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Assoupies dans leurs pavillons somnolents, sous l’aile de centres commerciaux bienveillants, les banlieues attendent patiemment les cauchemars qui les éveilleront à un monde de passion…» Si les premières lignes de Que notre règne arrive semblent décrire une banlieue défavorisée, la réalité est tout autre. En plongeant dans le quotidien des classes moyennes, J.G. Ballard dévoile les mécanismes d’une révolution à venir, posant violence et consumérisme comme seuls remparts à l’ennui. Coincée entre l’autoroute M25 et l’aéroport, Brooksland semble une cité paisible. Pourtant, un tireur fou a semé la mort dans le Métro-Centre, supermarché gigantesque qui sert de coeur à cet univers. Parmi les victimes, le père de Richard Pearson, narrateur du roman. Décidé à comprendre les circonstances de la tuerie, ce dernier débarque dans la tranquille banlieue. Mais très vite son enquête laisse place à une autre investigation, au sein de la communauté qui peuple Brooklands. Entre manifestations sportives et ratonnades nocturnes, ses habitants sont au bord de l’insurrection. Le Métro-Centre et sa chaîne de télévision semblent les instigateurs de cette effusion de violence. Fasciné, Pearson abandonne son rôle de simple observateur, pour devenir le Goering de cette révolution de consommation. Sous sa plume, le Métro-Centre se transforme en un guide aux discours alarmistes, montant les habitants de Brooklands contre le reste de l’Angleterre. Avec Que notre règne arrive J. G. Ballard poursuit son analyse chirurgicale des révoltes de la classe moyenne. Poussant à l’aliénation et à la violence, le consumérisme y incarne une valeur refuge face à une démocratie vidée de son sens, «devenue un simple service public, comme le gaz et l’électricité». À la manière d’un Orwell, Ballard décrypte les dérives fascisantes qui nous guettent, dans un style qui oscille entre politique-fiction et roman à thèse. l