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PRIVÉ. Gabriel Jardin. Paul Morand, mon parrain


Michel Audétat
12 juin 2006

Filleul de Paul Morand, il habite une villa de Corseaux, non loin du château de l'Aile où vécut l'écrivain. Il publie aujourd'hui son premier livre : un portrait ciselé de son parrain en "évadé permanent".

© Cédric Widmer
© Cédric Widmer
Sur les rayonnages s’alignent les œuvres de Molière, Taine, Proust, Malraux, et les livres de Charles Maurras qui voisinent paisiblement avec ceux du général de Gaulle. «Mon grand bonheur, confie Gabriel Jardin, c’est d’avoir pu récupérer la bibliothèque de mon père.» Vif et svelte à l’approche de la soixantaine, l’homme qui nous accueille dans sa villa de Corseaux est précédé par la réputation de sa famille. Commençons donc par le situer.

Né à Pully en 1947, Gabriel Jardin est le fils de Jean Jardin qui fut chef de cabinet de Pierre Laval, à Vichy, puis chargé d’affaires de l’ambassade de France, à Berne, où il noua des relations avec la Résistance gaulliste. Il est aussi le frère de Pascal Jardin, scénariste (La veuve Couderc, Le vieux fusil…) et écrivain de talent (La guerre à neuf ans, Le nain jaune…). Et il est donc l’oncle d’Alexandre Jardin qui sème une zizanie familiale avec son dernier livre: «C’est un garçon plein de dons que j’aime bien. Le problème, c’est qu’il donne des noms de personnes réelles aux personnages qu’il imagine. Ce qu’il dit de notre famille dans Le roman des Jardin a été inventé à 90%.»

Mais c’est surtout la haute figure de son parrain que l’on évoque dans ce salon lumineux, dont les fenêtres donnent sur le Léman. Car Gabriel Jardin a aussi été le filleul de l’écrivain Paul Morand, qui vécut longtemps non loin de là, à Vevey, entre les murs du château de l’Aile. En 1971, l’auteur de Venises lui avait ainsi dédicacé son livre: «A mon filleul Gabriel Jardin, je lui laisse Venise; qu’il la protège; et aussi mon souvenir, qu’il veille sur lui.» C’est ce qu’il fait en publiant aujourd’hui un portrait ciselé de cet écrivain aussi fuyant qu’un courant d’air. Un premier livre remarquable: les Jardin semblent décidément avoir l’écriture dans le sang.

Gabriel Jardin sourit en se rappelant les conseils que lui donnait Paul Morand: «Si tu veux écrire, me disait-il, ne fais surtout jamais de journalisme! » Raté. Une fois terminées ses études de droit, à Paris, Gabriel Jardin s’est empressé de travailler pour une revue d’architecture, puis pour le magazine d’art L’OEil. Depuis une dizaine d’années, il dirige avec sa femme une petite entreprise spécialisée en généalogie successorale, la Sogeni. Un métier mal connu en Suisse, explique-t-il: «Nous sommes mandatés par des responsables de successions pour retrouver des héritiers disparus. Cela suppose un travail d’investigation à la fois passionnant et complexe.»

Autre héritage, littéraire celui-ci, l’édition des oeuvres de Paul Morand dont il s’occupe aussi. Gabriel Jardin admire l’écrivain sans aveuglement, conscient de tout ce qu’il y eut de détestable chez l’auteur du du Journal intime, mais avec une tendresse de filleul qui n'oublie pas les promenades à cheval en sa compagnie, dans la vallée du Rhône, ou cet émouvant voyage de 1975 à travers les châteaux de la Loire. «Ce que je retiens de lui? Sans doute sa manière de prêter au monde une attention extrême, mais sans jamais s’appesantir. Paradoxalement, cet “homme pressé” m’a appris la faculté de contempler.»
LE DERNIER JARDIN
9782246700913.gif
Gabriel Jardin
Prix: CHF 26.70