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Peter Beard - Le dandy africain



Au cœur de son œuvre: ses carnets intimes, cahiers de notes excessifs et foisonnants, aussi dramatiques qu’humoristiques.


L’aventurier, photographe et dandy (ici en 1966 au Kenya) publie chez Taschen le miroir d’une vie fascinante entre nature et jet-set.

Au mois de mai, il a emmené sept des plus belles femmes du monde dans un parc naturel du Botswana, au cœur de l’Afrique, pour réaliser les photographies du calendrier Pirelli 2009. Kitsch? C’est tout le génie paradoxal de Peter Beard, né à New York en 1938 de parents héritiers du fondateur de la compagnie de chemins de fer The Great Northern, qui depuis quarante ans célèbre la faune et le paysage africain, au risque parfois d’y laisser la vie, tout en intégrant l’Afrique à sa vie de dandy mondain. Ermite solitaire dans son ranch du Kenya ou sa propriété de Montauk à l’extrême pointe de Long Island près de New York, photographe animalier autant que de mode, aventurier chic et sexy, amant des plus belles femmes, dessinateur, collectionneur, reporter, marié depuis vingt ans avec Nejma, mère de sa fille Zara, il a été l’ami d’Andy Warhol, Truman Capote, Francis Bacon, Jacqueline Onassis ou Mick Jagger, faisant poser dans la savane les mannequins les plus cotés pour Vogue, Playboy ou Paris Match, découvrant même certains comme Iman ou Khadija.

Peter Beard découvre l’Afrique à l’âge de 16 ans, en dévorant Out of Africa de Karen Blixen. Il rêve de rencontrer l’auteur: Karen le reçoit chez elle au Danemark, bouleverse sa vie, l’initie à cet Eden énigmatique qu’est l’Afrique et devient son amie. En juin 1955, il prend sa première photo du continent, en débarquant à l’aube à Cape Town. Au début des années 60, il s’engage au parc national de Tsavo, au Kenya, et achète une terre juste à côté de la ferme de Karen Blixen, au pied des Ngong Hills – Hog Ranch, où il vit encore plusieurs mois par an. En 1965, son premier ouvrage fait sensation: La fin d’un monde dénonce la mort lente des éléphants d’Afrique et le destin d’une terre de rêve colonisée puis détruite par la civilisation. «La photo est un bon moyen de clouer l’erreur au pilori», déclare-t-il. Son engagement est total: il passe quinze jours en prison pour avoir enfermé un braconnier dans son piège à éléphants.

Dandy à New York, aventurier en Afrique, son œuvre est le fruit de la fusion improbable de ces deux univers. De livre en livre, d’exposition en exposition, Peter Beard célèbre la nature sauvage et rage sur sa disparition inexorable. Au cœur de son œuvre: ses car- nets intimes, cahiers de notes excessifs et foisonnants, aussi dramatiques qu’humoristiques, où il note, dessine, colle, photographie, peint tout ce que la vie lui offre de rencontres, d’espoirs, de rêveries depuis son adolescence.

UNIVERS IVRE. Les deux volumes du coffret que publie Taschen, version accessible de l’opus collector paru en 2006, plongent de manière fabuleuse dans ce magma surréaliste et troublant. «J’aime la densité, je n’aime pas le vide», déclare Beard. Mannequins et Masai, girafes, cadavres, hommes politiques et idoles pop, publicités pour soutiens-gorge et tas d’os blanchis, crocodiles, enfants faméliques et strip-teaseuses, images d’actualités ou dessins poétiques, sang d’animal séché, le tout relié par une écriture dense et compulsive – Peter Beard se saisit de l’air du temps et de ses obsessions pour des collages très personnels. «Cet univers ivre d’images est un événement psychique, alchimique et incomplet, peut-être alimenté par l’idée de l’artiste selon laquelle il est possible d’avoir une révélation en réunissant des choses sans rapport, comme la résistante opposition des pôles d’un aimant» commente, en introduction, l’écrivain et journaliste Owen Edwards.

Les images familiales et personnelles du plus africain des New- Yorkais qui figurent dans le volume dévoilent un homme solaire, rayonnant, artiste et sûr de lui, aimé et décalé à la fois, aristocrate et débordant d’une autodérision joyeuse. Inoubliable, son autoportrait, devenu une icône photographique, où l’on voit Beard, couché sur les bords du lac Rudolf, écrire torse nu dans son carnet alors que la moitié inférieure de son corps est prisonnière des mâchoires d’un énorme crocodile. «Il semble incarner cette vertu de la renaissance italienne qu’on appelle sprezzatura, cette faculté qui consiste à faire des choses difficiles avec une apparente facilité, commente Owen Edwards. Irrésistiblement, il personnifie cet épigramme d’Oscar Wilde: «La vie est une chose bien trop importante pour qu’on en parle sérieusement.» De rire, le danger s’est arrêté
. I Isabelle Falconnier     

SOMMAIRE

ÉDITO.
ENTRETIEN.
Michel Pastoureau
VOGUE. Les jardins
PRIVÉ. Buche
BEAUX-ARTS
SUISSE
GASTRONOMIE
PLANÈTE
LOISIRS
RÉFÉRENCE
BD
JEUNESSE
CRITIQUES I. Peter Beard
CRITIQUES II. Architecture
CRITIQUES III.
Plaisir, Vin, Épices
CRITIQUES IV. BD
SON LIVRE
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Nejma Beard, David Fahey
Prix: CHF 99.90

ET AUSSI...
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Peter Beard, Greg Martin, Douglas Sandberg, R-L Wilson, Michael del Castello
Prix: CHF 125.30

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Peter Beard
Prix: CHF 20.50