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La petite ville de Bellano, sur les rives du lac de Côme, compte presque autant de personnages imaginaires que d’habitants, les premiers risquant d’ailleurs de dépasser bientôt les seconds. Car il est prolifique, Andrea Vitali. Son travail de médecin ne l’empêche pas d’écrire roman sur roman. Et tous se déroulent dans sa bourgade natale (il y est né en 1956) qu’il a quittée le temps de ses études à Milan, avant d’y revenir ventre à terre. Au fond, tous ses livres composent une seule et longue lettre d’amour adressée à un Bellano disparu qu’il repeint dans ses teintes fanées d’avant-guerre.
En Italie, Andrea Vitali est un phénomène. Une sorte d’Andrea Camilleri septentrional, dont il partage la faconde, l’ironie, la drôlerie, l’énergie littéraire et même le succès: à travers la Péninsule, il s’est vendu plus de 200 000 exemplaires du roman qui paraît aujourd’hui en traduction française, Avec les olives! Andrea Vitali n’a honte ni de ses nostalgies ni d’être ce qu’on appelle de façon souvent un brin condescendante «un écrivain populaire».
Populaire, Andrea Vitali l’est sans esbroufe, sans avoir à flatter les modes, mais en donnant libre cours à une imagination frénétique. Sous sa plume, les histoires se bousculent, s’entrechoquent, s’entremêlent, tournent comme un manège en emportant le lecteur qui se laisse faire. Le piège se referme dès les premières lignes. Impossible de laisser tomber le livre avant la dernière.
Le «tivano» et la «breva». L’an dernier, le lecteur francophone avait découvert le petit monde d’Andrea Vitali avec La folie du lac (inspiré par un authentique projet de l’ère fasciste: relier Bellano à Côme et à Lugano par une ligne d’hydravion) et ce nouveau roman lui fait retrouver Bellano avec des habitudes de vieux familier. La Via Manzoni, les bistrots, la filature de coton, les quais où se dresse la statue d’un écrivain oublié, le lac de Côme sur lequel soufflent le «tivano» ou la «breva »… C’est un cadre aimable et accueillant où le lecteur a vite fait de se sentir chez lui.
On ne s’épuisera pas à vouloir résumer Avec les olives! Le roman débute sur la mort suspecte d’une veuve, bifurque avec l’histoire du vieil Anselme qui a perdu son œil de chasseur légendaire, puis rebondit ailleurs avec le capitaine des carabiniers Maccadò qui voudrait régler son compte à une bande de quatre vitelloni lacustres tentant de tromper leur ennui. Quiproquos et équivoques abondent comme dans une pièce de Feydeau. Le romancier maîtrise l’art de tisser des intrigues multiples: les chapitres sont vifs, brefs, condensés, et se terminent le plus souvent avec une brusquerie de porte qui claque.
Chats et pigeons. Andrea Vitali peuple ainsi son Bellano de papier en imaginant mille personnages savoureux. Le droguiste Severnio Navacchi. La péripatéticienne Luigina Piovata. Le secrétaire local du Parti national fasciste, Iginio Negri. Ou le podestat Ermete Bonnacorsi, dont la vie serait plus simple si sa foldingue de femme, Dilenia, n’était pas persuadée que sa soeur est revenue de l’au-delà pour se glisser dans la peau de la cartomancienne Eufrasia. Dans cette «comédie humaine» de poche et au pied des Alpes, même les chats et les pigeons font plus que de la figuration.
Tout cela se déroule aux alentours de 1936, alors que l’Italie mussolinienne se proclame empire et file en administrer la preuve sanglante aux populations abyssiniennes. Des échos de cette guerre parviennent à Bellano où le fascisme conserve malgré tout des airs d’opérette. Il apparaît risible, grotesque dans ses pompes et ses mises en scène, le ridicule étant en effet sa caractéristique première. Reste à éclairer le titre. Que viennent faire ces olives dans le petit monde bellanais? La réponse arrive aux deux tiers du roman, quand la frêle et diaphane Filzina doit épouser Risto qui cache un monstrueux engin dans son pantalon. Le frère de la promise s’inquiète: que se passera-t-il durant la nuit de noces, au moment où la jeune fille découvrira cette bête démesurée dont le poids serait estimé à un kilo deux cents? On essaie alors de le rassurer: «Oui, d’accord, dit Valenza, mais avec… avec les olives!»

Vous avez aimé Pourquoi n’es-tu pas venue avant la guerre? Le deuxième livre de l’Israélienne Lizzie Doron vous séduira donc assurément. Avec la même pudeur et une grâce poétique qui se glisse jusque dans l’évocation de la douleur, l’auteur – elle-même fille de rescapés de la Shoah – donne corps, âme et blessures au personnage de Leyele, manucure dans un salon de coiffure de Tel-Aviv où un ami proche l’a recueillie après la mort de son mari. Cette femme arrivée en Israël sans famille ni passé, et avec pour seul bagage un prénom, observe et commente les faits et gestes de ses clients et proches. Un regard empli d’une tendresse contagieuse et profondément émouvante.

La minute de silence, c’est celle que font tout au début du livre les élèves et le personnel d’un lycée à la mort de Stella, l’un de leurs professeurs. Parmi les élèves, Christian. Il aimait Stella d’un amour fou, passionné comme seules le sont les premières amours. Le temps d’un bref et intense livre, il se remémore l’été passé avec elle sur les bords de la mer Baltique, leurs rêves naïfs, leurs baisers. Paru en allemand en 2008, émouvant et impressionniste, Une minute de silence est le livre le plus récent de l’un des derniers géants de la littérature allemande de l’après-guerre, avec Günter Grass, Siegfried Lenz, 83 ans. Dont les Editions Laffont rééditent en poche un des romans les plus marquants: La leçon d’allemand, qui évoque la manière par laquelle le nazisme pénétra les esprits allemands avant la guerre, dans un face-à-face trouble entre un officier de police, contraint en 1943 de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antisémites, et l’un de ses amis d’enfance, le peintre Max Nansen .