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Après l’engouement pour le polar nordique, la mode du thriller russe? Il faut bien admettre en tout cas que le pays de Vladimir Poutine abrite aujourd’hui quelques remarquables faiseurs d’énigmes. Sous la protection tutélaire du Dostoïevski de Crime et châtiment, ces auteurs à la trajectoire souvent singulière décortiquent sans complaisance mais avec une rare empathie les tares et les richesses de la société russe d’hier et d’aujourd’hui. Points communs: un souffle narratif peu commun, un art du suspense qui vous laisse pantois, des criminels cruels et sans scrupules et l’usage quasi systématique du pseudonyme chez les écrivains. Attention donc, un nom féminin peut très bien cacher un homme, voire plusieurs personnes. C’est le cas de Natalia Alexandrova qui – révèle la quatrième de couverture d’Emmuré vivant – est de fait un couple possédant à son actif une soixantaine de romans dont de nombreux best-sellers. Un succès apparemment mérité: leur premier livre traduit en français se révèle absolument palpitant. Non sans humour, Emmuré vivant nous balade dans un Saint-Pétersbourg tiraillé entre difficultés économiques et dérives mafieuses, une ville où l’on s’entasse toujours dans des appartements minuscules et où les hôpitaux fonctionnent au bakchich. Entraînée malgré elle dans une très sale affaire, Natacha y mène l’enquête. Se redonnant du courage à coups de proverbes, elle découvre qu’il faut parfois se méfier de ses proches, que son fiancé Roman l’a trahie et qu’un grand brûlé peut en cacher un autre. Mais qu’on se rassure: tout finit bien. Phénomène éditorial Avec l’écrivaine Alexandra Marinina, la surprise vient de son passé et de sa curieuse trajectoire. De son vrai nom Marina Anatolieva Alexeïeva, née en 1957 à Lvov, elle a d’abord fait carrière dans la police moscovite – où elle a atteint le grade de lieutenant-colonel – avant de démissionner en 1996 pour se consacrer à l’écriture. Elle s’est alors rapidement imposée comme un véritable phénomène éditorial avec une trentaine de titres parus, dont une dizaine accessibles aujourd’hui en français. Dans la plupart de ses livres, l’enquêteuse est une femme. Une sorte d’alter ego de l’auteur qui travaille à la Criminelle de Moscou, fume beaucoup trop, déteste les activités ménagères et l’exercice physique. Avec Pélagie et le coq rouge, le crime et ses sinistres adeptes se retrouvent encore une fois démasqués par la sagacité d’une femme. Avec une particularité toutefois: ce polar historique se déroule au XIXe siècle. Héroïne de deux précédents ouvrages de Boris Akounine (alias le critique littéraire Grigori Tchkhartichvili, spécialiste du Japon, né en Géorgie en 1956), Pélagie, l’intrépide nonne orthodoxe, rousse et myope, nous emmène cette fois-ci dans un rocambolesque périple qui, parti de Russie, s’achève en Terre Sainte. Truffée de clins d’oeil et de références savantes, complexe et parfois un peu longuette, l’histoire confronte des adeptes des trois religions du Livre et quelques sectes autour de l’énigmatique prophète Emmanuel. Les adeptes du Da Vinci Code adoreront.l
C’est elle qui mène l’enquête dans L’illusion du péché, un récit qui se caractérise par d’innombrables rebondissements intégrant aussi bien la guerre en Tchétchénie que les manipulations génétiques et leurs dérives. Le point de départ est pourtant simple, presque classique. Une femme qui possède une riche collection d’oeuvres d’art et de bijoux est assassinée. Rien pourtant n’a été volé. La police piétine avant de découvrir que la morte connaissait de gênants secrets d’alcôve. L’histoire alors s’emballe et dérape, prenant par moment une tournure quasi épique. Même quand il frise le délire, l’univers d’Alexandra Marinina conserve toutefois les pieds sur terre. Plus que le crime lui-même, ce sont en effet d’abord les gens, leurs vies, leurs rêves, leurs forces et leurs faiblesses qui passionnent et inspirent l’auteur.