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Vue du ciel, la terre
«Voler, c’est voir le monde avec les yeux de Dieu», écrit Sylvain Augier dans Europe et merveilles, pour lequel il a parcouru 35 000 kilomètres au-dessus du continent pour en photographier les sites les plus spectaculaires. Depuis le succès faramineux de Yann Arthus-Bertrand, qui depuis vingt ans ne supporte plus la terre que vue du ciel, les photographes ont tous pris l’ascenseur
Rien que cet automne,Suisse: émotions du ciel (White Star), dans lequel Antonio Attini et Bertrand Piccard livrent une vision idyllique et grandiose de notre pays, Léman, chez Pierre-Marcel Favre, ou le cinquième volume de la collection «Notre histoire lue du ciel», lancée par Gallimard en 2005, consacré cette fois aux Prouesses du XXe siècle, de la tour Eiffel au musée Guggenheim de Bilbao, en passant par le Golden Gate ou le viaduc de Millau. Là aussi, Gallimard joue sur l’envie de titiller les sommets qui démangent l’homme et promet que sa collection saisit «ce que, jusque-là, seuls les dieux pouvaient contempler».
Les avions, les hélicoptères, le matériel photographique, les caméras gyrostabilisées permettent tout cela. Mais pas seulement. Nous voulons aller plus haut que les Météores de Thessalie, construits pourtant pour se tenir au-dessus de la folie des hommes. Nous voulons aller plus haut que les cathédrales, pourtant élevées à la gloire du seul être à vivre à la hauteur de leurs flèches lancées vers l’azur. Nous voulons survoler les gratte- ciel, qui chatouillent déjà les nuages, plus hauts que tout ce qui avait été construit auparavant. Nous voulons y aller, et regarder ces monuments comme on regarde par le trou de la serrure, en les déshabillant du regard, les scrutant sous toutes leurs coutures, ne supportant plus l’idée qu’ils cachent quelque chose dans leur dos.
Icare, fils de Dédale, n’écouta pas son père lorsque celui-ci le mit en garde. Il monta trop près du soleil, regarda la terre devenir toute petite, se brûla les ailes et tomba dans les flots de la Méditerranée. Mégalomanie? Courage? Nous nous appelons tous Icare. Joli prénom.
• ISABELLE FALCONNIER, CHEFFE DE LA RUBRIQUE CULTURELLE DE L’HEBDO
Investissez dans le livre !
Si la rentrée littéraire est toujours débattue à l’aune du nombre de nouvelles parutions, on sait moins que la production du livre d’art et de photographie tient elle aussi du pantagruélique. Ce sont ainsi plus de 900 nouveautés qui paraissent cette année entre août et décembre, avec pour chacune le désir de séduire les lecteurs dans la période la plus faste pour ce secteur: les fêtes de fin d’année.
Et dans ce domaine aussi, de grandes tendances dessinent chaque année un portrait différent, marqué par les anniversaires, les grandes expositions, les préoccupations de l’époque ou encore les effets de mode. Parfois, il semble ressortir de la pure coïncidence que plusieurs éditeurs sortent simultanément des livres sur des sujets très particuliers, sans raison apparente. Petit inventaire de quelques particularités de cette saison.
Anniversaire d’abord, avec celui de la fin de la Grande Guerre et une dizaine d’albums, parmi lesquels on remarquera plus particulièrement l’approche originale de Laurent Véray avec La Grande Guerre au cinéma - De la gloire à la mémoire (Ramsay). Anniversaire indirect avec celui de la Fondation Le Corbusier, qui fête ses 40 ans d’existence, et la parution d’un Le Corbusier: le grand (Phaidon), impressionnant autant par le contenu que par la taille, l’ouvrage pesant… 9 kilos! Exposition ensuite. Pas moins de dix-huit livres pour accompagner l’exposition consacrée à Picasso au Grand Palais à Paris, dont naturellement le catalogue de l’exposition (RMN), mais aussi les splendides Carnets érotiques (Le Chêne). Dans les «effets de mode», la Chine est cette année la destination la plus prisée des éditeurs de beaux livres sur les pays.
Le secteur dont la production se concentre sur les derniers mois de l’année reste incontestablement la photographie, avec plus de 200 nouveautés dont quelques curiosités comme La mort et les statues (L’Amateur), paru une première fois en 1946, qui est une visite, pendant l’Occupation, de l’entrepôt dans lequel les Allemands avaient stocké les statues parisiennes qu’ils avaient démantelées, un texte de Jean Cocteau accompagnant les photographies de Pierre Jahan.
Pour terminer ce petit tour d’horizon par une touche d’humour, comme nous y incite Mix & Remix par un récent dessin paru dans L’Hebdo (pour faire un bon placement, investissez dans les livres, en achetant… quelques titres!), on saluera le volumineux album (650 pages) publié aux Editions des Arènes et retraçant cinquante ans d’histoire à travers 2000 dessins du Canard Enchaîné. Un vrai coup de cœur!
• PASCAL VANDENBERGHE, DIRECTEUR GÉNÉRAL PAYOT LIBRAIRE






