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Dès 1855 et l’arrivée massive des Occidentaux au Japon, le gouvernement détruit toutes les effigies sacrées et les représentations de phallus qui ornent depuis des siècles les sanctuaires, rizières et croisements de route – il s’agit de donner l’impression qu’ils sont civilisés, et de se conformer aux normes judéo-chrétiennes modernes. Jusqu’en 1939, un phallus de la taille d’un homme se dressait même dans le parc d’Ueno, au coeur de Tokyo. Aujourd’hui, seules quelques fêtes folklorico-sacrées appelées matsuri perpétuent cet imaginaire érotique sans tabou. «Vingt siècles de christianisme ont fabriqué un corps déplorable et une sexualité catastrophique », commente Michel Onfray dans son récent Souci des plaisirs, avant de développer son «antidote à ce nihilisme de la chair», qui passe forcément par le Kama-sutra et son «érotisme solaire».
Ou par la Chine ancienne qui, jusqu’à l’arrivée des Mandchous au XVIIe siècle, pratique une sexualité libre, saine et sophistiquée notamment développée dans «l’art de la chambre à coucher», intimement liée à la théorie du Yin et du Yang, comme l’explique L’empire du désir. Une histoire de la sexualité chinoise. Dans cet ouvrage érudit et bien illustré signé par un sociologue chinois se dévoile, très loin de ce que verront les Occidentaux qui découvrent la Chine à la fin de la dynastie Ming, répressive et pudibonde, l’art érotique chinois dans ses aspects artistiques, spirituels et pratiques les plus poussés et les plus discutés, comme la coutume des pieds bandés ou des concubines.
Objet incontournable du plaisir érotique, le godemiché y joue un rôle central, en Chine comme dans le reste du monde. C’est son histoire, de la Préhistoire aux temps de son appropriation par les designers les plus glamour, que raconte Godes’story. L’histoire du sex toy. Ludique et très bien illustré, il dit tout du destin troublé de cet obscur objet du désir, statue sacrée des premiers temps, objet thérapeutique contre l’hystérie des femmes au XIXe siècle, partenaire du combat féministe des années 60 et 70, puis sex toy manié avec gourmandise par les femmes libérées de Sex and the City et autres Sonia Rykiel contemporaines – en 2005, le magazine féminin Jalouse offrait même un petit vibromasseur à ses lectrices. Qui les utilise? Depuis quand? A quoi sert le fameux Rabbit? En quoi le silicone est-il supérieur au latex? Comment les fabrique-t-on? Le livre de Christian Marmonnier, concret et décomplexé, répond à toutes ces questions par le biais d’interviews courtes avec une dizaine de spécialistes. Et rappelle que dans les années 70 encore, un homme était interpellé et condamné à neuf mois de prison pour trafic de godemichés…
Tout aussi prompts aux émois et ludiques, les deux beaux livres de la nouvelle collection «Eros-Oser», de la galerie et éditeur lausannois Humus, jouent de plus avec les codes foisonnants de l’imagination et de la poésie. Michel Rime, journaliste amateur d’images sous toutes leurs formes, revisite avec Les érotiques d’Hercule le mythe du beau gosse musculeux à l’aune de sa sexualité, forcément virile mais ambiguë, incestueuse et soumise. En douze chapitres de prose poétique érotique, comme autant de travaux où langues et vits sont fort sollicités, le mâle mythologique se promène dans les collages à la Max Ernst, surréalistes et romanesques.
Entre rêve et réel, l’écrivain érotique et photographe Pierre Bourgeade livre dix contes mettant en scènes animaux et humains dans des Animamours pour grandes personnes promptes aux fantasmagories troublantes. Ou comment faire bon usage d’une vipère-ceinture, ou de furets furetant par tous les trous. Illustrés des dessins naïfs et joyeux de Marie Morel, ils ouvrent l’esprit sur un monde merveilleux qui n’appartient qu’au rêve, et la volupté des sens. I Isabelle Falconnier

Conjuguer vin et géographie représente une belle façon de voyager. Le périple est d’autant plus enivrant qu’il nous emmène aujourd’hui jusqu’en Chine (sixième producteur mondial) et au Japon. Pour sa sixième édition, cet atlas prend note également de l’actuel engouement pour les rouges qui a remplacé la «chardonnay manie» d’il y a sept ans. Il note l’influence des changements climatiques sur le type de vin produit localement et sur l’apparition de nouvelles régions viticoles. On y découvre aussi que les plus grands consommateurs de vin au monde ne sont pas français, mais luxembourgeois, avec 57,3 litres par habitant en 2004. I MD

L’usage de la vanille, de la cannelle, du cumin, de la cardamome, du girofle, des piments ou du safran est aujourd’hui banalisé. On en oublie que l’histoire de ces épices se confond avec celle des hommes, des grandes découvertes aux conquêtes des confins du monde. Jusqu’au XVIIe siècle, la plupart des épices n’arrivent en Europe que par le biais des marchands arabes qui, pour mieux garder les lieux de provenance secrets, firent courir les légendes les plus extravagantes. Les épices sont précieuses: en 1760, un feu détruit un entrepôt de muscade et de girofle à Amsterdam – les soldats veillent et tirent sur tous ceux qui tentent de tirer quelques épices du brasier. Dans Epices, livre-coffret en deux volumes bellement illustrés, Fabienne Gambrelle raconte cette fabuleuse histoire, de la Rome ancienne à nos jours, puis nous plonge par un riche glossaire dans les mystères de leur production et de leur goût. Sans oublier une description des mélanges, curry, masala et autres harissa. I IF