais écrit un livre sur Mozart, on l’aurait tiré à 2000 exemplaires – ce qui n’est de loin pas le cas de celui-ci! Des gens vont le lire parce que c’est Mozart, d’autres parce qu’il est de moi, d’autres parce qu’ils seront intrigués par cette correspondance entre écrivain et musicien. Beaucoup vont le lire alors qu’ils n’écoutent jamais Mozart, ce qui est mon but. D’où ma demande à l’éditeur d’y joindre un disque. Je ne voulais pas que cela fasse radin de parler d’une musique que l’on n’entend pas. Et la surprise réside dans les réponses que Mozart m’adresse. Ce livre, en fait, c’est du théâtre!

DR. Vous sentez-vous des ressemblances avec Mozart?
E-E. S. J’écris, à son propos, que l’art cache l’art. C’est aussi ce que j’essaie de faire. Que le savoir ne se voie jamais. Je ne veux pas d’un art qui faitpreuve de sophistication, qui cherche à impressionner et s’adresse aux connaisseurs, à ceux qui montrent qu’ils ont la carte. Ça, je ne le supporte pas. Que l’art cache l’art. Comme chez Mozart. C’est ma position esthétique et morale.

LE DERNIER SCHMITT
9782226168207.gif
Eric-Emmanuel Schmitt
Prix: CHF 42.20

SES AUTRES...
9782226155214.gif
Eric-Emmanuel Schmitt
Prix: CHF 22.20

9782253155379.gif
Eric-Emmanuel Schmitt
Prix: CHF 12.80

...LIVRES
9782226141583.gif
Eric-Emmanuel Schmitt
Prix: CHF 19.50

9782226155092.gif
Eric-Emmanuel Schmitt
Prix: CHF 36.80