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Vogue. Muses - Au nom de l’art et du désir.


Mireille Descombes

Rien de plus passionnant que de s’immiscer dans les coulisses de la création,
d’interroger les inspiratrices et les modèles, de chercher à percer le mystère des ateliers. Trois ouvrages nous y invitent.


L’actrice française Yvonne Printemps, dans «Désiré» en 1927. Elle fut l’épouse de Sacha Guitry durant douze ans ainsi qu’une star de l’opérette.

Elles avaient pour nom Jeanne Duval, Lili Brik, Marlène Dietrich, Nancy Cunard, Gala ou Giulietta Masina. Elles étaient belles, fascinantes, intelligentes, excentriques ou névrosées, peu ordinaires en tout cas. Elles ont inspiré et parfois longuement accompagné un artiste, voire plusieurs. Mais qui furent donc ces muses sans lesquelles, peut-être, tout aurait été différent? Farid Abdelouahab nous raconte leur histoire et nous révèle comment «elles ont conquis les cœurs». Ces vingt-sept portraits de femmes, «choisies en toute objectivité», sont aussi prétextes à revisiter l’histoire des arts (littérature, beaux-arts, cinéma, musique) du XIXe siècle aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

Parmi tous ces destins singuliers, celui de Dina Vierny, collectionneuse et galeriste, retient particulièrement l’attention. Née en 1919 en Bessarabie, arrivée à Paris en 1926 pour fuir l’URSS stalinienne, cette jeune femme indépendante et libre avait la particularité, à 15 ans, de ressembler «à un Renoir et à un Maillol». Piqué par la curiosité, le sculpteur, à qui l’on avait rapporté le propos souhaita la rencontrer. Il avait 73 ans, il fut séduit, elle devint son modèle et, plus tard, son héritière.

«Elle est belle et elle parle comme Gide!» disait-il à son propos. Aristide Maillol lui construisit d’ailleurs un pupitre pour lui permettre de lire, d’étudier pendant les séances de pose et d’ainsi poursuivre son cursus de physique et chimie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il l’aidera à se disculper quand, l’ayant rejoint à Banyuls, elle se fera arrêter par la police alors qu’elle aide des antifascistes et des Juifs à passer en Espagne. Pour la protéger, il l’envoie ensuite chez Matisse et Bonnard. Mais pas trop longtemps. «Une muse se prête, mais ne se donne pas!» note l’auteur.

Les couleurs du désir de Nathalie Kaufmann sonde, lui aussi, les «liens étranges qui unissent le créateur à son modèle». Sous-titré Ces femmes sans qui les chefs-d’œuvre n’existeraient pas, il se limite en revanche au monde de la peinture. Des artistes en commun? Le préraphaélite Dante Gabriel Rossetti et ses multiples Béatrice. Mais c’est le seul. Le voyage commence d’ailleurs à la Renaissance et se termine avec Pascin. On y croise une unique femme artiste, Suzanne Valadon, inspirée, elle bien sûr, par les hommes.

Muses met l’accent sur la biographie. Les couleurs du désir insiste davantage sur les œuvres elles-mêmes. En lien naturellement avec celles qui les ont inspirées. Certaines toiles couronnent un amour fou. Par exemple quand le frère Filippo Lippi, à déjà 50 ans, s’éprend de la jeune nonne Lucrezia Buti, l’enlève pour vivre avec elle et la représente à de nombreuses reprises dans ses tableaux, notamment dans sa Vierge à l’enfant. Chez Botticelli, La bella Simonetta, la femme admirée qui incarne Flore dans son Printemps, appartient à un autre. Non seulement elle est mariée, mais elle est la maîtresse du puissant et élégant Julien de Médicis. Elle et lui mourront prématurément, mais, quelques années plus tard, Botticelli ressuscitera les amants tragiques sous les traits de Vénus et Mars.

Pas de grande passion, en revanche, entre Dürer et sa femme Agnès Frey. Alors qu’il est à l’étranger et que son père lui annonce ce mariage arrangé, c’est toutefois pour elle, pour se faire connaître de sa future épouse, qu’il se représente tenant un chardon. Un magnifique tableau qui constitue aussi le premier autoportrait de l’histoire de la peinture.

Les lieux de création ont aussi leur mystère. Jan Blanc et Florence Jaillet nous invitent donc
Dans l’atelier des artistes. De Léonard de Vinci à Jeff Koons, ils sont ici une vingtaine à nous ouvrir les portes de leur antre. Et, chez chacun, l’atelier prend une fonction un peu différente. Mondrian le voyait comme une extension de son œuvre néoplasticienne. Bacon en avait fait son «tas de compost», une accumulation de palettes de fortune, de pinceaux séchés, de pages de magazines arrachées et de divers matériaux. Quant à Daniel Buren, en 1971, il insistait sur le fait que, «en tant que lieu privé, l’atelier est un lieu d’expérience dont seul l’artiste-résident pourra juger, puisque, aussi bien, ne sortira de son atelier que ce qu’il voudra bien en laisser sortir.»

les ouvrages
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Farid Abdelouahab
Prix: CHF 66.20

9782810004485.gif
Nathalie Kaufmann
Prix: CHF 62.50

9782842788544.gif
Jan Blanc, Florence Jaillet
Prix: CHF 64.60

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN. Michel Serres
VOGUE. Muses
PRIVÉ. Frédéric Recrosio
ARTS
HISTOIRE & VOYAGE
SUISSE
GASTRONOMIE & VINS
NATURE & LOISIRS
B.D.
JEUNESSE
CRITIQUES I.
Tatouages
CRITIQUES II.
- Glamour, - Jack London, - L’art de la photo
CRITIQUES III.
- Coluche & Cabu, - Enki Bilal, - Pierre Fournier
CRITIQUES IV.
- Femmes, attention danger, - Dandysme, - À table