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Privé. Frédéric Recrosio. Déconner, mais pas que.


Christophe Passer

«Je suis un non-sédentaire. Le sédentaire, c’est la certitudeFrédéric Recrosio


Dans sa chambre de l’Hôtel du Parc, à Fribourg: il aime cette ambiance de tournée, passant d’un endroit à l’autre avec son spectacle, et désormais un livre-CD additionne ses refrains et ses textes.

Il a une façon plastique, élastique, de bouger et de parler. Un peu Jim Carrey, avec cette façon de dessin animé dans la rapidité et l’ampleur du geste. Bille de clown et de vague bagnard, les grands yeux de l’enfance et le crâne d’oeuf version bobo à la mode. La taille aussi, une élégance du corps, une envie de séduction tout le temps. Avec Recrosio, on voit vite que l’angoisse n’est pas feinte.

Il a 36 ans désormais. Plus forcément l’âge pour déconner, mais il aime ça. Enfin, c’est compliqué: il aime ça, mais pas que. Il fait de l’humour, il chante aussi, de plus en plus, et il aimerait que ce soit une porte de plus vers le sensible, les peurs, les amours. Quelque chose n’est jamais loin et jamais rassasié dans sa drôlerie: comprendre un peu, donner du sens à vivre. On est venu lui parler de là où il vit, et il cause d’hôtels. C’est un peu cliché d’artiste, il admet le syndrome, mais c’est comme ça. «Je suis un non-sédentaire. Le sédentaire, c’est la certitude. Je me rappelle du jour où j’ai acheté un canapé, ça m’a troublé. Ou la fois où j’avais installé un rideau de perles: ouah, un élément de décor!» Il n’a guère apprécié ce passage par la décoration. Il fait comprendre que canapé et rideau de perles ont disparu. Il évoque la «volupté de n’avoir rien», il lui reste cependant de ses années parisiennes (un spectacle qui marcha très fort en 2009 au Théâtre Trévise, des chroniques sur Canal+ et France Inter) un appartement, mais il n’y est pas souvent, ces temps. «Depuis que j’ai 20 ans, la vie est dehors.»

Il va de ville en ville, comme dans une scie de Johnny, avec Ça n’arrive qu’aux vivants, spectacle de chansons. Elles ne sont pas toutes marrantes et il s’y déshabille souvent l’âme. Il y parle de sa mère ou de tendresses dévastées. Bien sûr, pour que ça ne soit pas lourd, il passe aussi par l’humour, mais pas que. Il a du culot, de l’émotion. Il croit à l’honnêteté, pas à l’apitoiement. Il sait la tragédie dans la comédie. Il a du talent, aussi, parce que ça tient la route, et que changer de piste est dur: il sait bien qu’on prend le risque d’être jugé plus durement encore.

On essaie de revenir aux piaules, il évoque le Chelsea Hotel à New York, qui vient d’être fermé, ou l’Hôtel de Fully, celui du Pillon aussi, ou le parisien Lutetia, ou encore un endroit de rêve à Sils Maria: il aime la patine, les vieux endroits, les histoires qui suintent en dégoulinant des murs. Mais aussi les simples chambres de tournées, comme à l’Hôtel du Parc, à Fribourg, les ambiances d’une nuit, avant de repartir ailleurs. Il s’attache à deux ou trois choses, une trousse de toilette, un vieux porte-monnaie.

Il a mis ses chansons, textes et CD, dans un livre très joli, mise en page manière carnet intime,
On bouge encore (Favre), où s’additionnent aux refrains des considérations diverses, collages, photos, bricolages et notes drôlatiques. La chanson, finalement, a toujours compté beaucoup. Si on le pousse, il évoque des grands comme Jonasz, Ferré, Reggiani, mais aussi Zaza Fournier, un goût pour le cirque, la Mano Negra, Vian, Cohen et Tom Waits. Il ne fait pas le malin avec ça, mais le tableau général fait sens: les musiques de ses chansons ont des couleurs de bastringue jazzy, mené par quelques pointures comme Alain Roche aux piano et claviers, Régis Ceccarelli aux tambours. Recrosio, quand on prête attention à son grain de voix, tenue moins par le coffre que par un juste sens de la mise en place des mots, il chante plus qu’il ne déconne. Parfois, il aimerait qu’on le prenne au sérieux, mais pas que.

le livre-cd
9782828912390.gif
Frédéric Recrosio
Prix: CHF 35.00

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN. Michel Serres
VOGUE. Muses
PRIVÉ. Frédéric Recrosio
ARTS
HISTOIRE & VOYAGE
SUISSE
GASTRONOMIE & VINS
NATURE & LOISIRS
B.D.
JEUNESSE
CRITIQUES I. Tatouages
CRITIQUES II.
- Glamour, - Jack London, - L’art de la photo
CRITIQUES III.
- Coluche & Cabu, - Enki Bilal, - Pierre Fournier
CRITIQUES IV.
- Femmes, attention danger, - Dandysme, - À table