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Mémoire, tête et musique: les neurones sont à l’honneur.
Avec des livres pour enrichir notre matière grise sans se casser les méninges.

Organe noble par excellence pour les êtres pensants que nous sommes, il régit tous nos actes et nos pensées, des plus fondamentaux aux plus futiles. Le cerveau, lui qu’on a longtemps considéré comme une boîte noire tant son fonctionnement est complexe, fait depuis quelques années l’objet des recherches qui sont parmi les plus novatrices et passionnantes de celles agitant la communauté scientifique. Accompagnant le développement bouillonnant des neurosciences, l’actualité éditoriale offre une belle variété d’essais explorant les mystères des neurones, suivant les méandres de la mémoire, remontant aux racines de la sociabilité ou plongeant, avec maestria, dans le cerveau des musiciens.
Menu conseillé. Pour la mise en bouche, on choisira la vérine concoctée par le professeur français de neurologie, Laurent Cohen: Pourquoi les chimpanzés ne parlent-ils pas? Derrière ce titre farceur aux références zoologiques se cache une exploration du cerveau humain. En termes très simples, mais non simplistes, l’auteur répond à des questions qu’on se pose – ou sur lesquelles on a tort de ne pas s’interroger. Comme celles-ci: «Comment peut-on prendre son père pour un Martien et son bras droit pour une pièce de boucherie?» Ou encore: «Peut-on implanter de faux souvenirs dans votre tête?» Au fil des chapitres, il remonte aux origines neurologiques du langage, du calcul mental, de la reconnaissance des visages ou encore de la mémoire.
Située au coeur de notre identité, cette dernière a de quoi intriguer. Spécialiste de la question, le neurologue français Bernard Croisile a donc entrepris de nous dire Tout sur la mémoire. Dans un cheminement original, il décrit le fonctionnement de la mémoire tout au long de la vie, de sa mise en place pendant la petite enfance à ses «trahisons» durant la vieillesse. En prise directe avec la réalité quotidienne et les problèmes de société – l’éducation, l’effet des jeux vidéo sur les adolescents, les témoignages biaisés devant les tribunaux, etc. –, ce livre regorge d’histoires et d’anecdotes, et même d’exercices pour tester ses capacités en ce domaine.
Producteurs et gardiens de nos souvenirs, nos neurones sont aussi le siège de l’intelligence. Laquelle n’est pas seulement affaire de QI; elle sous-tend aussi les relations que nous établissons avec nos semblables. C’est cette facette «sociable» de notre cerveau que le psychologue américain Daniel Goleman dévoile avec talent dans Cultiver l’intelligence relationnelle, en nous faisant découvrir les circuits cérébraux qui nous guident à chaque rencontre, que ce soit en classe, dans la chambre à coucher ou les grands magasins. Alors, notre cerveau «s’arrime intimement» à celui de notre vis-à-vis et les deux encéphales «s’engagent dans un tango émotionnel, une danse des sentiments ».
Attention manipulateurs. Tout va d’ailleurs très vite, puisqu’il ne nous faut qu’une vingtaine de secondes pour poser un premier jugement, favorable ou défavorable, sur celui ou celle qui nous fait face. Au fil des pages, Daniel Goleman nous dira pourquoi un psychopathe peut devenir un dangereux manipulateur. Il explorera les relations dans le couple ou entre les parents et leurs enfants. Il se penchera sur ce qui provoque l’émoi du premier baiser ou nous dira tout de l’art de séduire. Après ce plat de résistance agréable, à avaler et facile à digérer, on finira sur une note sucrée qui a tout pour nous séduire, «nous autres êtres humains qui sommes une espèce musicale».
Avec Musicophilia, Oliver Sacks nous offre une vraie cerise sur le gâteau. Le neurologue et brillant vulgarisateur britannique, qu’on découvre aussi mélomane, scrute les échos de la musique sur le cerveau. La résonance est forte. La musique peut nous émouvoir jusqu’aux tréfonds de notre être et elle peut d’ailleurs modifier certaines zones cérébrales de ceux qui la pratiquent intensément. Elle peut aussi provoquer des réactions inattendues. A travers l’histoire de quelques- uns de ses patients, Oliver Sacks nous apprend que la mélodie et le rythme peuvent provoquer des crises chez des épileptiques, «posséder» certaines personnes et même devenir obsédantes et quasiment pathologiques. Mais, à l’inverse, la musique peut devenir une arme thérapeutique, aidant des parkinsoniens à contrôler leurs gestes, apaisant des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ou même restituant des souvenirs à certains amnésiques. Notre cerveau a de multiples ressources, et la musique sait en jouer.