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« J’ai l’impression que la mémoire visuelle se forme pendant l’enfance. »

Sous les toits mansardés d’une maison blottie dans la verdure du Grand-Lancy, Buche a installé son atelier. Dans cet espace chaleureux qu’occupait naguère l’ami Zep, la lumière du matin tombe sur la table où le dessinateur remplit des cahiers de «gribouillis» et sur la table lumineuse où, au pinceau et au feutre, il met au net ses esquisses. L’après-midi, c’est le scanner qui profite du soleil.
Buche dessine des vêtements pour un catalogue. Il ne boude pas son plaisir. Il aime bien les magazines de mode et de sports. Il y glane des idées, il rafraîchit son inspiration. «Quand on dessine de tête, quand on n’observe pas, on répète toujours les mêmes trucs.» Alors, appareil photo à la main, il hante les meetings sportifs pour recenser la forme des oriflammes que dressent les sponsors, le volume des architectures gonflables et encore la bretelle des filles, tous ces détails qui font le sel de Franky Snow.
Avec sa huppe bleue ondulant dans les airs, Franky a un air de famille avec quelques fameux héros à banane, Titeuf et Lucien. Croisement insouciant de Gaston Lagaffe et des Freak Brothers, cet adolescent a pour passion les sports de glisse et de fun. Il glande avec ses copains Ben et Zack, le petit gros et le grand haricot, en pince pour la trop belle Adrénaline et file droit devant sa tantine qui l’envoie promener le chien lorsqu’il rêve d’exploits extrêmes…
Aux gens qui évoquent les difficultés de l’adolescence, le dessinateur genevois oppose les souvenirs lumineux d’une période où tout devient possible. Très sportif, il organisait les jeudis du ski. Il pense toujours que «le sport c’est l’endroit où tout le monde se retrouve en dehors du boulot». A côté de ces activités de groupe, il dessinait déjà et depuis toujours. Il illustrait les programmes des camps de vacances et c’est dans ce contexte que Franky a dropé ses premiers coppings. L’as du freestyle a déjà à son actif huit albums et 52 épisodes de dessin animé. Le neuvième tome l’emmène sous les tropiques faire le moniteur de sport dans un club nautique.
Le graphisme extraordinairement vivant de Buche, son goût des gros nez renvoie sans ambages à l’école franco- belge. Et c’est sans surprise que le dessinateur cite Franquin comme la référence première. Mais sa bibliothèque témoigne d’intérêts universels: les livres de l’association, les œuvres de Will Eisner, Flash Gordon, Le Fantôme, Akira, divers mangas, BD chinoises et coréennes… Face à cette paroi de papier imprimé, Buche médite, sans perdre le sourire. Il remarque que sa fille peine à lire les vieux Spirou et Lucky Luke, que dans Tchô!, le magazine dont il est une des vedettes, son style détonne parmi les œuvres de dessinateurs plus jeunes plus fous qui se sont fait l’oeil au feu des mangas. «Dans la production actuelle, mon style devient assez rare. J’ai l’impression que la mémoire visuelle se constitue pendant l’enfance. Tout ce qu’on réalise reste marqué par nos premières influences.» Il arrive qu’au cours d’une séance de dédicaces, des parents confient à Buche: «Notre enfant ne lit que des mangas – et Franky Snow.» C’est le compliment suprême.