Lorraine Fouchet © L'Hebdo.
Au fond d’une petite cour, une maison de pierre du XVIIe siècle recouverte de lierre et de roses. Comme dans les contes. Dans la maison, des objets par milliers, comme autant de cailloux blancs semés par un Petit Poucet invisible. Sur les tables ou le piano, de l’entrée jusqu’aux combles, des chapeaux de bois, des tableaux, des photos, des ancres, des statuettes, un orgue de Barbarie, un cheval en bois sauvé d’un vieux manège, un bouddha en pierre. C’est que tous, ils racontent une histoire – la vieille valise que son oncle gardait sous le lit, la bouteille de vin avec l’étiquette fabriquée par une classe ayant lu
Le phare de Zanzibar, la cloche toute rouillée avec laquelle sa grand-mère du Midi appelait les petits-enfants pour le goûter…
Alors Lorraine ne jette rien, Lorraine garde tout. Parce que les histoires, c’est toute sa vie. «Je suis une raconteuse d’histoire.» Et la pétillante romancière le fait mieux que personne. Précipitez-vous sur ses livres, ils ne vous laisseront aucun répit cet été.
En commençant par le dernier,
Nous n’avons pas changé, l’histoire prenante de ces quatre amies qui se retrouvent vingt ans après leur bac, un jour où tous les secrets de jeunesse doivent enfin sortir au grand jour. L’histoire est née dans sa tête lorsque, lors d’une réunion pour les 30 ans du bac, elle ne reconnaît pas une femme qui se dit pourtant ancienne très bonne camarade. «Je me suis dit, et si ce n’était pas elle? Elle peut me dire ce qu’elle veut…».
Son histoire à elle n’est pas banale: fille unique de Christian Fouchet, ministre de Charles de Gaulle, elle apprend sa mort par radio, l’été 1974, quelques jours après son bac. Avant de mourir à l’hôpital de Genève, il lui glisse qu’elle devrait devenir médecin. Ce qu’elle fait durant vingt ans, toujours dans les médecines d’urgence, du SAMU à SOS Médecins. A quarante ans, après avoir publié quatre romans en tant que médecin-qui-écrit, elle décide d’être écrivain- qui-a-été-médecin. «J’avais réanimé mon père, accompli son rêve pour moi. Je pouvais réaliser le mien.» Depuis, elle publie chaque mois de mars un roman populaire original et superbement mené, souvent primé, qui parle de coïncidences troublantes de la vie, de sentiments plus forts que la mort, de destinées inévitables. «J’écris pour détendre les gens, les tirer en avant. La vie n’est pas facile. Quand j’étais médecin, je n’avais aucun pouvoir et souvent, ça ne finissait pas bien. Maintenant j’ai du pouvoir, alors j’en profite, et mes héros de papier trouvent ce qu’ils cherchent.»
Son amoureux habite Rome, elle, dans son ancienne grange avec sa cousine et son chien Uriel – «C’est le nom d’un archange celtique…». L’an dernier, elle a perdu 25 kilos. «Un jour, je me suis vue à la télévision et je me suis demandée qui était la grosse dame blonde…». Et comme dans un roman de Lorraine Fouchet, l’héroïne trouve son chemin,
travaille pour réaliser son rêve et devient ce qu’elle est. Du bon boulot, passionnément.