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Vogue. Le parfum enivrant de l’enfance.

Les écrivains reviennent toujours au paradis vert.



De Richard McCann à Norah Lange, les souvenirs acidulés de nos jeunes années s’étalent avec une douce impudeur dans les pages de l’été.


L'enfance, «vert paradis» de Baudelaire, possède un goût de reviens-y auquel les écrivains d'aujourd'hui sont particulièrement sensibles.

«L’enfance nous est donnée comme un chaos brûlant, et nous n’avons pas trop de tout le reste de notre vie pour tenter de le mettre en ordre et de nous l’expliquer », écrivait Michel Tournier dans Le vent Paraclet. Les écrivains ont toujours aimé mettre de l’ordre dans ce chaos de l’enfance, matière romanesque et inspirante à souhait. Heureusement, tous les souvenirs d’enfance n0ont pas le goût lénifiant des Mistral gagnant, des Carambar d’antan ou des diabolo menthe.
La preuve par cinq livres où l’enfance est plus acidulée que sucrée, tourmentée que tendre. Les éditions de poche Points, qui ont même créé une collection, « Parfums d’enfance », pour rassembler tous leurs récits d’enfance, publient avec La maîtresse en maillot de bain quatre récits courts signés Yasmina Khadra, Dominique Sylvain, Marc Villard et Paul Fournel. Petits bijoux de concision et d’émotion contenue, ils naviguent d’un pensionnat militaire pour orphelins algériens près de Blida, au meurtre d’une jolie maîtresse et de certaines de ses élèves qui jouent aux espionnes internationales avant de tomber sur leur propre oncle en amoureux blessé…
Dans la même collection paraît un des plus beaux textes récents sur l’enfance.
Ecrit par l’Américain Richard McCann, paru en français en 2006. La mère des chagrins se met dans la peau du plus jeune des deux fils de Maria Dolores pour raconter une enfance près de Washington après la Seconde Guerre mondiale. La mère est élégante, fragile, préférant le monde des livres à celui des voisines. Elle lui dit qu’il est son meilleur ami. Que lui seul la comprend. Elle raconte qu’elle était tout le portrait de Merle Oberon, jadis. Le bon fils écoute, lui prend la main. Se déguise en elle, parfois − «l’école de la beauté et de la honte». Plus tard le père sera mort, le frère aussi, d’overdose, mais Maria Dolores continuera à feuilleter les albums de photos, incapable de vivre dans le présent. McCann, poète par ailleurs, a mis dix-sept ans à écrire ce livre superbe, récompensé de plusieurs prix à sa sortie en 2005.
Autour de la relation d’amour difficile et passionnelle à sa mère gravitent la relation au père, au frère, aux amants. Tombeau bouleversant pour le personnage fantasque de Maria Dolores, récit d’un survivant, La mère des chagrins condense les mystères de la vie en peu de mots, en phrases courtes, faisant éclater au grand jour l’ambiguïté fondamentale des amours d’enfance.

Menace invisible. Même talent pour Adèle, la narratrice Des louves de Fabienne Jacob − une histoire d’étés brûlants dans une petite ville de l’est de la France, de gamines qui passent les heures à regarder et à deviner les corps passer devant elles, à se demander comment le leur va grandir, leur échapper. Atmosphère étrange, faussement légère, avec en arrière-fond comme une menace invisible qui plane. La même que dans Cahiers d’enfance de l’écrivaine argentine Norah Lange, écrit en 1937 lorsque la rousse poétesse a 32 ans, un classique de la littérature sud-américaine enfin traduit en français. On est au début du XXe siècle, il y a une grande maison, des chevaux, cinq sœurs, un petit frère et un piano. Le père est un ingénieur norvégien, la mère cousine par alliance de Borges. Cahiers d’enfance égrène les expériences de Norah sur six ans, jusqu’à la mort du père, et l’exil qui suivit. Tout l’intérêt du livre vient du regard sauvage, insolite, profondément original de l’enfant tel que reconstitué par l’écrivain, qui redécouvre une enfance plus âpre que prévue, plus heurtée, dont l’insouciance n’est qu’un leurre.
Même démonstration dans les paroles intimes et fouillées des onze femmes qui racontent à la journaliste Olivia Benhamou Le premier homme de ma vie. L’écrivain Camille Laurens mentait à l’école «pour donner une image lisse» de sa vie de famille particulière − sa mère avait un amant, dont la femme était la maîtresse de son père. Héloïse d’Ormesson, fille de Jean devenue éditrice, raconte que son père ne voulait pas particulièrement d’enfants mais, «contre toute attente », a été séduit par la petite fille qu’elle était. Malka Braun éclatait en sanglots en voyant arriver chaque gâteau d’anniversaire de son père en pleurant «Papa, je ne veux pas que tu vieillisses, je ne veux pas que tu meures». Histoires de rivalités entre sœurs et frères, de jalousie, de secrets, de hontes, de désirs inavoués, de regrets éternels, dites d’une voix argentine et parfois des cris plaintifs, elles font s’envoler le cœur au vert paradis des amours enfantines.
| ISABELLE FALCONNIER

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PRIVÉ. Albertine
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LES...
9782757806784.gif
Yasmina Khadra, Dominique Sylvain, Marc Villard, Paul Fournel
Prix: CHF 8.70

9782757808214.gif
Richard McCann
Prix: CHF 10.30

9782757805459.gif
Fabienne Jacob
Prix: CHF 8.00

...LIVRES
9782267019711.gif
Norah Lange
Prix: CHF 31.00

9782221107942.gif
Olivia Benhamou
Prix: CHF 33.70

9782070371389.gif
Michel Tournier
Prix: CHF 13.00