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VOGUE. Voyage. À la recherche de l’âme perdue.


Isabelle Falconnier

De William Dalrymple à Reif Larsen, Oya Baydar ou Jean-Marie Laclavetine, ils sont partis sur les routes d’Inde, d’Amérique ou de Croatie pour trouver un chemin plus qu’une destination. Des livres toniques et inspirants.


Un sadhu, saint homme hindouiste, assis sur un bateau sur le Gange près de Varanasi en Inde.

« On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.» Le Poisson-scorpion, 1982. Les quatre récits de voyage que voici peuvent sans ambages se placer dans le sillage du maître Nicolas Bouvier. William Dalrymple, Reif Larsen, Oya Baydar ou Jean- Marie Laclavetine: ces quatre auteurs, qui d’arpenteurs des chemins terreux se retrouvent à donner un sens à leur vie et celle de leurs personnages, publient chacun un récit qui emmène ses héros et le lecteur plus loin qu’ils ne pensaient aller.

L’Anglais
William Dalrymple, historien écossais descendant d’une lignée de pasteurs et auteur de La Cité des Djinns ou Le Moghol blanc, habitant plusieurs mois par an à New Delhi, plonge dans l’Inde des traditions spirituelles et fait la route avec neuf hommes et femmes d’aujourd’hui qui ont décidé de quitter leur vie moderne, parfois familiale, pour se consacrer à l’ascèse, au renoncement, au pèlerinage ou à la danse pour les dieux. Conçu comme un recueil de nouvelles, Neuf vies raconte neuf histoires incroyables. Celle d’Ajay, un ancien directeur des ventes dans une firme de Bombay, qui un jour a donné tous ses biens aux pauvres, jeté son costume à la poubelle, s’est enduit le corps de cendre puis a pris le chemin d’un monastère; celle de Hari Das, gardien de prison, un intouchable du Kerala, vénéré comme un dieu trois mois par an quand il danse; celle de Prasannamati Mataji, une nonne djaïn qui décide de jeûner à mort, comme sa meilleure amie, au désespoir de sa famille aisée; celle encore de Manisha Mha Bhairavi qui quitte sa famille de Calcutta pour devenir prêtresse tantrique et boire du sang dans un temple rempli de crânes humains, ou de Mohan Bhopa, berger illettré et chaman du Rajasthan, qui est le seul à savoir encore réciter un grand poème médiéval de 4000 lignes, l’Epopée de Pabuji.
Chacune de ces vies offre une clé pour comprendre l’impact, sur certaines vocations mystiques, de la métamorphose de l’Inde moderne. Chacune de ces vies est un voyage intérieur déroutant et saisissant, l’incarnation de l’éternel dilemme du voyageur entre quête du confort matériel et besoin de spiritualité, action et contemplation, errance et sédentarité, foi individuelle et religion conventionnelle, devoir et désir. «L’eau coule toujours plus loin, un peu plus vite qu’auparavant, et pourtant le fleuve demeure», écrit un William Dalrymple très inspiré.

«Hobo» en herbe. Très loin de l’Inde, c’est en Amérique, du Montana vers Washington, tout à l’est, que le jeune Reif Larsen, 29 ans, a situé l’incroyable odyssée de son encore plus jeune héros, T. S. Spivet, 12 ans. Passionné de dessin et de cartographie, il gagne un concours organisé par le prestigieux musée Smithsonian qui, le prenant pour un adulte, l’invite à faire une conférence. T. S. quitte sa soeur, sa mère, sa chambre pleine de sextants et de boussoles et se fait «hobo» en sautant dans un train de marchandises. L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, placé sous le signe de Herman Melville et Moby Dick – «Elle ne figure sur aucune carte, comme tous les lieux réels» – est un objet extraordinaire, un livre-monde que l’on peut empoigner par tous les bouts, récit, dessins, notes, carnets. Coffre aux trésors faussement naïf, ce premier roman mêle habilement humour, sagesse, aventure et érudition décalée. Chemin initiatique de la campagne de l’enfance vers la grande ville des adultes, cette fantaisie nostalgique et touffue contient son lot de secrets de famille et oblige T. S. à passer brusquement de l’amas de connaissances livresques et encyclopédiques qu’il chérit à la découverte du vaste monde aussi rude que réel.

En Turquie, la romancière
Oya Baydar, née à Istanbul en 1940, emmène loin l’un de l’autre le couple de Parole perdue, Omer l’écrivain en panne d’inspiration et sa femme Alif: elle dans un congrès de scientifiques au Danemark, lui dans un vieux bus pour l’Anatolie, où dix-huit ans plus tôt, il exerçait son âme militante. Entre eux, leur fils, exilé volontaire dans une île lointaine de Norvège, fuyant ce qu’ils n’osent nommer. Se plongeant dans la réalité kurde violente et trouble, Omer cherche à retrouver le mot qu’il a perdu, resté suspendu au bout de ses lèvres depuis qu’il a perdu la foi. Mais la foi en quoi? Cela aussi, il le cherche. Flamboyant d’une tristesse insurmontable, incantation sur l’oppression et la violence, Parole perdue semble écrit pour ceux qui perdent leur chemin, pour les rêves qu’on ne réalise pas, pour notre présent en proie aux flammes ou le passé dont nous piétinons les cendres.

Même continent, autre peuple:
Jean-Marie Laclavetine est lui à la recherche de l’âme du peuple croate dans La martre et le léopard, des Carnets d’un voyage en Croatie à la facture empathique et classique. En quelques semaines de septembre 2009, il tente de voir au-delà les archipels de rêve, les crépuscules enchanteurs sur Dubrovnik ou les plages blanches. Se laissant surprendre, il reçoit en cadeau des paroles et des regards étonnants, «sarcastiques et mélancoliques», hantés par l’histoire ou perdus dans les banlieues. On ne voyage que pour se trouver, jamais pour arriver quelque part, racontent ces quatre ouvrages dans lesquels lointain équivaut à sagesse. Mais le plus loin, c’est le fond du cœur.    I

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN.
Tracy Chevalier
VOGUE. Voyage.
PRIVÉ. Catherine Fuchs
ROMANS SUISSES ET ÉTRANGERS
POCHE
POLARS
ESSAIS
JEUNESSE
CRITIQUES I.
Douglas Coupland
CRITIQUES II.
Georges Simenon, Qiu Xialong, Ricardo Piglia
CRITIQUES III.
Ramon Chao, Alberto Barrera Tyszka, Margaret Mazzantini
CRITIQUES IV.
Jean-Christophe Rufin, Amélie Plume, Adrian Lesniak
LES...

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Oya Baydar
Prix: CHF 36.80

...LIVRES
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William Dalrymple
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Prix: CHF 28.50